Un manifestant à Bangkok porte un masque à gaz artisanal pour se préserver des grenades lacrymogènes. Indranil Mukherjee/AFP
De nouvelles échauffourées ont eu lieu toute la journée d'hier à Bangkok, des milliers de manifestants affrontant les forces de l'ordre qui protégeaient le siège du gouvernement. Les protestataires ont lancé des pierres sur la police, qui a répliqué avec des canons à eau et un usage intensif de gaz lacrymogène. Les alentours du quartier général de la police métropolitaine ont également été le théâtre d'affrontements. Et la police a confirmé des tirs de balles en caoutchouc. Plusieurs universités et écoles de Bangkok sont restées fermées, ainsi que la représentation des Nations unies.
Ajoutant à la tension, la Premier ministre a exclu de démissionner. « Je suis prête à tout faire pour que le peuple soit heureux. Mais en tant que Premier ministre, ce que je fais doit être en adéquation avec la Constitution », a déclaré Yingluck Shinawatra, rejetant l'idée d'un « conseil du peuple » non issu d'élections, réclamé par l'opposition. Parlant depuis un endroit non spécifié, le siège du gouvernement étant entouré de blocs de béton et de barbelés, elle n'a certes pas annoncé sa démission, mais elle a laissé la porte ouverte à une éventuelle dissolution du Parlement, voire à son départ ultérieur. « Je ne m'accroche pas à ma position, une démission ou une dissolution du Parlement peuvent être envisagées si cela pouvait calmer les manifestants et restaurer le calme », a-t-elle dit, appelant pour la énième fois l'opposition à négocier.
Mandat d'arrêt
En outre, un mandat d'arrêt pour « insurrection » a été émis contre le meneur des manifestations, Suthep Thaugsuban, qui risque « la peine de mort (rarement appliquée en Thaïlande) ou la prison à vie », a annoncé hier soir la police, faisant monter la pression sur l'opposant, qui refuse toute négociation. Celui-ci n'a pas semblé intimidé, annonçant devant ses partisans hier soir « la prise du quartier général de la police métropolitaine » pour aujourd'hui, semblant se détourner du siège du gouvernement. Reste à savoir si la menace d'arrêter Suthep sera mise à exécution : il est déjà sous le coup d'un premier mandat d'arrêt pour avoir pris la tête de l'occupation du ministère des Finances, ce qui ne l'a pas empêché depuis d'organiser des meetings ou de rencontrer dimanche la Premier ministre.
Yingluck Shinawatra a fait le pari de l'essoufflement du mouvement, laissant les manifestants occuper des bâtiments officiels sans intervention des forces de l'ordre. Le pari semblait hier en partie gagné avec, selon la police, 70 000 manifestants dimanche, bien en deçà des quelque 180 000 du dimanche précédent. Mais avec une frange de manifestants de plus en plus agressive et des meneurs qui refusent toute discussion, le gouvernement semble changer de tactique. D'autant que le temps presse : jeudi sera célébré le 86e anniversaire du roi Bhumibol, personnalité révérée en Thaïlande. Aucun trouble à l'ordre public n'est tolérable ce jour-là.
La grande incertitude reste la réaction de l'armée, institution très importante en Thaïlande, qui a assuré jusqu'ici qu'elle ne prendrait pas partie. Une crise prolongée pourrait changer la donne, dans un pays qui a connu 18 coups d'État ou tentatives de coup depuis l'établissement de la monarchie constitutionnelle en 1932. « Les forces armées resteront neutres. Je sais qu'elles veulent voir le pays en paix », a néanmoins assuré la Premier ministre.
(Source : AFP)

