Le paysage politique libanais offre une image surréaliste, à la limite de l'absurde. Les informations sécuritaires sont de plus en plus inquiétantes, avec la confirmation de la présence des groupes takfiristes au Liban et la phobie des voitures piégées et d'attentats encore plus sophistiqués ; pendant ce temps, les différentes parties politiques se disputent sur la distribution des portefeuilles dans le futur gouvernement ! Aux dernières nouvelles, il n'y aurait plus comme entrave à la formation du gouvernement que le principe de la rotation des portefeuilles, contesté par le bloc du Changement et de la Réforme qui considère que l'adoption de ce principe pour un gouvernement à la durée de vie limitée vise en réalité à lui arracher des ministères importants, à la veille de l'échéance présidentielle et donc à affaiblir les chrétiens pour leur faire accepter n'importe quoi. Le plus étonnant dans cette situation, c'est que le chef du courant du Futur aurait fait savoir à ses interlocuteurs qu'il acceptait de faire une exception au principe de la rotation concernant le ministère de l'Énergie qui resterait au bloc du Changement et de la Réforme, mais ce serait le Premier ministre désigné qui y est encore opposé. Tammam Salam est pourtant celui qui a le plus intérêt à ce qu'un gouvernement politique rassembleur soit formé, puisque c'est sa crédibilité qui est en jeu, avec ce retard inégalé (dix mois) dans la formation d'un gouvernement.
Si ce qui se dit en public reflète la réalité, les Libanais seraient ainsi en train de rater une occasion rare d'épargner à leur pays un surplus de déstabilisation à une période particulièrement critique pour la région. Certes, « le gouvernement politique, rassembleur » attendu n'est pas en mesure de résoudre tous les problèmes, mais il contribuera à faire baisser la tension sur le terrain et à permettre d'unifier les efforts des institutions sécuritaires en leur donnant un mandat clair alors que pour l'instant, chaque service de sécurité travaille de son côté. Ce qui est sûr, c'est aussi le fait qu'un gouvernement de fait accompli, quelles que soient les justifications d'une telle démarche, ajoutera un nouveau problème à ceux, nombreux, qui existent déjà, au lieu d'aider à les résoudre.
Tout a commencé lorsque le Hezbollah a décidé de renoncer à exiger la formule « 9,9,6 » et d'accepter celle des trois fois huit, tout en chargeant le président de la Chambre Nabih Berry des négociations. Le Hezbollah a jugé le moment venu pour faire une telle proposition, alors que la tension dans le pays, entre les sunnites et les chiites, a atteint un degré inquiétant. Aussitôt, le chef du courant du Futur Saad Hariri a fait à son tour savoir qu'il acceptait la formation d'un gouvernement politique rassembleur sur la base des « trois huit ». Depuis l'annonce de ces deux concessions faites par les deux plus grandes formations du pays, la formation d'un gouvernement accepté par toutes les parties est devenue une possibilité réelle. D'autant que l'Iran et l'Arabie saoudite ont décidé de favoriser cette possibilité, même si, concernant Riyad, il s'agit simplement de laisser faire, sans pour autant pousser ses alliés dans ce sens. Mais même cet appui minimal, voire du bout des lèvres, a été suffisant pour ouvrir une possibilité réelle pour le Liban, surtout que la communauté internationale, États-Unis en tête, poussait vers la formation d'un gouvernement où toutes les parties, dont le Hezbollah, seraient représentées.
L'élément le plus étonnant du processus de formation du gouvernement est d'ailleurs la mise à contribution de l'ambassadeur des États-Unis au Liban, David Hale, pour l'accélérer... David Hale a ainsi fait le tour des leaders politiques et des responsables pour leur transmettre la position de son pays en faveur d'un gouvernement « rassembleur » et il s'est aussi rendu à Paris pour rencontrer Saad Hariri, avant de prendre ensuite l'avion pour Riyad où il a rencontré, entre autres, le numéro 2 des SR saoudiens (l'émir Bandar se faisant soigner aux États-Unis). De même, le représentant du secrétaire général des Nations unies Derek Plumbley s'est aussi rendu en Arabie pour y évoquer la formation du gouvernement. C'est ce mouvement qui avait permis d'espérer une naissance rapide, les obstacles étant levés les uns après les autres. Mais pendant tout ce temps, et alors que les négociations avançaient, poussées par cet élan régional et international, le chef du CPL n'avait pas été consulté. Le général Aoun attendait de voir ce qui allait lui être officiellement proposé. De son point de vue, adopter une rotation des portefeuilles pour un gouvernement qui ne durera pas six mois est une ineptie, d'autant que le ministre a en général besoin de trois mois pour se familiariser avec les dossiers de son ministère. Enfin, l'insistance sur l'adoption de ce principe nouveau dans l'histoire de la formation des gouvernements au Liban est suspecte et le bloc du Changement et de la Réforme a le sentiment qu'elle est essentiellement dirigée contre lui et son chef pour les affaiblir à la veille de l'échéance présidentielle. D'autant que jusqu'à présent, à la place des portefeuilles des Télécoms et de l'Énergie, on propose à ce bloc les Travaux publics et l'Éducation, qui ne sont pas du même calibre. Toutefois, les milieux concernés par la formation du gouvernement continuent à affirmer que les portes ne sont pas encore fermées et que différentes possibilités sont étudiées. L'une d'elles consisterait à faire une exception dans le principe de rotation des portefeuilles s'il est impossible d'y renoncer totalement. Une autre consisterait à proposer le ministère des AE à une personnalité chiite proche du CPL. Les trois médiateurs, Waël Abou Faour, Ali Hassan Khalil et Hussein Khalil, ne veulent pas encore se décourager, assurant que ce serait dommage de renoncer au gouvernement rassembleur, alors que de nombreux obstacles ont déjà été aplanis. Mais le temps presse et les menaces se précisent, surtout si la conférence de Genève 2 n'aboutit pas à des résultats importants. Ce qui voudra dire que les combats redoubleront d'intensité en Syrie, au risque de déborder au-delà des frontières.
Liban - Éclairage
Course aux obstacles pour le « gouvernement rassembleur »
OLJ / Par Scarlett HADDAD, le 29 janvier 2014 à 00h00


ET PUISQUE LE GÉNÉRALISSIME SE FAIT DE LA BILE ET NE VEUT PAS AFFAIBLIR "LES CHRÉTIENS" QU'IL PROPOSE QUE LE MINISTÈRE DE L'ENERGIE AILLE AUX KATAEBS OU AUX FORCES LIBANAISES ET AINSI IL RESTE AUX CHRÉTIENS... OU SEULEMENT L'ELECTRO-GENDRISSIME REPRÉSENTE LES CHRÉTIENS ? TOUT COMME IL PRÉTEND QUE DES GUERRES POURRAIENT ÉCLATER POUR SES BEUX YEUX...
16 h 37, le 29 janvier 2014