La semaine passée, le n° 2 du centre de commandement des forces nucléaires américaines, le vice-amiral Tim Giardina, a été démis de ses fonctions, soupçonné d’avoir utilisé de faux jetons de casino dans l’Iowa. Deux jours plus tard, le général américain Michael Carey, qui dirigeait la 20th Air Force, la division chargée des missiles nucléaires intercontinentaux, a lui aussi été démis de ses fonctions pour « une conduite personnelle inappropriée », qui selon certaines sources impliquerait une consommation excessive d’alcool. L’an dernier, le général quatre étoiles William « Kip » Ward, ancien commandant américain pour toute l’Afrique, avait été rétrogradé et condamné à rembourser 82 000 dollars pour avoir utilisé indûment les moyens mis à sa disposition par le Pentagone lors de son commandement de l’Africom. En janvier prochain, le général de brigade Jeffrey Sinclair sera jugé par une cour martiale, accusé d’agressions sexuelles et de menaces de mort contre une femme dans une affaire aux détails sordides. Le général David Petraeus n’a quant à lui jamais été sanctionné durant ses années de service, mais il a dû démissionner fin 2012 de la tête de la CIA après avoir admis une liaison extraconjugale dans sa biographe.
Les lois et sanctions appliquées à ces hauts gradés n’ont pas changé au fil du temps, mais les récentes affaires montrent que les règles sont appliquées plus strictement, souligne David Barno, un général de l’armée à la retraite. « Ce qui par le passé aurait pu être géré comme un simple départ à la retraite finit aujourd’hui inévitablement à la une des journaux ; mais ce n’est pas une mauvaise chose. Nous vivons dans un monde beaucoup plus transparent qu’il y a 10, 15 ou 20 ans, quand ce genre de chose se produisait certainement mais était géré hors du champ public », estime M. Barno.
Cas d’école
Atterré par tous ces scandales, le plus haut gradé américain, le général Martin Dempsey, supervise une réforme de la formation des généraux qui laisse une plus grande place à l’éthique. M. Dempsey a souligné que les militaires avaient besoin de leaders qui soient à la fois compétents et qui aient du caractère, mais une décennie de guerres et de gros budgets pour l’armée ont conduit à quelques « mauvaises habitudes ». « Cela me fascine de voir des gens qui atteignent un certain niveau de rémunération conclure qu’ils sont presque invincibles », reprend David Barno. Mais « à une large échelle on voit un renforcement des standards dans l’armée après les deux guerres dont nous sortons », dit-il.
Cas d’école de cette nouvelle sévérité : le mois dernier, les marines ont remercié deux généraux qui n’ont pas su empêcher une attaque meurtrière en 2012 contre une base de l’OTAN en Afghanistan, une décision qui a eu un certain retentissement dans toute l’armée.
« Il est vrai que la plupart de ces affaires concernent des comportements personnels plutôt que de mauvais résultats professionnels. Mais on oublie que le système militaire de promotion ou départ implique que régulièrement on fasse rendre des comptes à des gens simplement en ne leur accordant pas de promotion », conclut Peter Feaver, professeur à l’Université de Duke.
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