La police a érigé un périmètre de sécurité autour de la gare ferroviaire de Volgograd. Les fenêtres ont été soufflées aux deux premiers niveaux du bâtiment de briques grises, selon des images diffusées par la télévision publique russe. Serguei Karpov/Reuters
Un attentat-suicide a été perpétré hier au sud de la Russie dans une gare de Volgograd, ville proche de l'instable Caucase, moins de trois jours après une autre attaque meurtrière à l'explosif à Piatigorsk. Ces attaques ravivent les craintes pour la sécurité des Jeux olympiques d'hiver de Sotchi à six semaines de leur tenue.
« Un engin explosif a sauté à environ 13h00 (09h00 GMT) près de l'entrée de la gare ferroviaire à Volgograd. Selon de premières évaluations, il a été déclenché par une femme kamikaze », a indiqué le comité d'enquête russe dans un communiqué, en annonçant l'ouverture d'une enquête pour « attentat terroriste ». L'explosion s'est produite devant les détecteurs de métaux placés à l'entrée de la gare, remplie de voyageurs, précise le communiqué. La puissance de l'engin explosif était d'environ dix kilos d'équivalent TNT, selon les enquêteurs. Les fenêtres ont été soufflées aux deux premiers niveaux du bâtiment de briques grises, selon des images diffusées par la télévision publique russe. « Cela a été une explosion très puissante (...). C'était très effrayant », a déclaré Valentina Petritchenko, vendeuse dans une boutique de la gare, à la chaîne de télévision russe Vesti 24.
« Le bilan des morts dans l'attentat est de 16 personnes », a déclaré un vice-Premier ministre du gouvernement régional, Vassili Galouchkine, cité par l'agence de presse Interfax, en précisant que deux d'entre elles venaient de décéder à l'hôpital des suites de leurs blessures. Trente-sept autres personnes sont actuellement hospitalisées, a-t-il précisé. « L'explosion a fait 16 morts, dont un policier, et plus de 30 blessés, parmi lesquels un enfant de neuf ans, ont été hospitalisés », a pour sa part indiqué le comité d'enquête. Au total, environ 45 personnes ont été blessées, ont en outre rapporté des sources médicales et la police. Le président Vladimir Poutine a ordonné de « prendre toutes les mesures nécessaires pour établir les causes et les circonstances de l'attentat, trouver et déférer à la justice ceux qui en sont responsables », a déclaré son porte-parole, Dmitri Peskov, à l'agence Interfax. Les mesures de sécurité ont, par ailleurs, été renforcées dans toutes les principales gares et principaux aéroports de Russie. Les autorités régionales ont annoncé avoir mis en place un niveau élevé d'alerte antiterroriste dans la région de Volgograd pour les 15 jours à venir.
Fermes condamnations
L'OTAN, l'UE et la France ont dénoncé l'attentat. « Je condamne fermement l'attentat terroriste », a écrit le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, dans un communiqué. « Il ne peut y avoir aucune justification à de tels attentats barbares », a-t-il ajouté. « L'OTAN et la Russie se tiennent côte à côte dans le combat contre le terrorisme, notamment en travaillant ensemble sur les technologies destinées à éviter les attaques contre les transports publics », a poursuivi M. Rasmussen. Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a exprimé ses « condoléances sincères » aux proches des victimes de cette attaque « abominable ». « Je tenais à adresser au président Poutine, au peuple russe, toute notre solidarité en cet instant », après le « terrible attentat qui a fait de nombreuses victimes en Russie », a déclaré le président français François Hollande. « Nous condamnons cet acte terroriste comme nous condamnons le terrorisme partout où il a, hélas, à se manifester (...) Il n'y a aucune justification au terrorisme », a-t-il ajouté.
La veuve noire et Pavlov
La femme qui s'est fait exploser serait une « veuve noire » originaire du Daguestan, Oksana Aslanova, dont la tête arrachée a été découverte sur les lieux de l'attentat, selon le site Internet populaire Lifenews.ru, proche des agences de sécurité. « Aslanova a été mariée deux fois à des rebelles. Ses deux époux ont été tués par les forces russes », affirme ce site spécialisé dans les scoops. Ces informations ont été confirmées par une source policière au Daguestan, citée également par l'agence Interfax. Pour les enquêteurs, la kamikaze a été assistée d'un complice identifié pour l'heure uniquement par son nom de famille, Pavlov. Recherchée depuis juin 2012, Aslanova était amie d'une autre kamikaze qui avait tué six personnes à Volgograd en octobre en se faisant exploser dans un autobus rempli d'étudiants, selon Lifenews.ru. Ce précédent attentat avait déjà soulevé des craintes quant à la sécurité des Jeux olympiques d'hiver de Sotchi, qui s'ouvrent le 7 février.
Depuis 1999, la Russie a été frappée par une série de sanglants attentats, plusieurs d'entre eux ayant été commis par des femmes kamikazes, surnommées les « veuves noires » et armes privilégiées de la rébellion islamiste. Une femme faisait ainsi partie des kamikazes qui avaient perpétré le double attentat-suicide qui avait fait 40 morts dans le métro de Moscou en mars 2010. En 2004, deux femmes originaires du Caucase du Nord avaient fait exploser deux avions de ligne qui venaient de décoller de l'aéroport de Moscou-Domodedovo, tuant 90 personnes.
Priorité nationale
La rébellion jihadiste cherche à établir un État islamiste dans le Caucase du Nord, et son chef, Dokou Oumarov, ennemi n°1 du Kremlin, avait appelé en juillet dans une vidéo à des attaques contre les JO de Sotchi, pour empêcher « par tous les moyens » le déroulement de cet événement. La station balnéaire de Sotchi, située entre les bords de la mer Noire et les montagnes du Caucase, à 690 kilomètres au sud-ouest de Volgograd, se trouve à proximité des régions caucasiennes régulièrement secouées par des violences, notamment le Daguestan.
M. Poutine a érigé ces Jeux en priorité nationale et compte en faire une vitrine de la Russie. D'énormes moyens ont été investis dans des travaux tous azimuts à Sotchi, ville auparavant quasi vierge d'infrastructures sportives. La facture globale fait de ces JO les Jeux les plus chers de l'histoire olympique – hiver et été confondus – avec quelque 50 milliards de dollars.
(Sources : agences)

