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Moyen Orient et Monde - Transition

Des attentats et des heurts sanglants secouent l’Égypte

Neuf personnes ont été tuées hier, au lendemain de violences ayant fait plus de 50 morts à travers le pays.

L'un des trois attentats perpétrés hier est une voiture piégée qui a tué trois policiers devant un commissariat à al-Tur, dans la péninsule du Sinaï, une station balnéaire non loin de Charm el-Cheikh, où les touristes sont de retour après une longue absence. Mohammad el-Shahed/AFP

Avec trois attentats qui ont tué neuf personnes hier, le spectre d’un nouveau cycle de violences hante l’Égypte. Car en dépit d’une répression implacable dont ils sont la cible dans la rue, les partisans du président islamiste Mohammad Morsi, destitué et arrêté par l’armée il y a trois mois, ont juré d’intensifier leurs manifestations contre le « coup d’État ». Après une trêve relative dans les dispersions extrêmement sanglantes de leurs rassemblements par les soldats et les policiers, les violences des derniers jours font redouter non seulement une spirale de vengeances de la part de groupes radicaux mais aussi un enlisement dans la crise économique, au moment même où les pays occidentaux commencent à autoriser de nouveau les tour-opérateurs à proposer l’Égypte à leurs clients. 


L’un des attentats, une voiture piégée qui a tué trois policiers devant un commissariat à al-Tur, a justement été perpétré dans le sud de la péninsule du Sinaï, au cœur des stations balnéaires de la mer Rouge, dont la célèbre Charm el-Cheikh où les touristes sont de retour après une longue absence. À Ismaïliya, sur le canal de Suez, six soldats ont été tués par des inconnus qui ont ouvert le feu sur leur patrouille, dans une région qui, comme le Sinaï, est en proie à une multiplication des attaques de groupes islamistes dont certains ont fait allégeance à el-Qaëda. Enfin, dans la nuit, des roquettes ont endommagé une gigantesque antenne d’un centre de communication satellitaire à Maadi, un quartier huppé du Caire.
Ces attaques interviennent au lendemain de manifestations réclamant le retour du président Morsi au cours desquelles au moins 51 personnes ont trouvé la mort, dont 47 au Caire, autorités et pro-Morsi s’accusant mutuellement d’avoir ouvert le feu.

 « Terroristes »
Dimanche au Caire, les manifestants pro-Morsi, « pacifiques » selon eux, ont « été attaqués de sang-froid par les forces du coup d’État qui ont tiré pour tuer », a affirmé hier l’Alliance pour la démocratie et contre le coup d’État, une coalition menée principalement par les Frères musulmans. « Des heurts ont éclaté entre des résidents et des Frères musulmans » qui ont « utilisé des armes et de la chevrotine, faisant 47 morts », a rétorqué le ministère de l’Intérieur dans un communiqué, ajoutant : « Les forces de sécurité ont réussi à s’interposer et contrôler » les affrontements. « La police a fait usage uniquement de gaz lacrymogènes », a affirmé de son côté le général Ayman Helmi, porte-parole du ministère.


Des journalistes de l’AFP ont pour leur part constaté que des résidents provoquaient, voire tiraient sur des manifestants quand ils passaient dans leurs quartiers. Des policiers, certains en civil, ont ouvert le feu à plusieurs reprises sur les manifestants. L’armée, le gouvernement, la quasi-totalité des médias et une large majorité de la population qualifient de « terroristes » les Frères musulmans, qui avaient largement remporté les législatives fin 2011. 

 

Et les violences risquent de s’intensifier car les pro-Morsi ont appelé « tous les Égyptiens à manifester massivement dans des marches non violentes », en particulier vendredi. « Personne ne pourra nous en empêcher (...) quels que soient les sacrifices à consentir », affirment-ils dans un communiqué.
La stratégie des Frères musulmans est de montrer « qu’ils sont toujours là et qu’ils sont une force capable de mobiliser les masses », commente Shadi Hamid, spécialiste de l’Égypte au Brookings Doha Center. Ils veulent, selon lui, démontrer « qu’il n’y a pas de stabilité possible sans eux et que, si vous essayez de les exclure, cela va miner le redressement économique de l’Égypte ». Pour cela, « ils n’ont pas vraiment d’autre choix que de continuer à manifester le plus longtemps possible », conclut l’expert. 

 

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