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Moyen Orient et Monde - Le Point

Est contre Ouest

« East is East and West is West, and never the twain shall meet » : il ne pensait certainement pas à l'Ukraine, Rudyard Kipling, en écrivant cela*. Mais le jugement, ou le constat, ou la prophétie s'applique parfaitement, aujourd'hui, au cas de cette république où l'on voit depuis quelques jours deux camps se déchirer autour de l'adhésion à l'Europe.


Il est plus facile, ces temps-ci, de dresser la liste des points d'accord entre les deux régions que d'évoquer les sujets qui fâchent tant ils sont nombreux. Question : en quelle langue deux amis bavardent-ils ? Réponse : l'un s'exprime en ukrainien et l'autre en russe, une langue parlée par un habitant sur trois. Et ce n'est pas un hasard si le premier est occidental (Ouest) et le second oriental (Est), et, si contrairement à sa voisine – à l'exception de la province de Volyn –, Lviv et ses environs n'ont jamais fait partie de l'empire russe. Avec beaucoup de bonne volonté, il faudrait aussi voir dans le seul hasard le fait que dans les grandes cités de l'Ouest, la criminalité est moins forte, loin derrière Zaporizhia, Krivoy Rog et Luhansk, situées toutes dans la partie est.


Du temps de l'Union soviétique, l'Ukraine constituait, après le grand frère, la composante économique la plus importante de l'Union. Un sol extrêmement riche lui permettait, en outre, de jouer le rôle de grenier tandis que son industrie lourde lui fournissait l'occasion de jouer un rôle non négligeable. Aujourd'hui encore, elle affiche des chiffres enviables en matière de croissance (4,1 pour cent en 2010, 5,2 pour cent en 2011, 3 pour cent en 2012), mais sensiblement moins importants s'agissant du revenu par tête d'habitant (7 000 dollars en 2010, 7 600 dollars en 2012), avec 35 pour cent de la population vivant en deçà du seuil de pauvreté et un taux de chômage à deux chiffres.


Depuis que le centre de Kiev est occupé par des manifestations qui réclament le départ du gouvernement et du président de la République, le ton est devenu acrimonieux. L'Est a pris fait et cause pour Viktor Ianoukovitch et invité l'autre partie à rentrer dans le rang non sans avoir, auparavant, fait amende honorable. Problème numéro un : cette dernière croyait jusque-là avoir déjà fait son choix en se tournant vers l'Union européenne. Problème numéro deux : Moscou a sa propre idée d'alliance politico-économique avec le Belarus, le Kazakhstan et maintenant cette Ukraine à qui tout le monde fait les yeux doux et qui, après avoir dit oui avec la tête à l'UE, vient de dire non avec le cœur. Le chef de l'État, qui a longtemps balancé, a fini par accepter le principe d'une reprise du dialogue avec l'Europe... à condition toutefois que cela ne soit pas assorti d'une rupture avec le Kremlin. Car tourner le dos à une offre du camarade Poutine peut coûter fort cher, comme le prouve l'affaire Roshen, récemment signalée par la revue bimensuelle The National Interest.

Le chocolatier, fournisseur de la Russie depuis 1996, aura été la première victime collatérale de la guerre que se livrent la Russie et le monde dit libre, après la décision d'interdire l'importation de ses produits. Serguei Glazyev, principal conseiller du chef de l'État en matière de tarifications douanières, avait pourtant averti : « Nous nous préparons à renforcer nos mesures de protection si l'Ukraine venait à commettre l'imprudence de signer l'accord avec l'UE. » Très vite, la Biélorussie et le Kazakhstan ont suivi le mouvement. Les pertes pour le fabricant sont estimées à l'équivalent de 200 millions de dollars. Et, laisse-t-on entendre, des mesures similaires vont toucher bientôt le vin. Tout cela, à n'en pas douter, va contribuer à renforcer les liens entre le frère aîné et le benjamin, comme l'a annoncé le Premier ministre ukrainien Mykola Azarov.


