La très grande majorité de la population soutient le nouveau pouvoir et n’a d’yeux que pour le général Sissi. Mohammad Abdel Wahhab/AFP
Les Égyptiens votaient hier pour une nouvelle Constitution, un référendum considéré comme un plébiscite pour le chef de l'armée, le général Abdel Fattah el-Sissi. Le vice-Premier ministre, ministre de la Défense et véritable homme fort du plus peuplé des pays arabes, avait appelé samedi les 53 millions d'électeurs à se rendre « massivement » aux urnes et à voter « oui », avant d'ajouter qu'il se présenterait à la présidentielle prévue en 2014 si le « peuple le réclame » et si l'armée soutient sa candidature.
Au Caire, les gens se sont donc massés toute la journée dans les bureaux de vote gardés par des policiers et des soldats lourdement armés. Devant l'un de ces bureaux dans une école, des dizaines d'électeurs brandissaient des drapeaux égyptiens et hurlaient des slogans en faveur de l'armée et de Sissi. Une électrice, Mona Salah, a affirmé qu'elle allait voter « oui », le moyen pour elle « de redresser le pays ». Le projet de Constitution a été débarrassé de clauses ajoutées sous Mohammad Morsi renforçant les devoirs religieux mais ne modifie que très marginalement les pouvoirs institutionnels, en particulier ceux du président. Il renforce cependant quelque peu ceux déjà exorbitants de l'armée.
La nouvelle Constitution a été rédigée par une commission nommée par le gouvernement intérimaire que le général avait mis en place dès le 3 juillet, après avoir annoncé lui-même la destitution et l'arrestation de M. Morsi, premier président civil et le seul à jamais avoir été élu démocratiquement en Égypte. Depuis, fort du soutien d'une large majorité de l'opinion publique, le pouvoir dirigé de facto par l'armée réprime implacablement les partisans de M. Morsi, en particulier son influente confrérie des Frères musulmans, qui a appelé à boycotter le référendum. Plus d'un millier de manifestants ont été tués ces six derniers mois et les pro-Morsi emprisonnés par milliers, mais certains continuent de manifester chaque jour, en petit nombre, au prix de heurts souvent meurtriers.
Climat de peur ?
Parallèlement, les attentats se sont multipliés, y compris au Caire. Ils sont revendiqués par des mouvements jihadistes disant s'inspirer d'el-Qaëda, mais le gouvernement accuse les Frères musulmans d'en être à l'origine et a décrété la confrérie « organisation terroriste ». Hier d'ailleurs, une bombe de faible puissance a endommagé la façade d'un tribunal au Caire sans faire de blessés, deux heures avant l'ouverture des bureaux de vote. Après l'explosion, des centaines de personnes se sont rassemblées devant le tribunal, brandissant des portraits du général Sissi.
Pour assurer la sécurité du scrutin qui se déroule sur deux jours, le gouvernement a annoncé le déploiement de 160 000 soldats et 200 000 policiers. Certaines organisations de défense des droits de l'homme ont dénoncé un climat de peur et de répression, mais la très grande majorité de la population soutient le nouveau pouvoir et n'a d'yeux que pour le général Sissi, dont les portraits ornent les rues et presque chaque boutique au Caire. En annonçant la destitution de M. Morsi, le chef de l'armée avait invoqué les millions de manifestants réclamant trois jours plus tôt le départ du président qu'ils accusaient de vouloir islamiser de force la société et de ruiner une économie déjà exsangue. Il avait également donné aussitôt mandat au gouvernement intérimaire de réviser la Constitution et d'organiser en 2014 des élections législatives et présidentielle. Cette dernière devrait intervenir dans les six mois.
Pour les experts, le nouveau pouvoir voit dans ce référendum un premier moyen d'obtenir une caution dans les urnes pour ce que ses détracteurs présentent comme un « coup d'État ». « Ils ont besoin d'un vote populaire de confiance clair, qui permettrait au général Sissi de se présenter à la présidentielle s'il le décidait », estime Andrew Hammond, expert au European Council on Foreign Relations.
Dans ce contexte, le Congrès américain s'apprête à adopter cette semaine une mesure donnant au président Barack Obama le pouvoir de verser près d'un milliard de dollars à l'Égypte, si le secrétaire d'État certifie que Le Caire « a organisé un référendum constitutionnel et prend des mesures pour soutenir une transition démocratique ».
(Source : AFP)


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