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Don d’organes : un geste encore timide au Liban

Don d’organes : un geste encore timide au Liban

Solidarité sociale

Malgré tous les efforts déployés au cours des dernières années, le don d'organes fait encore défaut. Au Liban, on compte 2,5 donneurs pour un million d'habitants par an. Sur le plan logistique, pourtant, un énorme travail a été accompli. Si le corps infirmier est désormais sensible à la cause, le corps médical, lui, reste réticent. Bilan.

Nada MERHI | OLJ
02/12/2013

« Le fait d'avoir fait don des organes de Nicolas est comme un point de lumière dans les ténèbres où nous vivons », avait confié à L'Orient-Le Jour Élie Sleiman dans une entrevue accordée à l'occasion de la Journée mondiale du don d'organes (voir notre édition du 19 octobre 2013). Ses deux fils Andy et Nicolas avaient trouvé la mort dans un accident de la route il y a douze ans. Andy est décédé sur le coup. Nicolas est resté dans un état de mort cérébrale une semaine, au cours de laquelle sa famille décidait de faire don de ses organes, permettant à sept personnes de renouer avec la vie.


La famille Sleiman est l'une des rares au Liban qui ont accepté sans hésitation à faire don des organes d'un être cher qu'elle venait de perdre, pour permettre à d'autres personnes de « revivre ». Une belle leçon d'abnégation et de solidarité sociale, dans un pays où le don d'organes fait encore défaut. Le Liban compte en fait dix donneurs par an, soit 2,5 donneurs pour un million d'habitants contre 6,9 par million d'habitants en Iran, 3,1 en Arabie saoudite et au Koweït, selon les chiffres 2012 du Registre international pour le don d'organes et la transplantation. Le pays qui comptait en 2012 le plus grand nombre de donneurs est la Croatie avec 36,5 donneurs par million d'habitants contre 35 en 2011, suivie de l'Espagne avec 35,1 donneurs par million d'habitants contre 35,3 en 2011.


« Bien que la Croatie soit un pays similaire au Liban d'un point de vue démographique (près de 5 millions d'habitants), le don d'organes après la mort y est beaucoup plus courant », constate Farida Younane, coordinatrice nationale au Comité national pour le don et la greffe des organes et des tissus (NOOTDT). Le mérite revient, selon elle, à « l'État qui appuie à fond le système croate de don d'organes en lui attribuant les prérogatives, la responsabilité et le budget nécessaires à cet effet, mais aussi en prenant les mesures nécessaires pour assurer sa pérennité ». « Au Liban, le ministère de la Santé nous appuie. Toutefois, le budget qui nous est alloué est restreint et nous ne jouissons pas de toutes les prérogatives », note-t-elle. Selon Mme Younane, ce manque de donneurs après la mort fait augmenter considérablement le nombre de donneurs vivants. En effet, selon le Registre international pour le don d'organes et la transplantation, le Liban occupe la sixième place mondiale en matière de don d'organes reçus de personnes vivantes, avec 22 donneurs par million d'habitants contre 3 en Croatie. « Si nous renforçons le système national de don d'organes après la mort, le besoin à des donneurs vivants baissera certainement », affirme Mme Younane.

 

Une faible amélioration
Bien que déplorable, la situation au Liban s'est toutefois légèrement améliorée au cours des quatre dernières années grâce à l'important travail effectué pour mettre en application le système libanais de don d'organes avec l'aide de spécialistes espagnols. Un protocole de coopération a été signé à cet effet entre les gouvernements des deux pays représentés respectivement par l'Agence espagnole internationale pour le développement et l'Institut espagnol pour la donation et la transplantation (Donation and Transplant Institute – DTI), le ministère libanais de la Santé et le NOOTDT. Dans le cadre de ce programme d'assistance technique, les outils et les stratégies nécessaires pour améliorer le don d'organes ont été mis en application dans vingt-huit hôpitaux, qui comptent désormais des unités spécialisées dans ce sens. Ce projet, initialement prévu pour un an, a été renouvelé pour deux nouvelles années. L'équipe espagnole continue toutefois d'aider le NOOTDT à distance « à titre volontaire », par le biais de téléconférences.