La partie qui se joue présentement à Kiev revêt une importance primordiale pour les deux camps sur le double plan stratégique et sécuritaire. Jusqu'à présent, tout se déroule comme si ne comptaient pas les manifestants de la place de l'Indépendance, la sourde inquiétude que l'on sent monter dans les rangs des pays de l'ancienne Union et l'inexplicable apathie d'une Europe qui semble résignée à l'inéluctable, pendant que les USA achèvent de se tourner vers la zone Pacifique.
Yalta n'est pas loin, qui abrita jadis les rencontres Roosevelt-Staline-Churchill d'où devait émerger un partage du monde dont nous payons encore le prix.

 

* On a tendance parfois à oublier que l'écrivain britannique terminait sa célèbre « ballade » par ces deux vers :
« Mais il n'y a ni Est ni Ouest, ni frontière, ni race, ni origine,
Quand deux hommes forts se trouvent face à face, même venant chacun d'un bout du monde. »
« But there is neither East nor West, Border, nor Breed, nor Birth,
When two strong men stand face to face, tho' they come from the ends of the earth. »

« East is East and West is West, and never the twain shall meet » : il ne pensait certainement pas à l'Ukraine, Rudyard Kipling, en écrivant cela*. Mais le jugement, ou le constat, ou la prophétie s'applique parfaitement, aujourd'hui, au cas de cette république où l'on voit depuis quelques jours deux camps se déchirer autour de l'adhésion à l'Europe.
Il est plus facile, ces temps-ci, de dresser la liste des points d'accord entre les deux régions que d'évoquer les sujets qui fâchent tant ils sont nombreux. Question : en quelle langue deux amis bavardent-ils ? Réponse : l'un s'exprime en ukrainien et l'autre en russe, une langue parlée par un habitant sur trois. Et ce n'est pas un hasard si le premier est occidental (Ouest) et le second oriental (Est), et, si contrairement à sa voisine – à l'exception de la...
commentaires (2)

L'UE est riche,très riche...ce sont ses peuples qui s'appauvrissent ,saignés à blanc par les ultranéocons depuis plus de trente ans...c'est le plus incroyable mécanisme de vol "légal" de richesses des peuples vers la finance, les transnationales et la caste haut fonctionnarisée, nouvelle Waffen SS aux ordres des nazis ultralibéraux. Mais attention, tout est "légal " hein? Des hordes de scribes "européens " décérébrés écrivent des milliers de textes qui leur sont dictés par les lobbies tranquillement installés à Bruxelles et Strasbourg...non,l'Europe n'est pas pauvre...elle est richissime...seuls ses peuples s'appauvrissent.

GEDEON Christian

18 h 15, le 17 décembre 2013

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Commentaires (2)

  • L'UE est riche,très riche...ce sont ses peuples qui s'appauvrissent ,saignés à blanc par les ultranéocons depuis plus de trente ans...c'est le plus incroyable mécanisme de vol "légal" de richesses des peuples vers la finance, les transnationales et la caste haut fonctionnarisée, nouvelle Waffen SS aux ordres des nazis ultralibéraux. Mais attention, tout est "légal " hein? Des hordes de scribes "européens " décérébrés écrivent des milliers de textes qui leur sont dictés par les lobbies tranquillement installés à Bruxelles et Strasbourg...non,l'Europe n'est pas pauvre...elle est richissime...seuls ses peuples s'appauvrissent.

    GEDEON Christian

    18 h 15, le 17 décembre 2013

  • Je ne comprends pas cette aveuglement a rejoindre l'ue , lorsque l'ue est devenue symbole d'appauvrissement et de tohue bohue politico diplomatico economique . Que l'Ukraine veuille se " liberer" du voisin russe , je veux bien , vox populi vox dei , quoique c'est pas clairement etablie que la majorite se soit exprimee , mais les nikrainriens avec un bilan economique pareille de croissance , devraient penser a se demarquer des 2 blocs et faire route tout seule . On a l'impression qu'ils sont plus l'otage des occidentaux ou on voit un maccain s'interferer ds ce qui ne le regarde pas , imaginez que Poutine ou un autre dirigeant russe fasse un discours a Rome , Lisbonne ou Madrid un jour de manif anti Europe chez eux . Pauvre peuple ballote , pret a se vendre pour l'ombre alors qu'il tient la proie .

    FRIK-A-FRAK

    14 h 31, le 17 décembre 2013

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