Après l'assassinat de l'ancien ministre Mohammad Chatah, l'ambassadeur du Royaume-Uni, Tom Fletcher, a publié sur son blog une lettre dans laquelle il a déploré la perte d' « un talisman de la tolérance ».
« Le Liban a perdu Mohammad Chatah et bien d'autres aujourd'hui, a-t-il dit. Comme dans de pareils moments, l'ambassade s'est affairée à s'assurer de la sécurité de son personnel, à rechercher d'éventuels sujets britanniques dans les hôpitaux, à élaborer une réponse publique, à analyser les implications de l'incident et à évaluer les faits. Dans tout ceci, nous avons aussi tenté d'assimiler le choc et nous avons fait notre deuil. »
« J'ai rendu visite à l'ancien Premier ministre Fouad Siniora pour lui présenter, à lui et ses collègues, mes condoléances, poursuit Tom Fletcher. Il était douloureux de voir May Chidiac et Marwan Hamadé, tous deux ayant échappé à un attentat mortel. J'ai présenté mes condoléances au nom de la Grande-Bretagne, avant de me rendre à un hôpital proche pour donner du sang. Ce n'est que tard dans la journée que j'ai pu penser proprement à la mort d'un cher ami. Peu de gens sont sages et intelligents à la fois. Mohammad l'était. Par-dessus tout, c'était un modéré. Il travaillait toujours en vue d'élaborer une solution libanaise pour éviter la détérioration du dialogue ou de la sécurité. Il tentait toujours de garder les canaux ouverts quand d'autres les fermaient. C'est pour cela qu'il a été la cible de ceux qui préfèrent voir un Liban divisé et violent. »
Et le diplomate d'ajouter : « Avec Mohammad, j'ai eu mes plus belles disputes. Il était pourtant tellement confiant dans ses opinions qu'il acceptait parfois d'avouer qu'il avait tort, et tellement confiant dans la faiblesse des arguments des autres qu'il le leur rappelait, moi en premier. (...) Nous parlions souvent d'affaires d'ordre sécuritaire. Nous déjeunions ensemble, laissant notre flotte de véhicules blindés au-dehors. Contrairement à de nombreux responsables politiques et diplomates, il ne voyait pas que les mesures de sécurité faisaient dans la démesure. Il était conscient des risques et il les craignait. Son courage se concrétisait à chaque fois qu'il faisait face à ses craintes, quand il se déplaçait, quand il publiait une déclaration, quant il tweetait à propos du régime syrien ou qu'il apparaissait à la télévision. Il m'a cité Nelson Mandela une fois, affirmant que "le courage n'est pas l'absence de peur, mais la capacité à la vaincre". »
« Mohammad était sceptique à juste titre en ce qui concerne les théories du complot sur l'assassinat au Moyen-Orient, poursuit Tom Fletcher. Il affirmait qu'un effort systématique était fourni pour tuer, terrifier et faire taire les meilleurs et les plus brillants des Libanais. Il n'avait pas tort. Aujourd'hui, la meilleure réponse à l'assassinat consiste-t-elle à porter le masque du visage courageux et de continuer ? Après tout, il s'agit du Liban, et le pays a appris à faire son deuil et à poursuivre le chemin. Nous sommes scandalisés de savoir que cela est arrivé encore une fois. Que davantage de femmes et d'enfants rentreront à la maison sans époux et sans papas. Le Liban a en effet perdu un autre patriote, un autre talisman de tolérance. »
Et l'ambassadeur de conclure : « Mohammad ne s'attend pas à ce qu'on se souvienne de lui comme d'un saint. Il était habitué à la politique libanaise rugueuse. J'espère que les gens liront de nouveau ce qu'il a écrit à propos de la citoyenneté libanaise et que sa mort rendra les Libanais plus intolérants à l'intolérance. Il n'y a aucune consolation ce soir, mais la justice est la plus puissante des revanches. L'État libanais a aujourd'hui payé sa quote-part au TSL. Chaque année, nous faisons toute une histoire pour décider si oui ou non le Liban doit le faire. L'assassinat de Mohammad nous rappelle pourquoi cette mesure est nécessaire. Nous ne sommes pas près de mettre un terme à la culture de l'impunité, mais cela n'est aucunement une excuse pour ne plus essayer. J'espère que ce ne sera pas un autre meurtre que tout le monde condamnera sans que personne ne soit accusé. »
Liban
Tom Fletcher : Nous sommes scandalisés
OLJ / le 30 décembre 2013 à 00h00

