L'attentat de Haret Hreik a été jugé d'intensité moyenne par certains chroniqueurs de presse, qui se plaisent à mettre au point une échelle des déflagrations, comme pour les séismes. Erreur, grave erreur. L'attentat de Haret Hreik est loin d'être d'intensité moyenne, même s'il a relativement fait peu de victimes. Il dénote au contraire, malgré un déni venu de la famille du kamikaze, une escalade de la haine tout à fait remarquable, au sein de la communauté sunnite, dont certains membres sont prêts désormais à se transformer en bombes vivantes, pour secouer le joug qu'ils subissent, face au pouvoir dominant du Hezbollah, face à l'impunité dont il jouit au Liban, face au défi qu'il continue de lancer à la justice libanaise et internationale, face à la désinvolture dont il fait preuve à l'égard des sentiments de l'immense majorité des Libanais, qui condamne son aventurisme en Syrie.
C'est cette problématique, plutôt que celle de la formation du gouvernement, qui attend d'abord, aujourd'hui, le président Sleiman, retour d'un congé de quelques jours en Hongrie. Une problématique aggravée par « la décision officielle » récente du Front al-Nosra et de « l'État islamique en Irak et au Levant » d'opérer militairement au Liban.
La décision a été rapportée hier par une dépêche de l'agence UPI, qui cite « le courant salafiste en Jordanie ». La dépêche précise qu'un document écrit est parvenu à l'agence indiquant que les deux chefs des organisations en question, Abou Mohammad al-Joulani et Abou Bakr al-Baghdadi, « ont pris la décision d'entrer militairement au Liban, jusqu'au retrait total du Hezbollah du territoire syrien et la libération de tous les prisonniers qu'il détient ».
C'est à la lumière de ces nouvelles données que le président Sleiman et le chef du gouvernement désigné, Tammam Salam, sont invités à poursuivre leurs efforts, pour former le nouveau gouvernement.
L'élan retombe
Cependant, selon des sources bien informées, l'élan qui devait conduire à la formation d'un gouvernement neutre avant l'ouverture, le 16 janvier, du procès Rafic Hariri à La Haye est retombé, et l'on réfléchit à nouveau à une formule gouvernementale d'unité nationale, compte tenu de la gravité des défis lancés.
Selon ces sources, la détermination du chef de l'État s'est heurtée à trois résistances, celle du président de la Chambre, Nabih Berry, celle de Walid Joumblatt et celle du patriarche maronite, alerté semble-t-il par M. Berry. Une quatrième résistance est venue de M. Salam lui-même, qui ne veut pas – plus ? – d'un gouvernement « ne disposant pas d'une couverture politique suffisante ».
De son côté, Walid Joumblatt, emboîtant le pas au Hezbollah et au mouvement Amal, refuserait catégoriquement de se joindre à un gouvernement neutre, considéré de facto comme « un gouvernement de fait accompli », et serait attaché à la formule 9-9-6.
Selon les sources citées, placé devant le fait accompli, mais soucieux de stabilité, le Hezbollah ne ferait pas tomber le gouvernement « dans la rue », mais par les voies parlementaires, soit en se retirant de la séance de vote, soit en faisant pression sur les ministres appartenant à la communauté chiite.
Toujours est-il que si M. Salam lui-même n'en veut plus, dans les conditions d'urgence évoquées, et si M. Joumblatt imite le Hezbollah, c'est d'eux-mêmes que les efforts de M. Sleiman retomberont, puisque le gouvernement qu'il aura formé sera « contraire au pacte national », en l'absence de représentants de deux des grandes composantes de la société politique. Sachant par ailleurs que M. Mikati refuse net tout projet de renflouement du gouvernement démissionnaire, qu'il continue pourtant de présider, tant que sa démission n'a pas été formellement acceptée.
La série noire
Côté Baabda, on sait que la formation d'un nouveau gouvernement ne mettra pas fin à la série noire des attentats terroristes qui menace, en dépit de tous les efforts que l'on pourra déployer. Toutefois, on précise que l'existence d'un gouvernement jouissant de la plénitude du pouvoir exécutif facilitera la prise de certaines décisions indispensables, notamment en ce qui concerne le lourd fardeau de l'accueil de centaines de milliers de réfugiés syriens. Un fardeau qui risque de s'alourdir si, comme il semble que cela soit le cas, la perspective de la conférence Genève 2 sur la Syrie s'éloigne, et celle de nouvelles aides militaires à la rébellion se précise. Sans ce gouvernement, un maillon de la chaîne de transmission des aides internationales manquera, à l'approche des dates du 15-16 janvier, au cours de laquelle une conférence d'appui au Liban se tiendra à Koweït, sous égide onusienne, précise-t-on en haut lieu.
D'autres échéances seraient également bien mieux vécues, par les Libanais, en présence d'un gouvernement, comme celle de l'ouverture du procès Hariri, le 16, ou encore celle de la conférence de Rome, début mars, consacrée à l'aide aux forces armées libanaises. On pourrait facilement ajouter à cette liste de sujets brûlants celui de la prospection gazière dans les eaux territoriales, qui doit faire du Liban un pays producteur.
Cercle vicieux
Cela étant, comment sortir du cercle vicieux ? Le véritable signe de l'intelligence, ce ne sont pas les connaissances, mais l'imagination, affirmait Albert Einstein. Mais l'imagination politique fait défaut en ce moment et celui qui en paraissait le plus doué, la colombe Mohammad Chatah, a été éliminé. Les autres continuent à tourner en rond, liés par leurs propres engagements aussi bien que par ceux qu'ils ont pris à l'égard des puissances étrangères auxquelles ils sont liés. Sans gouvernement depuis neuf mois, sans Parlement depuis encore plus de mois, le Liban va-t-il vers une nouvelle vacance au niveau de la présidence ? Le Liban se dirige-t-il vers une déconfiture totale ?


C'est absolument vrai , mais que pour ceux qui ne seront pas prets a encaisser les coups , ceux qui sont desunis et ceux qui n'auront que les yeux pour pleurer le moment venu .
18 h 53, le 04 janvier 2014