Alcatel-Lucent a fait 363 millions d’euros d’économies sur ses coûts fixes en 2013, dont 104 millions au quatrième trimestre, « significativement au-dessus de l’objectif global de l’année de 250 à 300 millions d’euros », selon le groupe.
L'équipementier en télécommunications Alcatel-Lucent, qui a réduit sa perte nette et stabilisé son chiffre d'affaires en 2013, a annoncé hier la vente de sa filiale Entreprise à un groupe chinois, suscitant des craintes quant à l'avenir de ses 1 400 employés français.
Le groupe a essuyé une perte nette de 1,3 milliard d'euros en 2013, contre plus de 2 milliards en 2012. L'exercice écoulé a notamment été marqué « par 548 millions d'euros de perte nette de valeur sur actifs, essentiellement au deuxième trimestre », mais également par les charges de restructuration et les intérêts de la dette, a expliqué Alcatel-Lucent.
Le directeur général, Michel Combes, a souligné lors d'une conférence de presse le « succès du repositionnement » opéré par l'équipementier pour se transformer en spécialiste de l'IP (services liés à Internet) et du Cloud (informatique dématérialisée), ainsi que de l'accès ultrahaut débit fixe et mobile.
Alors que le plan de recentrage « Shift » est juste amorcé, « la société a desserré son étau financier », et « l'équipe de direction réaffirme ses objectifs pour 2015 et sa volonté de se concentrer sur la génération de trésorerie et une croissance rentable », a-t-il indiqué.
Le cours grimpe
Alcatel-Lucent a vu ses ventes annuelles se stabiliser à 14,4 milliards, à taux de change constant. Cependant, au cours de l'exercice, le groupe a généré un résultat d'exploitation ajusté de 290 millions d'euros, « représentant une amélioration de 553 millions d'euros par rapport à 2012 », souligne-t-il. Le groupe a également annoncé hier avoir été choisi par l'opérateur américain Verizon pour « équiper leur réseau cœur en tout IP ».
Ces performances ont été bien accueillies par les marchés financiers et le cours du groupe bondissait de 8,62 % à 3,288 euros vers 16h25 à la Bourse de Paris.
« Alcatel-Lucent a fait de réels progrès dans la réalisation des objectifs de son plan Shift », assurent les analystes de la banque Citi qui estiment que « les marges et le flux de trésorerie solides devraient compenser les ventes plus décevantes » au quatrième trimestre (-0,1 %).
Alcatel-Lucent a fait 363 millions d'euros d'économies sur ses coûts fixes en 2013, dont 104 millions au quatrième trimestre, « significativement au-dessus de l'objectif global de l'année de 250 à 300 millions d'euros », selon le groupe.
Le groupe a « réalisé plus de 350 millions de cessions en 2013 », sur le milliard d'euros prévu d'ici à 2015, et ce avec une « valorisation attractive pour Alcatel-Lucent », a ajouté M. Combes.
Sa trésorerie nette atteignait 149 millions d'euros au 31 décembre 2013, après une année marquée par une augmentation de capital de 1 milliard d'euros et le rééchelonnement de la dette.
Alcatel-Lucent a également indiqué hier qu'il allait céder sa filiale Entreprise, pour 268 millions d'euros, à la société d'investissements en technologie China Huaxin. Il s'agit d'un partenaire de longue date de l'équipementier, puisqu'il est actionnaire minoritaire d'une autre filiale installée en Chine : Alcatel Shanghai Bell.
Inquiétudes pour l'emploi
« China Huaxin reprend toute l'activité de la filiale, tous les collaborateurs et les contrats commerciaux d'Alcatel-Lucent Entreprise, et s'est engagé sur un projet de développement ambitieux en termes de produit, de géographie, voire même de croissance inorganique », a assuré M. Combes.
Le groupe devrait garder une participation minoritaire de 15 % dans cette filiale, qui emploie 2 800 personnes dans le monde, dont 1 400 en France, dans les deux années qui viennent, a-t-il ajouté. Une « bonne nouvelle » pour les analystes de Morgan Stanley qui s'attendaient à voir la vente se faire pour 200 millions d'euros.
La CFDT, premier syndicat chez Alcatel, a pour sa part aussitôt réagi en évoquant l'« inquiétude » des salariés et leur « scepticisme » sur les intentions du repreneur. « Nous ne connaissons pas cette société, mais sa dépendance au gouvernement chinois ne nous rassure ni sur l'évolution de notre position en Europe ni sur le maintien des emplois en France à moyen terme », a souligné le syndicat dans un communiqué.
À Illkirch (Bas-Rhin), un des trois sites français d'Alcatel-Lucent Entreprise, quelque 400 des 600 salariés du site ont débrayé hier matin entre 9h30 et 12h00, selon une source syndicale, pour manifester leur « inquiétude » face au projet de reprise.
Alcatel-Lucent avait annoncé en octobre la suppression de 10 000 postes dans le monde dont 900 en France, chiffre qui a depuis été ramené à 700.
(Source : AFP)

