Madiba a volé la vedette à François Hollande et c'est tant mieux car il apparaît douteux qu'une simple intervention de troupes françaises puisse régler le puzzle qui s'est progressivement installé en République centrafricaine. Fort du succès remporté au Mali et de l'aval onusien – mais aussi parce qu'une situation proche du chaos l'exigeait, avec un risque certain de contagion aux pays voisins –, le chef de l'État français n'a pas hésité longtemps avant de repartir sur le sentier de guerre. Il y avait urgence en raison du chaos qui s'était progressivement installé dans le pays au lendemain du renversement du président François Bozizé, en place depuis dix ans à la suite d'un coup d'État, et de son remplacement en mars de cette année par Michel Djotodia. L'urgence s'imposait aussi face à l'incurie d'un pouvoir « qui n'a rien pu faire, qui a laissé faire », jusqu'aux terribles massacres de la semaine dernière entre chrétiens et musulmans.
« La Centrafrique n'est pas le Mali », ne cesse-t-on de rappeler, de part et d'autre, depuis le déclenchement de l'opération Sangaris (du nom d'un papillon rouge typique). Sur un territoire un peu plus grand que la France (620 000 kilomètres carrés) et parmi les plus pauvres du continent coexistent de plus en plus difficilement 4,6 millions d'habitants, dont la majorité sont chrétiens. Comparé au désert malien, le paysage centrafricain fait figure d'oasis avec ses immenses forêts mais aussi, hélas, les bidonvilles des cités pauvres qui n'ont pas tardé à fournir l'essentiel de leurs effectifs aux bandes hétéroclites de la Sékéla (ex-combattants rebelles musulmans, théoriquement intégrés dans les forces régulières du régime) et les milices anti-balaka de l'ancien pouvoir, chrétiennes, elles.
Commencé hier, le désarmement de ces éléments semble devoir se dérouler sans anicroche, à tout le moins jusqu'à présent. Comme par miracle kalachnikovs et machettes ont disparu, remisées en lieu sûr, de même que les treillis de combat dont on ne voit plus trace dans les rues. Pour l'instant, le commandement français peut afficher un premier bilan satisfaisant. La pacification se déroule comme prévu. « Elle va durer longtemps », a cru devoir annoncer le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, dont les hommes constituent un dispositif à nul autre pareil dans un territoire qui passe à juste titre pour représenter le pré carré par excellence de la France – une réputation sans doute héritée de l'ère Jacques Foccart.
Le véritable problème se posera le jour où, l'ordre ayant été rétabli, il faudra passer à l'étape de la préservation de cette sécurité grâce à une armée et à une gendarmerie ; et à la reconstruction, laquelle ne sera possible que grâce à un appareil étatique qui, pour peu qu'il existe, semble pour l'instant contaminé par la gangrène de la corruption, plus généralisée que l'on ne le croit. Pour en arriver là, la caste politique devra s'entendre sur les modalités d'une consultation populaire pour laquelle nul ne semble préparé. Il y a aussi la division de facto du pays, avec un centre et un sud essentiellement chrétiens ou animistes et un nord tourné plutôt vers le Soudan et le Tchad voisins. Au total, des dizaines de groupes ethniques formant un tout disparate, tentés par le recours à l'étranger en l'absence d'une autorité centrale impossible à réunir tant sont profondes les divisions religieuses et ethniques.
Distinguo : hier on parlait, pour le Mali, de « guerre » quand aujourd'hui, en République centrafricaine, il est question d'une « opération de sécurité ». Sur place bien avant les Français, Tchadiens, Camerounais, Gabonais et Congolais forment une force d'interposition, la Misca, qui tarde à devenir opérationnelle, car mal équipée et toujours sans commandement unique. La France par contre a engagé dans la bataille pour la pacification des unités ayant fait le coup de feu en Afghanistan, capables de réagir rapidement en sachant éviter les dommages collatéraux, enfin adossées à un dispositif étalé sur une ligne passant par le Gabon, le Sénégal, la Côte d'Ivoire et Djibouti. Autant d'atouts qui expliquent la célérité avec laquelle le Conseil de sécurité a donné son feu vert et le fait que la France se retrouve seule à conduire une expédition qui en d'autres lieux, d'autres temps, n'aurait pas manqué d'être comparée à une « guerre coloniale ».
Pour autant, sera-t-elle « ciblée et rapide », comme l'a promis Paris ?
On ne demande qu'à le croire...
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Le role que la france veut se donner en R.C est louable , mais cachez ce sein que je ne saurai voir semble vouloir dire hollamdouille aux presidents africains en reunion chez lui . L'humanitaire c'est bien mais a condition qu'on y trouve son compte , il n'est pas trop tard pour Paris de rattrapper le coup après avoir laisser le champ libre aux chinois , indiens et turcs sur la continent, le travail sera rude , mais avec ce coup de force au Mali et en R.C cela le remettra en selle , surement .
17 h 56, le 10 décembre 2013