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Culture - Rencontre

India Mahdavi : parcours nomade, vecteur de style...

Au Liban, à l'occasion de l'inauguration de la galerie Carwan, pour laquelle elle a créé une série exclusive baptisée « Landscapes », l'iconique India Mahdavi, grande designer des lieux stylés, confie à « L'OLJ » : « J'adorerais signer un projet à Beyrouth. »

« Landscape », une série de tables et grands vases que la designer parisienne a créés en exclusivité pour Carwan.

L'architecte-designer parmi les plus tendance du moment dit être « particulièrement interpellée par cette ville carrefour des civilisations, mosaïque d'ambiances... J'y suis déjà venue une première fois et je m'y sens super bien, moi qui suis un croisement de cultures ». De père iranien et de mère anglo-égyptienne, India Mahdavi a, en effet, grandi aux États-Unis, vécu en Allemagne, étudié l'architecture à Paris puis le design à la Parsons School of New York avant de revenir s'installer en France où, depuis l'ouverture de son studio d'architecture d'intérieur en 1999, elle ne cesse de repousser les frontières de ses territoires d'action. « Paris est ma base, j'y suis fortement attachée mais j'aime travailler un peu partout. » Elle a déjà marqué de son empreinte, délicieusement hétéroclite, de hauts lieux de l'hôtellerie et de la gastronomie aussi bien en France – où elle a signé l'aménagement du Café Français (place de la Bastille), du bistrot Germain, de l'hôtel Thoumieux, du cinéma Germain Paradisio ou encore du Monte-Carlo Beach – qu'à Londres (le bar de l'hôtel Connaught) ou à New York (l'APT night-club), pour n'en citer que quelques-uns...


Pour cette créatrice au parcours nomade, « l'inspiration vient souvent de la mémoire ». « C'est par le regard que l'on porte sur les choses et qui a des résonances avec sa propre mémoire que se réveillent l'imagination et la créativité », dit-elle, en poursuivant : « On m'a souvent associée à la couleur et c'est vrai que je la travaille un peu comme un cri adressé à la lumière, au soleil. Cela est lié à mes premiers souvenirs d'enfance, au cours des années 60, aux États-Unis, qui, pour moi, sont en technicolor. Par contre, la façon que j'ai d'associer les coloris, les motifs et les matières me vient d'Iran. De ses grandes mosquées avec leurs mélanges peu probables de carrelages, de couleurs et d'ornementations. Enfin, je pense que mon éducation européenne m'a donné un certain sens de l'élégance », soutient cette grande brune, effectivement très élégante en chemisier à l'imprimé panthère sur pantalon noir et... baskets colorés.
Sa définition de son métier ? « Mon travail consiste à remodeler les espaces, à créer des identités de lieux. Qui vont les inscrire dans une certaine pérennité. Qui vont en faire des références dans la vie des gens. Qui vont, je l'espère, rendre ces derniers heureux », dit-elle. « Pour moi, les lieux ne sont pas qu'un décor, insiste-t-elle. Ils sont souvent aussi importants que des personnes. J'y suis très sensible. Ils font partie de mon environnement émotionnel et participent de la même façon que les gens de mon paysage familier, de mon bien-être... ».

 

Couleurs, élégance et peaux de bêtes...
Son style ? Une audacieuse mais toujours élégante association de matières, de couleurs vives, fraîches, pétantes et de motifs géométriques, floraux ou encore animaliers. À l'instar de ces peaux de zèbre, ces imprimés panthère qu'elle utilise comme « élément graphique » dans ses aménagements de lieux. Même si India Mahdavi affirme ne jamais se répéter. « Aucun de mes projets ne se ressemblent », assure-telle. « Tout comme je ne suis ni passéiste ni dans l'ultradesign. J'aime bien, là aussi, faire des mélanges d'époques. Car ce qui compte, indique-t-elle, c'est de rendre le lieu le plus personnel possible. Et de le rendre enveloppant, sensuel, dégageant une pointe d'humour et de la gaieté. » Des conseils de style et de nombreuses autres astuces déco que cette chef de file d'un design bohème chic livre dans « Home », un ouvrage disponible en versions française et anglaise, notamment à la galerie Carwan, où elle a donné une séance de dédicace lors de son passage beyrouthin.


Justement, pour cette Pop Up Gallery qui, après trois ans d'itinérance, s'installe de manière permanente au Centre Gefinor à Hamra, la « It » designer parisienne a créé une série exclusive de tables et de grands vases en céramique et laiton.
« Lorsque Pascale Wakim et Nicolas Lecompte (le duo libano-canadien à la tête de Carwan), rencontrés par des amis communs, m'ont proposé de concevoir quelques pièces en exclusivité pour leur galerie, j'ai tout de suite pensé à aborder l'ameublement des espaces intermédiaires, ces patios et autres coins à moitié couverts, ni tout à fait dedans ni tout à fait dehors, qu'on retrouve dans l'architecture des villes du Moyen-Orient et des pays chauds. » C'est de ce concept qu'est née la collection de tables, dont les plateaux en céramique colorée déclinent des sortes de paysages abstraits tandis que leurs piétements en laiton leur apportent une note précieuse. Ainsi que les ensembles de vases, pour très gros bouquets – « dont on peut se servir pour plein de choses, des jardinières d'intérieur en les assemblant ou des porte-parapluies, par exemple », indique la designer. Et qui semblent partager le même ADN que le fameux «Bishop », pièce emblématique de l'esprit India Mahdavi : « Ni vraiment table d'appoint ni vraiment (par sa hauteur) tabouret, ce qui lui donne une espèce de flexibilité d'utilisation, réalisé dans une matière inhabituelle qui est la céramique, que j'ai été l'une des premières à réinterpréter en lignes modernes, mon Bishop est pour moi comme le fou : la pièce de l'échiquier qui prend la diagonale et jamais la ligne droite », explique, visiblement amusée par sa trouvaille, cette designer à la rigueur professionnelle toujours mâtinée d'une pointe d'humour !

 

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