Depuis trente ans, les circonstances ne permettent pas, semble-t-il, que soit exprimée une reconnaissance officielle et publique libanaise aux soldats français morts pour le Liban. Les Libanais ne percevraient pas de la même manière cet événement ? Mais cette année, le ministre délégué français aux Anciens combattants, Kader Arif, a fait le déplacement, et l’ambassadeur Patrice Paoli a pensé à convier à la cérémonie franco-française des représentants de la présidence de la République, du Premier ministre et de l’ancien président Amine Gemayel en poste lors de l’attentat antifrançais. Insuffisant.
Cette cérémonie, qui ne doit pas faire oublier les soldats français morts au Liban sous les couleurs de la Finul ni l’ambassadeur Louis Delamare assassiné en septembre 1981 non loin d’un barrage de l’armée syrienne, coïncide avec un regain de tensions franco-syriennes et avec aussi un début de détente franco-iranienne (poignée de main à l’ONU entre les présidents Hassan Rohani et François Hollande) et franco-hezbollahi (accueil au Quai d’Orsay d’un député du Hezbollah, Ali Fayad, et élargissement des contacts entre les deux parties à Beyrouth). Le contexte politique au Liban et dans la région est pour le moins ambigu pour la France dont l’image dans la région est quelque peu floue aujourd’hui. Il semble aussi que la tension que vit aujourd’hui le Liban ne permette pas une expression trop visible d’une reconnaissance officielle et populaire des sacrifices consentis par les Français et par l’armée française...
Mais, reconnaissons-le, cette année, pour commémorer le trentenaire de l’attentat du Drakkar, Français et Libanais étaient moins réservés, même si cette commémoration a besoin, pour être digne, d’une reconnaissance officielle libanaise plus décomplexée: pourquoi pas la présence, en personne, du président de la République, du président du Parlement (qui n’a pas jugé bon de se faire représenter à la cérémonie de l’ambassade), du Premier ministre, du
ministre de la Défense, du commandant en chef de l’armée, du président de l’époque? Pourquoi pas une présence officielle française plus importante? Pourquoi ne pas associer les Libanais, amis de la France, et les Français du Liban? Pourquoi ne pas désenclaver la cérémonie et ériger, en dehors de l’ambassade, sur le lieu même de l’attentat, un monument dédié aux martyrs français? Le sacrifice est énorme. La reconnaissance, des Libanais et des Français, doit être à la hauteur de ce sacrifice. Aucune honte à cela, au contraire. Rendez-vous en... 2033 pour le
cinquantenaire?
Fadi ASSAF

