Hubert : Comment est votre blanquette ?
Le barman : Ma blanquette est bonne...
Extrait du film « OSS 117, Le Caire nid d'espions »
Assis dans un fauteuil club, les jambes croisées, Jean caresse le pli de son pantalon. C'est un pantalon de costume demi-saison en laine gris perle. Depuis qu'il n'y a plus de saisons, l'espion ne porte que des costumes demi-saison, on n'est jamais trop prudent.
Entre son index et son pouce, il repasse le pli du pantalon. Jean ne supporte pas l'à-peu-près, ne tolère que l'impeccable. Si l'habit fait le moine, il fait l'homme aussi.
Ce qu'il ne supporte pas non plus, c'est l'actuelle marche du monde, surtout quand il marche sans lui. Or, depuis quelques mois, le monde ne marche pas, il cavale sans lui.
Son regard, ce regard pénétrant qui fait défaillir le sexe faible, s'assombrit, son front se plisse.
Il fut un temps où Jean incarnait l'essence de l'espion. Il en avait tous les attributs : une assurance à toute épreuve, un sentiment de supériorité inébranlable, une capacité à tout oser qui n'aurait pas déplu à Audiard, le teint hâlé des hommes de terrain, l'allure, le style, les traits, une facilité naturelle à objectifier la femme que ne renierait pas un certain James B.
Or aujourd'hui, le voilà relégué aux oubliettes, au cliché de cinéma, à la caricature même... Et par qui, par quoi ? Le geek ! Lui, un concentré pur d'espion, est détrôné par l'as de l'informatique, le programmeur, le gratte-papier, le tape-clavier.
Son cauchemar a un acronyme : NSA, l'Agence de sécurité nationale américaine. Un antre truffé de gros ordinateurs bourrés de logiciels aux grandes oreilles, qu'exploitent des agents entre guillemets, calés sur leur postérieur toute la sainte journée.
Le genre de type qui, en guise de déjeuner, préfère le pain mou tartiné de mayonnaise à la paupiette.
Le voilà, l'espion modèle du XXIe siècle. Deux oreilles, deux yeux et un index usé jusqu'à l'empreinte digitale d'avoir trop tapé. Un type qui n'a vu la mort ni en face ni ailleurs, qui n'a jamais sué en plein désert ou greloté dans la toundra, un papillon de néon, de sous-sol et d'écran, un sans carrure, un voûté, un hirsute, un blafard.
Jean, lui, a toujours eu bonne mine, l'effet du grand air, de l'adrénaline et de l'aventure. Ce visage d'aventurier, de prince pirate, cette peau abricot de l'homme qui rentre de mission, les traits tirés mais l'œil vif, les sens en alerte et le muscle bandé, voilà la signature de l'espion, du vrai.
Inconsciemment, Jean a serré le poing, ce poing qui a écrasé tant de nez, a fait cracher le morceau aux plus taciturnes, ce poing qui a réglé les crises les plus graves, évité au monde les pires calamités, ce poing qui a ramené l'ordre là où il y avait l'anarchie, la stabilité là où régnait le chaos. Ce poing toujours et à jamais au service de la patrie.
Aujourd'hui, l'arme de l'espion est son index, ses munitions, les clics.
En quelques clics, l'espion de la NSA écoute rois, présidents et dictateurs, fiche les dérives sexuelles de prédicateurs extrémistes, scanne la correspondance de citoyens lambda pas peu surpris de susciter tant d'intérêt, sait ce que Joachim a préparé pour dîner à Angela.
Jean aussi a monté des dossiers sur les ennemis de la patrie. Mais il y a mis du sien, littéralement. Combien d'hématomes, ampoules aux pieds, phalanges amochées, genoux écorchés, dos et dents cassés pour chaque dossier ? Combien ? Jean ne le sait pas, pas le genre à tenir des comptes, pas le genre non plus à faire des shifts. Lui, c'est du 24h/24, 7 jours sur 7, pas les trois huit comme les mesquins de la NSA.
Il fut un temps, son temps, où les espions étaient des seigneurs, des êtres rares, respectés, craints, admirés, enviés. Aujourd'hui, l'abondance a pris le pas sur l'exception, l'espion pullule, l'espionite se répand. Aujourd'hui, n'importe quel bigleux peut devenir agent et tout le monde espionne tout le monde.
Vraiment tout le monde. Ikea tiens, qui va fouiner dans le passé et les casiers de ses employés.
Ikea, ça lui a fichu un sacré coup à Jean. Que les États espionnent tout, n'importe quoi et n'importe qui, il peut comprendre. Mais que des commerciaux s'y mettent aussi !
Et encore, il y a pire qu'Ikea, un empire après tout. Quick, le traître français qui se vautre dans le burger, espionne aussi !
Pour Jean, c'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Il a le bourdon. Son seul réconfort aujourd'hui est de savoir que quoi qu'il arrive et aussi grave que soit la déchéance généralisée, Quick ne sera jamais fichu de préparer une bonne blanquette.
Assis dans un fauteuil club, les jambes croisées, Jean caresse le pli de son pantalon. C'est un pantalon de costume demi-saison en laine gris perle. Depuis qu'il n'y a plus de saisons, l'espion ne porte que des costumes demi-saison, on n'est jamais trop prudent.Entre son index et son pouce, il repasse le pli du pantalon. Jean ne supporte pas l'à-peu-près, ne tolère que l'impeccable. Si l'habit fait le moine, il fait l'homme aussi.
Ce qu'il ne supporte pas non plus, c'est l'actuelle marche du monde, surtout quand il marche sans lui. Or, depuis quelques mois, le monde ne marche pas, il cavale sans lui.Son regard, ce regard pénétrant qui fait défaillir le sexe faible, s'assombrit, son front se...


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
Il faut reconnaître quand même que la NSA, L'agence de sécurité nationale américaine, a réalisé -sans doute elle continue de le faire- un espionnage intéressant pour le monde entier, en surprenant les jihadistes les plus jihadistes et les plus extrémistes en train de "se reposer" de leur "jihad" par des films porno. Quoi de plus utile et de plus amusant ?
06 h 15, le 29 novembre 2013