Le dimanche 26 janvier Kamel Hamadeh retournait dans sa terre natale de Baakline. Mais il retournait définitivement vers cette terre qu'il n'avait jamais vraiment quittée pour l'avoir emportée avec lui à Kaboul. Il retournait dans cette terre pour fusionner avec elle. Kamel est l'une des victimes de l'attentat qui a coûté la vie à vingt personnes, dont un autre Libanais, Wabel Abdallah, et qui a visé La taverne du Liban dont il était le fier propriétaire.
Kamel n'a pas vraiment quitté sa terre natale puisqu'il a fondé en pays lointain un restaurant qu'il a baptisé du nom de son pays et, au milieu de son enseigne, trônait le drapeau libanais. Il y servait des mets libanais, préparés avec soin et amour par lui et par son chef libanais, avec des produits importés pour la plupart du Liban. Il tenait à porter haut les couleurs de notre pays.
Kamel n'a jamais vraiment quitté sa terre natale parce qu'il a emporté avec lui ses valeurs et les a pratiquées. Tous les témoignages de ceux qui l'ont connu à Kaboul concordent: c'était un homme d'une extrême gentillesse, à l'humour décapant, hospitalier et généreux, poussant le sens de la solidarité jusqu'au sacrifice, comme peut en témoigner l'incident impliquant ses employés et qui l'a conduit en prison, non qu'il ait été coupable, mais par choix personnel. Son pari était alors que sa présence parmi eux accélérerait le cours de la justice et permettrait une libération plus rapide. Il n'avait pas eu tort. Kamel, et avec lui les vingt autres victimes, a été la cible d'une lâche opération qui visait à faire le plus grand nombre de morts parmi les employés de l'ONU qui étaient ses hôtes ce soir-là. Dans le code de valeurs qui est le sien, cela veut dire qu'il était responsable de la sécurité de ses clients et qu'il devait les protéger. Il n'a pas hésité un instant, saisissant son arme personnelle et tentant de s'opposer à la folie barbare des kamikazes qui arrosaient tout de leurs balles traîtresses. Kamel est tombé en martyr, en héros.
Tel nous l'avons connu, tel il a voulu vivre et mourir. Il a servi de modèle de courage face à l'extrême lâcheté de certains hommes proches de la bestialité et qui prétendent se battre au nom de la religion. Il laisse derrière lui une épouse et deux merveilleuses filles qu'il chérissait. Mais il laisse aussi derrière lui la famille de ceux qui croient encore à l'humanité des hommes.


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