« Lorsque ce projet de coopération a été lancé, on ne cessait de me répéter qu'il fallait intensifier les campagnes de sensibilisation destinées à l'opinion publique pour améliorer le taux du don d'organes au Liban, explique le Dr Antoine Stéphan, vice-président du NOOTDT. Cela pourrait paraître paradoxal, mais, à mon avis, il est encore plus important de sensibiliser le corps médical. Cela est une priorité. Malgré tous les efforts déployés par le NOOTDT et l'équipe espagnole, le corps médical est toujours réticent au don d'organes. Nous avons mieux réussi à atteindre le corps infirmier que les médecins. Or, ces derniers ont un rôle à jouer, d'autant qu'ils sont en quelque sorte les conseillers des familles, qui vont leur demander leur avis. Malheureusement, jusqu'à présent, la plupart d'entre eux ne sont vraiment intéressés par la question que lorsqu'un proche en a besoin. Tout le monde veut recevoir, mais personne ne veut donner. »

 

Question de priorités ?
Pour le Dr Stéphan, il s'agirait probablement d'une question de « priorités » et d' « intérêts ». « Les médecins s'obstinent à sauver leur patient, mais lorsqu'il décède, ils ne pensent pas aux malades qui auraient pu renouer avec la vie grâce au don d'organes, note-t-il. Souvent, ils sont même réticents à annoncer la mort qu'ils considèrent comme la preuve de leur échec. Bien entendu, il est du devoir de chaque médecin de tenter par tous les moyens de sauver son malade. Si toutefois il n'arrivait pas à le faire et que ce dernier mourait, il serait utile de penser que les organes peuvent aider d'autres malades, pour qui la transplantation constitue la dernière chance. Le don d'organes permet aux familles qui ont perdu un être cher, non seulement d'aider d'autres patients, mais d'alléger aussi leurs souffrances puisqu'en fin de compte, cette mort n'aura pas été vaine. Les médecins doivent offrir à chaque famille la possibilité de pouvoir faire don des organes du parent perdu et ne pas supposer a priori que celle-ci est réfractaire à l'idée. Si elle refuse, c'est son droit, mais au moins on lui aurait donné le choix. »


Le Dr Stéphan souligne dans ce cadre que ce sont les coordinateurs du NOOTDT, alerté de la présence d'un potentiel donneur, qui abordent la famille et non le médecin traitant. Au préalable, il faut s'être assuré que le cerveau du patient est entièrement détruit. « Nous sommes très vigilants sur le diagnostic de la mort, insiste le Dr Stéphan. Ce n'est pas l'arrêt cardiaque qui la détermine, mais la destruction du cerveau de manière irréversible. » Appelée mort par critères neurologiques, celle-ci est confirmée par trois spécialistes (un neurologue ou un neurochirurgien, un intensiviste et un médecin légiste) dans le but d' « éliminer tout doute ». Pour cela, des tests des nerfs crâniens sont menés pour s'assurer que le tronc cérébral a été totalement détruit. Un électroencéphalogramme est également effectué pour être sûr qu'il n'y a pas d'activités électriques.

 

Le soutien de la France
« Au Liban, le don d'organes n'est pas encore considéré comme étant prioritaire, déplore le Dr Stéphan. Nous sommes vraiment reconnaissants au ministère de la Santé d'avoir décidé d'introduire dans le système d'accréditation des hôpitaux le don d'organes. Cette mesure devrait entrer en vigueur prochainement. » De plus, à partir de l'année universitaire 2014-2015, le don d'organes fera partie du curriculum des facultés de médecine et des sciences infirmières. De ce fait, « la nouvelle génération sera d'emblée orientée vers l'importance de cet acte », précise le Dr Stéphan, qui ajoute que le ministre de la Santé « a fait preuve de coopération et a promis d'augmenter notre budget ». En ce qui concerne les mises à jour introduites à la loi actuelle sur le don d'organes, « elles n'ont pas encore été votées ». « Nous attendons la formation du gouvernement et la tenue des séances parlementaires », fait remarquer le vice-président du NOOTDT.
Et de conclure qu'après l'Espagne, c'est la France qui soutient actuellement la mission du NOOTDT à travers l'Agence de la biomédecine. Celle-ci aidera le comité national à mettre au point un logiciel pour recueillir une base de données et informatiser le registre du don, et des greffes des organes et des tissus.
Et le Dr Stéphan de conclure : « Sur le plan logistique, tout va pour le mieux. J'espère que d'ici à deux ou trois années, nous commencerons à sentir de réels changements. »

 

Contact
Pour plus d'informations sur le don d'organes ou pour remplir une carte de donneur, appeler le NOOTDT aux 05-955902, 05-955903 ou 03-532908, ou visiter le site Web du comité à l'adresse : www.nootdt.org

 

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VIRAGE CONTRÔLÉ

Comment voulez vous que les gens se decident a faire des dons d'organes, face a la concurrence des prelevements illicites d'organes de refugies syriens . Oupss God forbitt ..

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