Bravant la neige et le froid, les protestataires pro-européens ont manifesté hier encore leur désapprobation du rejet par Kiev de l’accord d’association avec l’UE. Yuriy Dyachyshyn/AFP
Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a appelé hier à la « paix » en Ukraine, après les protestations contre le rejet par Kiev d'un accord d'association avec l'UE. « Je veux que la paix et le calme règnent dans notre grande famille ukrainienne », a déclaré M. Ianoukovitch, dans une adresse vidéo à la nation mise sur son site officiel. « Parfois, je suis obligé de prendre des décisions difficiles et je risque d'être incompris (...). Mais je ne ferai jamais rien au détriment de l'Ukraine et de son peuple, je veux que les gens le sachent », a-t-il souligné. Il s'agit de la première déclaration officielle de M. Ianoukovitch après l'annonce la semaine dernière de la décision du gouvernement ukrainien de renoncer à la signature d'un accord historique entre l'ancienne république soviétique et l'UE.
Des milliers d'opposants pro-européens ont manifesté ces derniers jours dans plusieurs villes ukrainiennes, notamment à Kiev, la capitale, pour protester contre cette décision prise, selon l'opposition, sous la pression de la Russie. Les rassemblements ont été marqués par des échauffourées avec la police antiémeute qui a eu recours aux matraques et au gaz lacrymogène, selon les opposants. Les autorités ukrainiennes ont affirmé que le gaz lacrymogène avait été utilisé par les manifestants et non par la police. « Nous allons continuer de manifester tant que l'accord (d'association avec l'UE) ne sera pas signé », a déclaré le dirigeant du parti d'opposition Oudar, le champion du monde de boxe Vitali Klitschko, qui a rejoint dans la journée d'hier les manifestants près du siège du gouvernement. « Nous allons demander l'annulation de la décision du gouvernement et exiger sa démission », a-t-il lancé devant les manifestants.
Timochenko en grève de la faim
Hier soir, l'ex-Premier ministre ukrainienne incarcérée, Ioulia Timochenko, a annoncé avoir entamé une grève de la faim « en signe de solidarité » avec les manifestants.
« J'entame une grève de la faim illimitée pour demander à Ianoukovitch de signer l'accord d'association avec l'UE », a déclaré Mme Timochenko dans une lettre lue par son avocat, Sergueï Vlassenko, devant un millier de manifestants pro-européens réunis dans le centre de Kiev. Si le président « Ianoukovitch ne signe pas notre accord avec l'Union européenne » au cours du sommet du partenariat oriental de l'UE à Vilnius jeudi et vendredi, « rayez-le de la carte de l'Ukraine par une voie pacifique et constitutionnelle », a demandé l'opposante qui purge une peine de sept ans de prison pour abus de pouvoir, une condamnation qu'elle dénonce comme une vengeance politique.
Même si Kiev a rejeté pour l'heure l'offre des Européens, le président Ianoukovitch « envisage de se rendre au sommet du partenariat oriental de l'UE », au cours duquel l'accord d'association avec l'Ukraine devait initialement être signé, a déclaré le chef de la diplomatie de Kiev, Leonid Kojara. Pour sa part, Bruxelles a souligné que l'offre était toujours valable. « L'offre de signer un accord d'association et (une entente sur) une zone de libre-échange, sans précédent, est toujours sur la table », ont déclaré dans un communiqué les présidents du Conseil européen, Herman Van Rompuy, et de la Commission, José Manuel Barroso. Tous deux ont dit « désapprouver fortement la position et les actions de la Russie », soupçonnée d'avoir fait pression sur l'Ukraine. La Russie, destination du quart des exportations ukrainiennes, presse l'Ukraine d'adhérer à l'Union douanière créée par Moscou avec d'autres ex-républiques soviétiques.
Dans une tribune publiée hier par le Financial Times, l'ancien président ukrainien pro-occidental Viktor Iouchtchenko a estimé qu'en renonçant à signer l'accord avec l'UE, les dirigeants ukrainiens s'étaient engagés dans « un jeu politique dangereux, barbare et malhonnête ».
(Source : AFP)

