Du 1er au 18 novembre, 34 000 hommes, des destroyers et des avions de chasse doivent participer à ces manœuvres, parfois à tirs réels, qui comprendront également des exercices de débarquement sur l’atoll inhabité d’Okidaitojima, à 400 km au sud-est de la principale île méridionale d’Okinawa, a précisé un porte-parole du ministère de la Défense. Officiellement, ces grandes manœuvres visent à « maintenir et améliorer les capacités opérationnelles des forces d’autodéfense » en cas d’attaque armée, indique un communiqué officiel.
Le Japon a déjà organisé de telles manœuvres en 2011 avec 35 000 hommes, mais dans un contexte bien moins tendu avec Pékin. Car les relations de Tokyo avec Pékin sont glaciales depuis septembre 2012 en raison d’un différend territorial portant sur un petit archipel de mer de Chine orientale : le Japon l’administre sous le nom de Senkaku, mais Pékin le revendique sous celui de Diaoyu. Depuis que Tokyo a acheté trois de ces cinq îles à leur propriétaire privé nippon, la Chine envoie régulièrement des navires de garde-côtes dans la zone, mais aussi ponctuellement des avions. La nationalisation de ces îles par le Japon avait déclenché une semaine de manifestations antijaponaises,
dont certaines violentes, dans de nombreuses villes de Chine.
Abe le « faucon »
Arrivé aux affaires fin 2012 à Tokyo, le Premier ministre de droite, Shinzo Abe, a d’emblée maintenu une ligne ferme, allant jusqu’à prévenir en avril dernier que le Japon repousserait au besoin « par la force » tout débarquement chinois sur les Senkaku. Conséquence, M. Abe n’a toujours pas eu de rencontre au sommet avec ses homologues chinois. Outre son différend avec Pékin, le Japon a également un contentieux territorial avec la Corée du Sud pour deux îles, appelées Takeshima à Tokyo et Dokdo à Séoul qui en a le contrôle. De plus, le « faucon » Abe a
multiplié les signes qui ne trompent pas sur sa détermination. Dès janvier, son gouvernement approuvait un budget militaire de 52 milliards de dollars pour 2013-2014, en hausse pour la première fois depuis onze ans.
Parallèlement, Tokyo a annoncé son intention de constituer une force spéciale de 600 hommes et 12 navires pour surveiller et protéger l’archipel des Senkaku. Selon un porte-parole des garde-côtes japonais, cette future unité comprendra, outre deux porte-hélicoptères existants, dix nouveaux bâtiments de 1 000 tonnes. Elle sera complète d’ici à trois ans. Et début juillet, le quotidien économique japonais Nikkei faisait état d’un projet de Tokyo de lancer neuf satellites sur cinq ans pour surveiller les océans.
Ces tensions grandissantes entre les deux puissants voisins, ainsi que la recrudescence de bâtiments armés dans les eaux territoriales de l’archipel de la discorde, font craindre à certains, notamment à Washington, un incident armé qui pourrait dégénérer. Début octobre, en visite à Tokyo, le secrétaire d’État américain, John Kerry, avait clairement rappelé que le traité de défense mutuelle américano-japonais s’appliquait aux îles Senkaku. Il avait également appelé « toutes les parties à ne s’engager dans aucune action unilatérale » qui pourrait remette en cause le statu quo, en clair déboucher sur un éventuel affrontement sino-japonais.
Pour tenter de gagner la guerre médiatique contre Pékin et Séoul, le ministère japonais des Affaires étrangères vient de produire et mettre en ligne sur YouTube deux vidéos de 90 secondes pour apporter la preuve irréfutable de l’appartenance au Japon des îles contestées. Ces vidéos, diffusées pour l’instant uniquement en japonais, vont être traduites en six langues, dont le chinois. « Peu importe les outils de propagande du Japon pour soutenir sa revendication illégale, cela ne changera rien au fait que les îles Diaoyu appartiennent à la Chine », a réagi une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. Séoul a également protesté après la mise en ligne de la vidéo sur les Dokdo/Takeshima et convoqué un membre de l’ambassade du Japon.
© AFP

