Des enfants palestiniens se baignant dans une ancienne source de Battir, en Cisjordanie. AFP/MENAHEM KAHANA
Le sort de deux sites emblématiques du patrimoine palestinien, le village de Battir, célèbre pour son antique système d'irrigation, et la pittoresque vallée de Crémisan, est suspendu aux décisions de la justice israélienne sur la barrière de séparation en Cisjordanie.
La Haute Cour de justice israélienne doit examiner aujourd'hui un recours contre le passage de cette barrière à Battir, dont les terrasses agricoles de l'époque romaine sont considérées comme un prétendant sérieux au classement par l'Unesco au Patrimoine mondial de l'humanité. Aujourd'hui toujours, la Cour suprême doit se pencher sur le recours des habitants de la vallée de Crémisan, couverte de citronniers et d'oliviers, connue pour son vignoble – qui produit le vin de messe de Terre sainte – contre le tracé de la barrière. « La construction du mur détruirait des parties du système d'irrigation qui existe depuis 2 500 ans, y compris les canaux de pierre romains », a expliqué le maire de Battir, Akram Badr. « Ce serait catastrophique non seulement pour les Palestiniens, mais aussi pour ce site du patrimoine mondial », a-t-il prévenu hier sur la radio Voix de la Palestine, s'attendant néanmoins à une confirmation de la précédente décision imposant au ministère israélien de la Défense une révision du tracé.
Fait inhabituel, le recours, présenté par l'ONG Les Amis de la Terre/Moyen-Orient, a également reçu le soutien de l'Autorité israélienne des réserves et parcs naturels, pourtant dirigée par des partisans de la colonisation, au nom de la protection de l'environnement et du site. « Nous avons un dossier très rare, dans lequel le gouvernement est divisé entre deux positions », a souligné l'avocat Michaël Sfard, qui représente Les Amis de la Terre/Moyen-Orient. Le ministère israélien de la Défense a affirmé dans un communiqué que « sa mission première et fondamentale était d'assurer la sécurité des citoyens d'Israël », ajoutant que le tracé initial de la barrière avait été modifié et que « seule la première rangée de terrasses serait partiellement affectée ».
(Pour mémoire : Un mur israélien entre Bethléem et Jérusalem? Les Palestiniens chrétiens en appellent au pape)
« Microcosme d'une situation tragique »
La barrière, achevée aux deux tiers et qui atteindra à terme environ 712 km, se trouve à 85 % en Cisjordanie, isolant 9,4 % du territoire palestinien, dont Jérusalem-Est, selon l'ONU. Cette « clôture de sécurité », selon Israël, baptisée « mur de l'apartheid » par les Palestiniens, doit également séparer Bethléem, Beit Jala et les villages palestiniens voisins de la vallée de Crémisan. Le tracé prévu laisserait en outre le monastère salésien sous contrôle israélien et le couvent du même ordre catholique de l'autre côté de la barrière, divisant ces deux congrégations, établies là depuis 1891. « Le mur met en danger tous les habitants de Beit Jala, les chrétiens comme les musulmans », a déclaré le curé de Beit Jala, le père Ibrahim al-Shomali, qui célèbre depuis deux ans la messe dans la vallée, pour dénoncer ce projet. « Cela touchera davantage les chrétiens parce que 99 % de la terre ici appartient à 58 familles chrétiennes, souligne-t-il néanmoins. Cela pourrait pousser la communauté à l'exil parce que, après avoir perdu sa terre, il ne lui resterait plus de raison de rester. »
Le ministère de la Défense a affirmé que « le tracé de la barrière de sécurité dans la région de Beit Jala était purement fondé sur des considérations de sécurité », considérant que « sans cette section de la barrière, Jérusalem reste ouverte et vulnérable ».
La Coordination des évêques pour la Terre sainte, représentant plusieurs assemblées épiscopales d'Europe et d'Amérique du Nord, s'est alarmée d'une « perte de leur terre et de leurs moyens de subsistance » par les habitants de Crémisan, à la suite d'une récente visite. « Notre profonde inquiétude (...) est que ce mur de sécurité soit surtout destiné à consolider les zones de colonisation et à séparer de manière permanente Bethléem de Jérusalem », indiquaient-ils dans un communiqué hier.
« Ce plan est comme un microcosme de la situation tragique en Terre sainte, qui nourrit le ressentiment et la méfiance, et rend encore plus improbable la solution si nécessaire », estiment les évêques, rappelant que la barrière est illégale au regard du droit international. La Cour internationale de justice (CIJ) a jugé le 9 juillet 2004 sa construction illégale et exigé son démantèlement, de même que l'Assemblée générale de l'ONU.
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Encore une fois triste de voir la justice israélienne agir comme bon lui semble pour isoler les palestiniens et tant pis pour les sites historiques tant que les arabes sont impuissants et le monde qui lui aussi agit en observateur.
13 h 56, le 29 janvier 2014