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Nos lecteurs ont la parole - Dr Carine Chammas

Des manuels scolaires à la désolante réalité

Surveiller les études de ses enfants relève souvent d'un choix personnel. Certaines y voient une obligation, d'autres une corvée qu'elles délèguent, d'autres enfin pensent que ça fait partie de leur vie de mère. Comme beaucoup de mamans donc je me retrouve les après-midi à écouter d'une oreille plus ou moins distraite mon aîné discourir et thésauriser, ma cadette se démener avec les multiples compléments de la langue arabe et ma benjamine batailler avec la Révolution française et la révolution terrestre.
Parfois ces après-midi sont l'occasion de profondes méditations et remises en question.
C'est ainsi que ma fille, qui bute sur les 10 452 kilomètres carrés, me plonge dans un abîme de désarroi. Je suis profondément outragée et triste. Ces 10 452 kilomètres carrés ont été et sont encore pour moi un mantra personnel. Je les égrène, évoque, martèle tous les jours quand le quotidien – la différence de mentalité croissante et le gouffre qui semble nous séparer de plus en plus – me plonge dans le doute. Pour lui faciliter son devoir, je fais écouter à ma fille des extraits d'histoire... pour découvrir hélas que nous sommes encore et ô combien dans une belle ferme.
J'apprends aussi avec beaucoup de surprise que le fonctionnaire libanais est appliqué, sérieux et surtout incorruptible. Je retiens un fou rire. Comment expliquer à un enfant que de la théorie à la pratique, du rêve à la réalité, de la ferme mentionnée plus haut à un État digne de ce nom il y a un monde en pleine expansion ?...
Et comble du comble, voilà que le programme scolaire nous apprend que la principale ressource du Liban est l'eau. Quelle eau ? Nos robinets sont vides. Les citernes quadrillent la ville de l'aube à minuit. Le ministre de l'Énergie et des Ressources hydrauliques nous promet l'or noir. Il gesticule, trépigne, accuse à tort ou à raison, à droite et à gauche. Il brasse du vent. Mais l'or bleu, y a-t-il pensé. Qu'a-t-il fait pour le sauvegarder ? Pour le ramener dans nos maisons.
Bref, mes après-midi sont mouvementées. Pour me calmer, je ne vois pas trente-six solutions. Il n'y en a que deux. Soit j'arrête de surveiller les études, soit l'État se charge enfin de réviser ses programmes.
À moins que je ne laisse mes enfants découvrir par eux-mêmes la triste réalité de leur pays et le bel avenir qu'on leur prépare...

Dr Carine CHAMMAS

Surveiller les études de ses enfants relève souvent d'un choix personnel. Certaines y voient une obligation, d'autres une corvée qu'elles délèguent, d'autres enfin pensent que ça fait partie de leur vie de mère. Comme beaucoup de mamans donc je me retrouve les après-midi à écouter d'une oreille plus ou moins distraite mon aîné discourir et thésauriser, ma cadette se démener avec les multiples compléments de la langue arabe et ma benjamine batailler avec la Révolution française et la révolution terrestre.Parfois ces après-midi sont l'occasion de profondes méditations et remises en question.C'est ainsi que ma fille, qui bute sur les 10 452 kilomètres carrés, me plonge dans un abîme de désarroi. Je suis profondément outragée et triste. Ces 10 452 kilomètres carrés ont été et sont encore pour moi un mantra...
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