En une dizaine de jours, les raids aériens sur les quartiers rebelles ont fait plus de 350 morts à Alep. Hosam Katan/Reuters
La Syrie a reçu au cours des neuf derniers mois des livraisons importantes de pétrole brut irakien expédié depuis un port égyptien, contournant ainsi les sanctions internationales imposées au régime de Bachar el-Assad, montrent des documents commerciaux auxquels Reuters a eu accès. Le gouvernement syrien a été placé sur liste noire par les pays occidentaux en raison de son rôle dans la guerre civile qui déchire le pays, ce qui le rend dépendant de son allié iranien, lui-même cible de sanctions internationales en raison de son programme nucléaire, pour son approvisionnement en pétrole.
Or, l'examen par Reuters de dizaines de documents commerciaux, bordereaux d'expédition et factures, qui n'avaient jusqu'alors pas été rendus publics, montre que l'Iran n'est d'ailleurs pas le seul fournisseur de Bachar el-Assad. Plusieurs millions de barils de pétrole brut livrés à la Syrie par des navires iraniens provenaient en réalité d'Irak, par l'intermédiaire de sociétés libanaise et égyptienne. Ce commerce est particulièrement lucratif pour ces dernières, qui demandent un « premium » substantiel par rapport au coût normal du pétrole pour assumer les risques de la livraison. Les documents et les données du suivi satellite des supertankers ont permis de démontrer que le pétrole irakien destiné à la Syrie a transité par le port égyptien de Sidi Kerir et que sa livraison a été assurée soit par la société Overseas Petroleum Trading (OPT), basée à Beyrouth, soit par Tri-Ocean Energy, basée au Caire. OPT et Tri-Ocean ont nié être impliquées dans ce trafic mais n'ont pu fournir d'explication aux factures qui leur ont été présentées.
Réunion moscovite
Par ailleurs, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov a annoncé hier que la Russie organisera vendredi à Moscou une réunion internationale d'experts sur la question épineuse de l'élimination des arsenaux chimiques syriens. Y participeront des spécialistes de la question venant de Russie, des États-Unis, des Nations unies, de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) et de la Syrie.
Concernant l'arsenal chimique syrien, le ministère syrien des Affaires étrangères a accusé hier les combattants rebelles d'avoir attaqué des sites d'armes chimiques dans le centre syrien, après avoir été informés de leurs emplacements par « des pays soutenant le terrorisme ». Selon le ministère, « les groupes terroristes liés au Front el-Nosra et à Liwaa el-Islam ont également attaqué avec une voiture piégée » un autre site d'armes chimiques dans la province de Damas. Mais les forces du régime ont réussi à faire exploser la voiture avant son entrée dans le site, tuant quatre personnes et en blessant 28, poursuit le communiqué.
Encore plus de barils et de morts
Du côté d'Alep, l'aviation militaire syrienne bombardait sans répit la ville et sa province, causant hier, veille de Noël, la mort d'au moins 15 personnes, dont une femme et trois enfants, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).
Entre le 15 décembre et lundi minuit, les barils de TNT largués à partir d'avions et d'hélicoptères dans la région d'Alep ont fait 364 morts, dont 105 enfants, 33 femmes et au moins 30 rebelles, a indiqué l'OSDH. Face à l'hécatombe, l'OSDH a lancé hier un appel à la « communauté internationale et au secrétaire général de l'ONU, à toute personne dotée d'une conscience, à réagir immédiatement pour arrêter ces meurtres contre les civils syriens ». « S'ils ne réagissaient pas, l'OSDH les considérera comme complices, à un degré ou à un autre, des massacres qui sont en train d'être commis en Syrie chaque jour, notamment à Alep et dans sa province », assure cette organisation. L'agence officielle syrienne SANA a de son côté dénoncé hier les déclarations de Washington condamnant les raids aériens menés par l'aviation syrienne sur la région d'Alep, affirmant que la Maison-Blanche feint d'ignorer les crimes commis par les terroristes.
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Reportage


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15 h 11, le 27 décembre 2013