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Liban - Éclairage

Un happy end qui arrange tout le monde. Ou presque...

L’affaire des détenus libanais de Aazaz a donc connu son happy end, mais les secrets des tractations n’ont pas encore été entièrement révélés. Ils le seront sans doute un jour, même si le directeur de la Sûreté générale a déclaré, dans l’ambiance de joie qui régnait samedi soir à l’aéroport, qu’il gardera certains éléments pour lui. Le général Abbas Ibrahim sait forcément de quoi il parle puisque de l’avis de tous, il a joué un rôle primordial dans la libération des détenus et le succès de cet « échange » est en grande partie le sien, puisque sa ténacité, sa discrétion, sa sagesse et son sens de la diplomatie et des responsabilités ont contribué à cette fin heureuse.


Il faut toutefois ajouter aux raisons de ce happy end un contexte régional et une situation sur le terrain qui ont soudain rendu possible cette libération, après un an et cinq mois d’entraves, d’embûches et de rendez-vous manqués. Une source sécuritaire qui a suivi de près le dossier affirme que depuis les derniers développements en Syrie, et surtout depuis que le groupe l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL ou Daëch) proche d’el-Qaëda, a décidé de prendre le contrôle de la région syrienne limitrophe de la Turquie, chassant pratiquement la brigade de la Tempête du Nord de l’Armée libre de Syrie qui y était installée, les neuf pèlerins libanais enlevés étaient devenus un poids pour leur geôliers. Comme les combattants de l’EIIL étaient en train de prendre le dessus, le sort des pèlerins libanais détenus par la brigade de la Tempête du Nord était en danger, les islamistes proches d’el-Qaëda pouvant les liquider sans demander l’autorisation. Ce qui aurait fortement embarrassé les dirigeants turcs, surtout à la veille d’élections municipales, puis législatives en 2014, d’autant que deux pilotes turcs ont été enlevés par les proches des pèlerins, en guise de représailles, et l’opposition turque en faisait des choux gras. Craignant que l’affaire échappe à tout contrôle, les dirigeants turcs auraient demandé au nouvel émir du Qatar d’intervenir pour faciliter la clôture de ce dossier. Pour le nouvel émir, c’était une opportunité intéressante, surtout au moment où il cherchait à modifier la politique régionale de l’émirat, ayant eu un entretien téléphonique prolongé avec le président iranien, et tenté de rétablir le contact avec le Hezbollah dans un premier temps et plus tard éventuellement avec le régime syrien. L’émir Tamim a donc envoyé au Liban son chef des services de renseignements, le général Ghanem Kabissi, ainsi que son ministre des AE Khaled ben Attiya en mission d’exploration. Le général Kabissi est resté à Beyrouth plusieurs jours pour étudier les possibilités d’aboutir à un accord. En parallèle, le président de la Chambre, Nabih Berry, a demandé au chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, au cours de sa dernière visite au Liban, d’intervenir auprès des dirigeants turcs, d’autant que l’ambassadeur palestinien à Ankara Nabil Maarouf est très influent sur place.


Le contexte général s’étant brusquement débloqué avec les nouvelles données politiques et sur le terrain dans le dossier syrien (les derniers cent combattants de la brigade de la Tempête du Nord s’étant finalement ralliés à l’EIIL), le scénario a donc été mis au point et les tractations se déroulaient de façon quadripartite entre la Turquie, le Liban, le Qatar et la Syrie. Le problème, c’est que le régime syrien ne voyait pas les bénéfices qu’il pouvait tirer de la libération de prisonnières syriennes détenues dans ses geôles, puisqu’il était le seul à ne rien recevoir en contrepartie. La Turquie, elle, retrouvait les deux pilotes enlevés et se débarrassait d’un dossier qui était en train de devenir un poids pour elle. Le Qatar retrouvait un rôle sur la scène régionale, celui de médiateur dans lequel il excelle, et le Liban en finissait avec un dossier qui lui pourrissait la vie et affaiblissait la crédibilité de l’État, alors que le Hezbollah sortait gagnant, puisque les pèlerins étaient libérés, sans qu’il fasse la moindre concession politique. Il restait donc à convaincre le régime syrien. La source sécuritaire précitée précise à ce sujet que le secrétaire général du Hezbollah s’est entretenu à ce sujet avec le président syrien pour lui demander d’accepter de relâcher les prisonnières réclamées par l’ASL. D’ailleurs, le quotidien syrien progouvernemental al-Watan ne s’est pas privé, le lendemain, de préciser que la Syrie a accepté l’échange, bien qu’elle n’en tire aucun bénéfice, par fidélité et loyauté à ses alliés...


Le principe était donc acquis. Il ne restait plus qu’à coordonner les détails de l’opération. Les avions du Qatar ont été envoyés en Syrie et en Turquie, alors qu’un avion turc attendait à l’aéroport de Beyrouth pour ramener les deux pilotes chez eux. Ceux-ci ayant un peu tardé à arriver à l’aéroport de Rayack, d’où ils ont été transportés par hélicoptère à l’AIB, hajj Wafic Safa (Hezbollah) et Ahmad Baalbacki (Amal), chargés de la coordination, ont été immédiatement alertés pour accélérer le mouvement et les avions ont pu décoller en quasi-simultanéité. Le feuilleton qui a duré dix-sept mois a finalement été clôturé. Il reste toutefois d’autres personnes enlevées comme Hassan Mokdad (dont la capture avait donné naissance à l’aile armée du clan Mokdad) et bien sûr les deux évêques, sans parler des Libanais portés disparus depuis les années de guerre. Fort de ce succès, le général Ibrahim a promis de s’occuper de tous ces dossiers, mais sa tâche ne sera pas aisée. Pour les ex-détenus de Aazaz, il y a eu ce qu’on appelle le fameux « momentum » favorable. Il s’agit désormais qu’il puisse se prolonger et ouvrir la voie à de nouvelles données politiques régionales. Pour l’instant, rien n’indique cela et la seule certitude annoncée, c’est que l’un des évêques, qui est aussi le frère du patriarche grec-orthodoxe, est encore en vie, mais il serait aux mains d’un groupe formé de Tchétchènes...

