Le calme régnait hier dans le centre de Kiev, seules quelques centaines de militants de l’opposition casqués et armés de bâtons patrouillant sur la place de l’Indépendance. Genya Savilov/AFP
Lors d'un entretien téléphonique, la chancelière allemande, Angela Merkel, a appelé hier le président russe, Vladimir Poutine, à plaider pour un « dialogue constructif » en Ukraine. Mme Merkel, qui a également téléphoné au président ukrainien Viktor Ianoukovitch, a enjoint ce dernier « à poursuivre le dialogue ». Mettant en garde contre de nouvelles violences, appelant à la protection des droits des citoyens et à une solution démocratique de la crise, Mme Merkel a souligné, dans son entretien avec M. Ianoukovitch, que « l'UE et l'Allemagne étaient prêts à fournir leur aide ». En fin de matinée, elle a déclaré, lors d'un discours de politique générale devant le Bundestag, que les personnes qui manifestent avec l'opposition en Ukraine défendent des valeurs européennes et doivent « être entendues ».
De son côté, au cours d'une réunion de travail au Kremlin qui s'est tenue après son entretien avec Mme Merkel, M. Poutine a mis en garde contre « toute ingérence » qualifiée d'inadmissible dans les affaires intérieures de l'Ukraine. La veille, il avait déjà demandé aux Européens de ne pas « s'ingérer » dans les affaires ukrainiennes. Il a aussi fait savoir, lors de la réunion au Kremlin, qu'il allait « attendre la formation du nouveau gouvernement ukrainien » pour s'assurer qu'il y a lieu de mettre en œuvre les accords conclus avec Kiev en décembre sur une aide de 15 milliards de dollars.
En outre, la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, en déplacement à Kiev hier, a déclaré que « la violence et les intimidations, d'où qu'elles viennent, doivent cesser ». Elle a ajouté, en sortant d'un entretien avec le président Ianoukovitch, que les échanges entre le pouvoir et les contestataires devaient être « un vrai dialogue ». Mme Ashton doit également rencontrer les chefs de l'opposition.
Calme à Kiev
Entre-temps, majorité et opposition ukrainiennes négociaient âprement au Parlement une amnistie des manifestants emprisonnés, tentant d'arracher un accord de sortie de crise. La séance a été interrompue à plusieurs reprises et a traîné en longueur dans la nuit. En fin de soirée, le projet de loi d'amnistie a fini par être adopté. Assorti de conditions, il a cependant été rejeté par l'opposition qui s'est abstenue de voter. Le texte a été approuvé par 232 députés, sur les 416 présents, sous les cris de protestations des parlementaires de l'opposition, et la séance a été levée.
Dans l'après-midi, le chef par intérim du gouvernement, Serguiï Arbouzov, avait déclaré que « le gouvernement est prêt à assurer les conditions nécessaires à la stabilisation nationale ». C'était la première réunion du cabinet, désormais chargé de gérer les affaires courantes, depuis la démission mardi du Premier ministre Mykola Azarov, qui a entraîné celle de l'ensemble du cabinet. Ce jour-là, le pouvoir avait fait un autre geste d'ouverture avec l'abrogation des lois du 16 janvier qui réprimaient presque toute forme de manifestation. Elles avaient entraîné la radicalisation des contestataires.
L'incertitude régnait toujours hier quant aux conséquences de ces concessions sur le mouvement de contestation. « La démission de Ianoukovitch serait une mesure logique », a déclaré l'ancien boxeur Vitali Klitschko, l'un des nombreux leaders de l'opposition, proposant cependant de régler les problèmes « un à un ». Mais pour le directeur du renseignement américain, James Clapper, Viktor Ianoukovitch a la « ferme intention de se maintenir au pouvoir » et aura « probablement recours à l'intimidation et aux moyens extralégaux » pour assurer sa réélection en 2015.
Sur le terrain, le calme régnait hier dans le centre de Kiev, seules quelques centaines de militants de l'opposition casqués et armés de bâtons patrouillant sur la place de l'Indépendance. Certaines des impressionnantes barricades érigées ça et là semblaient même à l'abandon. Seul incident notable, des opposants membres d'une des principales formations animant le mouvement de contestation ont chassé manu militari du ministère de l'Agriculture d'autres militants de l'opposition, plus radicaux, qui l'occupaient depuis plusieurs jours. Ils leur ont enjoint de quitter les lieux afin de ne pas porter ombrage aux négociations sur l'amnistie. Hors de la capitale, le siège de l'administration dans près de la moitié des régions reste aux mains des manifestants, qui veulent le départ des gouverneurs nommés par le chef de l'État. Mais, là aussi, la situation semblait s'être apaisée.
(Source : AFP)

