Rechercher
Rechercher

Culture - Collectionneurs

Samir Abillama, ces sculptures en son jardin...

Il y a beaucoup de gens qui ont du goût. Et beaucoup de gens qui ont de gros moyens. Bien plus rares sont ceux qui combinent ces deux caractéristiques. Samir Abillama fait assurément partie de ces derniers !

Samir Abillama, féru de sculpture contemporaine. Ici, près d’un Tony Cragg.Photo F. Abillama

Chez lui, tout indique le collectionneur avisé, éclectique, raffiné. L'enthousiasme avec lequel il évoque la peinture d'un jeune artiste britannique qu'il vient de découvrir, ou l'exposition Giuseppe Penone à Versailles, dont il vous montre une pièce dans le catalogue de la Gagosian Gallery. Ou encore et surtout la place «choisie» que chaque objet, sculpture ou peinture occupe dans l'espace d'une vaste demeure entourée d'un magnifique jardin.


Ne croyez pas pour autant que les œuvres que Samir Abillama a accumulées au fil des années sont immuables, intouchables et sans vie. Bien au contraire! L'art étant pour cet esthète à la curiosité multiple une passion vibrante, il accompagne son quotidien de manière vivante. «Il m'arrive souvent de déplacer les moutons transhumants (un troupeau!) de Francois-Xavier Lalanne installés à l'autre bout du jardin, de les rapprocher de la baie vitrée du salon pour les avoir constamment sous les yeux en hiver», confie-t-il, par exemple.


Toute une ménagerie de bronze signée F-X Lalanne (oiseau, bélier, série d'oies à la queue leu leu...) se déploie d'ailleurs, en toute harmonie, des quatre coins de l'immense pelouse jusqu'aux rebords de la piscine, dans ce jardin que Samir Abillama – qui cite volontiers Henry Moore: «Le meilleur écrin pour une sculpture, c'est la nature» – a «semé» de quelques-unes des pièces monumentales qui constituent les joyaux de sa collection d'art contemporain: une gigantesque Golden Spoon de Thomas Houseago, une fleur géante forgée d'un tenant par le Néerlandais Xander Sponken, ou encore cet incroyable Homme assis, jambes étendues sur l'herbe, de Jean-Michel Folon...


Pas loin de celui-ci, un autre homme de bronze du même artiste (mais de plus petite dimension) mène sa barque pour un Voyage dans un bassin... Tandis qu'à quelques pas de là, un groupe d'énergiques Coureurs du sculpteur flamand Jan Desmarets donnent l'impression de se désincarner dans le mouvement!
C'est justement cette impression de «vie avec la lumière», cette perception à chaque fois renouvelée qu'une œuvre tridimensionnelle offre en fonction de l'ombre, des contrastes ou encore de l'angle de vision qui fascine Samir Abillama, l'architecte.


D'ailleurs, à propos d'architecture, une silhouette «construite» à partir de briques de fonte par un artiste phare de la scène contemporaine britannique, Antony Gormley, et placée pas loin de la porte d'entrée semble, malgré son absolue abstraction, dévisager les visiteurs... Idem pour le Yorgo, une pièce unique du fameux plasticien français des «architectones» Xavier Veilhan: un personnage en acier, grandeur nature, très profilé et à multi-facettes, qui semble incarner l'homme du 3e type.


On l'aura compris, ce collectionneur est féru d'œuvres impressionnantes! De par leur gigantisme, leurs matériaux, leurs formes, elles ont toutes une présence forte. Sans que, curieusement, aucune n'empiète sur le territoire de l'autre! Question d'espace sans doute... Et puis ces pièces d'art ne sont jamais dénuées d'émotion. Peut-être parce qu'en dépit de toute modélisation et abstraction, elles représentent dans leur grande majorité des figures humaines ou animalières. À l'instar de la (double, selon l'angle de vue) silhouette humaine en fonte stratifiée du célèbre Tony Cragg, qui donne quasiment le vertige tellement sa masse semble mouvante!

 

En « Lalanne Land »...
Si l'immense salon de sa demeure offre également un vaste champ au bestiaire sculpté de Francois-Xavier Lalanne – dont on retrouve à nouveau oiseau, mouton (créé celui-ci pour le décorateur Peter Marino), bouquetin ou encore rhinocéros –, l'intérieur de Samir Abillama témoigne d'un parcours de collectionneur fractionné sur plusieurs périodes. Des tapis persans aux sculptures et peintures contemporaines internationales, cet amoureux de la beauté et de l'harmonie sous toutes ses formes a fait (depuis ses premiers achats dans les années 60) du chemin au gré de ses envies, de ses coups de cœur et de sa curiosité. Ainsi, quelques très belles pièces mobilières et ornementales vénitiennes (des sièges aux plafonds en bois ouvragés, en passant par quelques tableaux, décors de théâtre et personnages de crèche d'époque) sont issues de sa passion pour le XVIIIe siècle italien. Des objets de fouilles, comme les séries de tanagras en terre cuite ou cette gigantesque tête de bélier du 1er siècle ap. J.-C., dévoilent son intérêt pour l'antiquité gréco-romaine. Et le choix électif de peintures et sculptures d'artistes libanais partout présentes autour de lui (de César Gemayel à Saïd et Ayman Baalbacki, en passant par Onsi, Chafic Abboud, Alfred et Anachar Basbous ou Farid Aouad) rappelle que cet architecte, industriel et collectionneur a la fibre patriotique également très développée. Qui le porte d'ailleurs à s'impliquer dans de nombreux projets de la société civile, dont le dernier en date est l'Or bleu du Liban...


S'il avoue passer régulièrement par les quatre stades du collectionneur, qui sont: «le désir d'avoir une pièce, le bonheur de son acquisition, l'envie de partager l'émotion qu'elle procure et, enfin, parfois, la lassitude...», il assure n'avoir jamais été mû dans son choix artistique par «la bonne affaire. C'est au coup de cœur que je fonctionne», affirme cet amateur de beauté et d'harmonie, tout simplement!

Chez lui, tout indique le collectionneur avisé, éclectique, raffiné. L'enthousiasme avec lequel il évoque la peinture d'un jeune artiste britannique qu'il vient de découvrir, ou l'exposition Giuseppe Penone à Versailles, dont il vous montre une pièce dans le catalogue de la Gagosian Gallery. Ou encore et surtout la place «choisie» que chaque objet, sculpture ou peinture occupe dans l'espace d'une vaste demeure entourée d'un magnifique jardin.
Ne croyez pas pour autant que les œuvres que Samir Abillama a accumulées au fil des années sont immuables, intouchables et sans vie. Bien au contraire! L'art étant pour cet esthète à la curiosité multiple une passion vibrante, il accompagne son quotidien de manière vivante. «Il m'arrive souvent de déplacer les moutons transhumants (un troupeau!) de Francois-Xavier Lalanne...
commentaires (1)

Félicitations pour votre éclectisme ! Hélas, nous manquons cruellement de personnage comme vous ...

M.V.

13 h 16, le 09 janvier 2014

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • Félicitations pour votre éclectisme ! Hélas, nous manquons cruellement de personnage comme vous ...

    M.V.

    13 h 16, le 09 janvier 2014

Retour en haut