Les négociateurs, représentant Islamabad et les talibans pakistanais, quittant la salle de réunion après leur rencontre hier. Aamir Qureshi/AFP
Les pourparlers entre le gouvernement pakistanais et les talibans locaux du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP), visant à mettre fin à sept années d'insurrection islamiste armée, ont débuté hier à Islamabad inspirant davantage de pessimisme que d'espoir.
Il s'agit de la première rencontre entre les médiateurs du gouvernement et ceux des rebelles islamistes depuis que le Premier ministre Nawaz Sharif a décidé, la semaine dernière, de donner une autre chance à la paix. La rupture en novembre de contacts préliminaires était due à la mort du chef du TTP, Hakimullah Mehsud, tué dans une frappe de drone américain. « La rencontre s'est déroulée dans une atmosphère cordiale. Nous partageons un point commun : notre objectif envers la paix pour le pays à la lumière du message de l'islam », a déclaré après la rencontre le négociateur en chef du gouvernement, Irfan Siddiqui.
Les rebelles du TTP militent pour l'imposition de la charia. « Sans la charia, il n'y a pas même 1 % de chance que les talibans acceptent un accord », a déclaré cette semaine le mollah Abdul Aziz, l'un des trois médiateurs talibans. Au Pakistan, la cour islamique fédérale a déjà pour mandat de s'assurer que les lois du pays se conforment au Coran ainsi qu'aux dires et aux actes du prophète Mohammad. Lorsqu'une loi enfreint les principes de l'islam, selon ses juges, la cour doit demander aux élus d'amender la législation. Mais ces tribunaux sont trop faibles et ne mettent pas véritablement en œuvre la loi de Dieu, selon les négociateurs des insurgés.
Autre incertitude : le conflit en Afghanistan voisin. Les pourparlers pakistanais sont considérés par nombre de commentateurs comme une façon polie de gagner du temps par les talibans et le gouvernement à l'approche du retrait des forces de l'OTAN du sol afghan, échéance cruciale pour toute la région. Les États-Unis souhaitent maintenir une force résiduelle en Afghanistan après 2014, mais le président afghan Hamid Karzaï refuse pour le moment de signer l'accord de sécurité bilatéral. « Si les Américains restent en Afghanistan, il n'y aura pas de paix possible dans la région, la situation sera la même, instable », a averti le mollah Sami ul-Haq, négociateur en chef des talibans pakistanais.
Par ailleurs, les négociateurs des deux camps ont appelé l'armée et les talibans, qui n'ont pas signé de cessez-le-feu, à faire preuve de retenue afin de ne pas compromettre ces discussions. Le commandement central des talibans s'était dissocié cette semaine d'un attentat-suicide ayant fait huit morts à Peshawar. Mais une faction rebelle avait ensuite revendiqué l'attaque, ce qui suggère des dissensions profondes au sein de la rébellion islamiste à propos de cette nouvelle initiative de paix.
(Source : AFP)