 

 

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L’affaire des détenus libanais de Aazaz a donc connu son happy end, mais les secrets des tractations n’ont pas encore été entièrement révélés. Ils le seront sans doute un jour, même si le directeur de la Sûreté générale a déclaré, dans l’ambiance de joie qui régnait samedi soir à l’aéroport, qu’il gardera certains éléments pour lui. Le général Abbas Ibrahim sait forcément de quoi il parle puisque de l’avis de tous, il a joué un rôle primordial dans la libération des détenus et le succès de cet « échange » est en grande partie le sien, puisque sa ténacité, sa discrétion, sa sagesse et son sens de la diplomatie et des responsabilités ont contribué à cette fin heureuse.
Il faut toutefois ajouter aux raisons de ce happy end un contexte régional et une situation sur le terrain qui ont soudain...
commentaires (6)

Ce qui me turlupine le plus dans cette histoite , c'est, s'il y a eu un momentum favorable entre la raclee que se sont pris les asl face aux salafowahabites , comment s'est il fait que la capture des pilotes turcs a accelere les choses ? je ne comprends pas que le ralliement des brigades de la tempete du nord aux salafowahabites n'aient pas empeche cet accord d'aboutir ? Et puis Scarlett , ok vous ne savez pas tout ou vous ne voulez pas tout dire peut etre , mais le Qatar qui a emis des fatwas anti chiites par qardaoui , comment peut il se preciipiter dans la breche pour raccompagner les pelerins a la maison ? Il y a que je vois une paleur verdatre s'emparer des obtus obstines chaque fois que le hezb resistant sort vainqueur d'une epreuve, a l'endroit ou tout le monde echoue , alors on parle d'alliance hezb/anosra etc.. on parle de voiles que je ne saurai voir , et on voit des drapeaux avec des sigles bizarre etc.. On dit aussi que les combattants meurent pour rien ,mais on ne voit pas le monde changer a la force du poignee d'une resistance qui gagne , dites Scarlett votre poignee doit vachement vous torturer quand vous nous informez , non ?On attend d'autres bonnes nvelles , comme la liberation de ts les autres prisonniers.

Jaber Kamel

15 h 44, le 23 octobre 2013

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Commentaires (6)

  • Ce qui me turlupine le plus dans cette histoite , c'est, s'il y a eu un momentum favorable entre la raclee que se sont pris les asl face aux salafowahabites , comment s'est il fait que la capture des pilotes turcs a accelere les choses ? je ne comprends pas que le ralliement des brigades de la tempete du nord aux salafowahabites n'aient pas empeche cet accord d'aboutir ? Et puis Scarlett , ok vous ne savez pas tout ou vous ne voulez pas tout dire peut etre , mais le Qatar qui a emis des fatwas anti chiites par qardaoui , comment peut il se preciipiter dans la breche pour raccompagner les pelerins a la maison ? Il y a que je vois une paleur verdatre s'emparer des obtus obstines chaque fois que le hezb resistant sort vainqueur d'une epreuve, a l'endroit ou tout le monde echoue , alors on parle d'alliance hezb/anosra etc.. on parle de voiles que je ne saurai voir , et on voit des drapeaux avec des sigles bizarre etc.. On dit aussi que les combattants meurent pour rien ,mais on ne voit pas le monde changer a la force du poignee d'une resistance qui gagne , dites Scarlett votre poignee doit vachement vous torturer quand vous nous informez , non ?On attend d'autres bonnes nvelles , comme la liberation de ts les autres prisonniers.

    Jaber Kamel

    15 h 44, le 23 octobre 2013

  • IL Y A SÛREMENT EU QUELQUE PART UN DÉCULOTTAGE BIEN LOCAL DONT ON A HONTE D'EN PARLER POUR LE MOMENT ! HUMAIN... OU DIVIN... IL RESTE A LE SAVOIR. LES SOURCES HABITUELLES SUSPENDENT LEUR COURS À CET ÉGARD...

    SAKR LOUBNAN

    14 h 46, le 23 octobre 2013

  • Sans parler des libanais disparus depuis les années de guerre...ils n'ont pas disparu tous seuls ,n'est ce pas? ON les a fait disparître...il n'a pas de nom,ON ? Mmmmmm, mâme Scarlett?

    GEDEON Christian

    09 h 41, le 23 octobre 2013

  • L'ANALYSE ET LA DIVAGATION... PÊLE-MÊLE !

    SAKR LOUBNAN

    09 h 31, le 23 octobre 2013

  • Madame Haddad, Votre récit est savoureux. Il est étoffé d'infos riches et stupéfiants. Votre article intitulé éclairage porte bien son nom. maintenant nous savons ce qui s'est passé dans les coulisses. Si j'étais cinéaste je n'hésiterais pas a utiliser votre article comme mon prochain scénario!!!!!

    Maya Anhoury

    09 h 12, le 23 octobre 2013

  • Et la version du journal turc Sabah selon laquelle "c'est un commando des Services de renseignements turcs qui a sorti les neufs Libanais de leur captivité, de peur que l'Etat islamique en Irak et au Levant ne les liquide". Rien en effet n'aurait arrêté ces barbares, si les pèlerins étaient réellement tombés entre leurs mains. Wi'am le Wahhab a bien dit que "lui, c'est DAECH qu'il remercie".

    Halim Abou Chacra

    05 h 00, le 23 octobre 2013

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