Une excellente définition du Liban qui a attiré mon attention et que j’ai trouvée la plus proche de la triste réalité actuelle est celle donnée par Ounsi el-Hajj dans le quotidien al-Akhbar sous le titre « Nul ne pourra le réparer »(1) :
« Le Liban est un ramassis de composantes sans relation entre elles et parfois contradictoires. Elles coexistent cependant à l’ombre d’un compromis tribal qu’ont généré des circonstances majeures, qu’ont épaissi des siècles et qu’a cristallisé une formule que l’on a appelé coexistence et que l’on a dit être civilisatrice, et effectivement c’est une coexistence civile, même si elle a été entrecoupée par moments par des phases barbares. »
« Le “contrat libanais” est conclu entre des tribus contentes de leur mode de vie qui chérissent la réussite, l’abondance et les dépenses, et un pouvoir couvrant le tout par une tendresse paternelle mêlant la sévérité à la tolérance, à la compréhension et à la complicité. Ce “contrat” peut supporter une amélioration par-ci et une rénovation par-là. Il supporte même l’introduction de modifications modernes à l’exemple de celles apportées par Fouad Chehab par la création de certains organismes de contrôle. Ce fut peut-être l’initiative la plus audacieuse qui s’arrêta à sa phase de démarrage. Il aurait fallu que cette initiative demeure empreinte de la passion qui a marqué son départ. Lorsque Béchir Gemayel a annoncé son intention de bâtir un État, beaucoup ont applaudi et les fonctionnaires ont commencé à se discipliner mais n’ont pas tardé à le maudire en secret. »
Ounsi el-Hajj conclut en ces termes :
« Le Liban a besoin d’organisateurs de ce chaos... ».
Si le Liban est irréparable – et il ne s’agit pas ici de défaitisme mais d’une réalité amère – il nous revient de tenter tout au moins de trouver quelqu’un qui organise ce chaos, et de rechercher un remède à ce mal. Ounsi el-Hajj dit que les Ottomans et les Français n’ont pas réussi à réparer le Liban. Peut-être que les Ottomans, au cours des cinq siècles de leur mainmise ont-ils été la cause de cette détérioration de cette mécanique devenue irréparable. Mais qu’en est-il des Français ? Le conseiller du président Fouad Siniora, l’ambassadeur Mohammad Chatah, a dit, le dimanche 20 octobre 2013 dans un entretien avec « Mme Warda » sur Radio-Orient, des choses audacieuses, graves, sincères et vraies. Il est étonnant que les médias les aient complètement ignorées en dépit de leur gravité en ces circonstances mêmes. Les médias, et plus particulièrement la télévision, ne se préoccupent que de Aazaz, Tripoli et Ersal et tout ce qui est susceptible de fomenter une émeute. La proposition de solutions pour échapper à la catastrophe qui nous menace n’intéresse les médias libanais en aucun point. Tout au contraire les médias incitent à la querelle. L’ambassadeur Mohammad Chatah a dit également que l’histoire montre que nous ne pouvons vivre que dans l’une des deux positions suivantes : soit sous tutelle étrangère, soit sous le feu de guerres civiles, ce qui est vrai et ce que l’histoire de 70 ans d’indépendance a confirmé. L’ambassadeur Chatah en cite à titre d’exemple la tutelle palestinienne (où les décisions libanaises étaient prises dans les camps de Tall el-Zaatar et autres), et la tutelle syrienne où les décisions étaient prises à Damas (en réalité à Kerdaha). Nous pouvons ajouter que les décisions libanaises sont aujourd’hui prises à Téhéran. Aussi la tutelle du Hezbollah iranien doit-elle nous plaire, sinon c’est la guerre civile !
Cet ambassadeur qui est connu pour son objectivité, sa modération et sa culture, propose la « neutralité » internationale du Liban, pour échapper aux tutelles et aux guerres civiles. La neutralité qu’il préconise est une neutralité internationale et régionale. Pour étayer son argumentation, nous observons que la Suisse a vécu trois siècles de guerres civiles opposant les Allemands, Italiens et Français. Le seul remède a été pour elle la neutralité. Elle a fait que ce pays est depuis lors « la Suisse d’abord » chez les Français, les Italiens et les Allemands. De nombreuses guerres ont éclaté autour d’eux, dont la dernière fut la Seconde Guerre mondiale, mais le Suisse allemand est demeuré suisse et l’Allemagne ne l’a pas fait enrôler, de même pour l’Italien et le Français.
La proposition de l’ambassadeur Chatah a été soumise par la partie qui s’oppose à cette neutralité, soit l’islam politique alors même que la neutralité était et demeure le slogan brandi par les chrétiens, et à leur tête le grand patriote que fut le regretté Raymond Eddé. Peut-être que Saëb Salam en était lui-même convaincu, mais son environnement dominé par l’islam politique ne l’admettait pas à l’époque, avant la chute des slogans et des illusions ! Aujourd’hui cette proposition doit être formulée haut et fort. Les circonstances présentes l’exigent. Telle est la solution que proposent les musulmans sunnites et les chrétiens, soit soixante-quinze pour cent des Libanais ! Pourquoi ne pas la soumettre, dès lors, au dialogue pour le Liban de demain ? S’il y a une invitation à la table de dialogue, c’est dans ce sens que devra s’engager le dialogue et non dans le sens de la déclaration de Baabda et de la mascarade que constitue la trilogie « armée, résistance et peuple ». L’alternative à la neutralité est la guerre civile qui nous menace, ou la tutelle. Si la tutelle est inévitable, qu’elle procède d’une partie plus évoluée que nous et non le contraire, qu’elle ne soit ni celle de Kerdaha, ni celle des camps de Tall el-Zaatar, ni des Qom de Téhéran. Si la tutelle est inévitable, pourquoi le mandat français ne retourne-t-il pas ou tout autre mandat civilisé, comme la Suède par exemple ?
En toute franchise et sincérité, pour empêcher la guerre civile et éviter toute tutelle étrangère, le « Liban de demain » doit rechercher « la neutralité » pour être en diapason avec la réalité.
En ce moment, il est demandé aux clowns du pouvoir de ne pas répéter les défilés militaires et les commémorations en souvenir de la soi-disant « indépendance ». Ces festivités sont devenues insolentes, lassantes et blessantes en ces circonstances.
Le regretté président Émile Eddé connaissait l’histoire mieux que tout le monde. Il savait où l’on ira après la fête de l’Indépendance de 1943 et la fin du mandat français.
À l’issue d’une visite rendue par l’ancien président de la République Alfred Naccache au général de Gaulle à Paris, ce dernier, raccompagnant Naccache à la porte de l’ascenseur, lui a tenu la main en lui disant : « Vous avez commis une grande erreur en mettant fin au mandat français au Liban. L’histoire en sera juge... », dit de Gaulle.
Abdel Hamid EL-AHDAB
Avocat
(1) Numéro 2 113 du 19 octobre 2013.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
PARCE QU'IL EN A MARRE DE CES LIBANAIS.... INGRATS !
14 h 27, le 13 novembre 2013