Mettant leurs différends entre parenthèses, une centaine de chefs d'État et de gouvernement participeront aujourd'hui à un hommage historique en l'honneur de Nelson Mandela, géant du XXe siècle, lors d'une cérémonie diffusée en direct dans le monde entier.
Les présidents américain Barack Obama et cubain Raul Castro figurent parmi les orateurs annoncés, tout comme le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, selon le programme officiel rendu public hier. Un ami, des petits-enfants, le président sud-africain Jacob Zuma prendront aussi la parole pour célébrer la mémoire du héros de la lutte antiapartheid et premier président noir du pays, décédé jeudi à 95 ans. La cérémonie se tiendra de 9h à 13h GMT dans l'immense stade Soccer City de Soweto, au sud de Johannesburg, où Nelson Mandela avait fait sa dernière apparition publique lors de la finale de la Coupe du monde de football en 2010.
Hier, les premières délégations étrangères, venues de Chine, du Kenya ou encore du Canada et du Sénégal, ont commencé à arriver à Johannesburg. Tout juste descendu de l'avion, Ban Ki-moon a rendu hommage au père de la nation arc-en-ciel lors d'une intervention à la Fondation Nelson Mandela. « Le monde pleure la perte de Nelson Mandela, l'un des géants de notre époque et, en fait, de tous les temps, a-t-il déclaré. Il nous a profondément touchés et nous a montré ce qui est possible en Afrique et dans le monde. »
Les autorités mettaient de leur côté la touche finale aux préparatifs logistiques et sécuritaires. Des dizaines de milliers de policiers et 11 000 soldats ont été déployés dans les lieux stratégiques, et les responsables des forces de l'ordre assurent qu'ils ont la situation bien en main. L'Afrique du Sud veut offrir à son grand homme des funérailles à la mesure de sa stature. Outre le stade de Soccer City et ses 80 000 places, trois stades de Johannesburg seront ouverts au public pour la projection de la cérémonie sur grand écran, ainsi que 150 sites de retransmission dans le pays.
Jusqu'à présent, l'émotion s'est exprimée avec une certaine pudeur. Certes des milliers de Sud-Africains de toutes origines sont venus déposer des fleurs devant sa maison, ou se rendaient hier encore dans les lieux de recueillement ouverts par les municipalités. Mais dans la sobriété. Point jusqu'ici de marée humaine, ni de spectaculaires effusions collectives. Interrogés, les gens expriment avant tout leur gratitude envers Mandela et jugent normal son départ à 95 ans après des mois d'agonie. Hier après-midi, le Parlement a tenu au Cap une session extraordinaire d'hommage à l'homme qui a négocié la fin du régime ségrégationniste et évité une guerre civile. La chef du principal parti d'opposition, Helen Zille, a appelé à poursuivre son combat pour la liberté.
« Thank you Madiba »
Un appel repris par le vice-président sud-africain Kgalema Motlanthe : « La question est de savoir si la remarquable contribution de Mandela au progrès de l'humanité va simplement entrer dans les livres d'histoire (...) ou si elle sera l'occasion d'un sursaut de foi de ceux qui ont le pouvoir. »
« Thank you Madiba » et « Hamba Kahle Madiba » (merci en anglais et zoulou), clamaient deux immenses bannières accrochées sur la façade du Parlement.
Nelson Mandela est entré dans l'histoire pour avoir tendu la main à ses ennemis, qui l'avaient maintenu en prison pendant 27 ans. Cette magnanimité, entre autres, explique l'admiration qu'il suscite dans le monde entier. Parmi les invités de marque à la cérémonie d'aujourd'hui figurent le président français François Hollande, son homologue brésilienne Dilma Rousseff et le Premier ministre britannique David Cameron. Au total, 91 chefs d'État ou de gouvernement, une dizaine d'anciens dirigeants et des personnalités du monde du sport ou de la culture seront dans les gradins de Soccer City. La dépouille mortelle du héros national sera ensuite exposée pendant trois jours au siège du gouvernement à Pretoria, avec des processions prévues chaque matin dans les rues de la capitale. Elle sera transférée samedi vers le petit village de Qunu, dans le Sud rural du pays, la terre des ancêtres de Mandela. C'est là qu'il avait souhaité être enterré.
(Source : AFP)

