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Hommage au professeur Fouad N.Boustany

Par le professeur Antoine GHOSSAIN
« Vous qui vivez, donnez une pensée aux morts. » Victor Hugo

Il y a un an, la mort, imparable mais capricieuse, nous privait très tôt d’un homme exceptionnel, le professeur Fouad N. Boustany. Cet homme aux multiples facettes fut, un demi-siècle durant, un radiologue de renom, un chroniqueur de talent, avant d’être élu à la tête de l’ordre des médecins où il réalisa des performances syndicales et ordinales remarquables. La dernière partie de sa vie, il l’a consacrée à la bioéthique. Mon témoignage aujourd’hui se veut un rappel de son engagement dans ce dernier domaine.
Le terme de bioéthique fut introduit d’Amérique en Europe à la fin du dernier siècle. Il fut repris au Liban durant la dernière décennie par les séminaires onusiens organisés par M. Samir el-Daher dans certains hôpitaux et centres universitaires. Puis il fut repris officiellement lors du mandat du président Hariri avec la formation du Comité consultatif national libanais d’éthique des sciences de la vie (CCNL), avec Marwan Hamadé comme président et Fouad Boustany comme secrétaire général. Les deux vice-présidents étaient le R.P. Ducruet, recteur émérite de l’USJ, et Adnane Mroué, ancien ministre de la Santé et ancien doyen de la faculté de médecine de l’AUB. Le Comité pluridisciplinaire, formé de 19 membres comprenant des médecins, des philosophes, des sociologues, des hommes de religion, se réunissait au Grand Sérail une fois par mois. Ce fut l’occasion, pour son secrétaire général, le professeur Fouad Boustany, d’organiser, durant deux décennies, des conférences, et de publier des mises au point citées dans les moyens d’information modernes dont une étude comparative remarquable sur la législation à ce sujet dans les pays arabes. Cela lui valut d’être nommé par le Dr Matsura, directeur général de l’Unesco, membre du Comité international de la bioéthique (CIB), fondée en 1993.
La bioéthique est relativement peu connue du public, et même d’une partie du corps médical. Elle est maintenant enseignée dans certaines facultés et représentée dans les hôpitaux par des comités d’éthique. Ce n’est pas une discipline médicale mais une instance qui surveille le passage du savoir scientifique à la pratique médicale, en essayant d’éviter les dérives anarchiques. Son domaine s’élargit au fur et à mesure des progrès scientifiques. Elle surveille les méthodes d’expérimentation et de recherche clinique. Elle intervient à titre consultatif dans les problèmes soulevés par les fécondations in vitro, les femmes porteuses, les transplantations d’organes, à côté des problèmes classiques comme l’avortement, l’acharnement thérapeutique, les suicides assistés, l’euthanasie active et passive. Le professeur Boustany, dans une de ses conférences, reproduit à ce sujet un discours prononcé par Robert Badinter en 1985 devant le Conseil de l’Europe, et qui mérite d’être reproduit dans ce témoignage :
« Voici que l’enfant n’est plus obligatoirement conçu dans le ventre de sa mère, que la femme à qui il doit d’être conçu n’est pas nécessairement celle qui le mettra au monde, que les parents à qui l’enfant doit la vie peuvent être plus que deux, qu’une grand-mère peut porter les 3 enfants de sa fille, qu’une sœur prête son utérus à une jumelle, qu’une veuve espère de la semence de son mari récemment décédé, qu’une porteuse ou donneuse refuse de rendre le locataire de son ventre, qu’un clone est en même temps le jumeau et le fils de son père génétique et l’oncle de son jumeau, qu’on allait pouvoir avec la carte génétique prédire l’avenir biologique d’un enfant... etc. »
Cette citation quelque peu caricaturale donne le vertige ; mais elle reflète l’étendue du domaine de la bioéthique qui devrait précéder, accompagner ou suivre les progrès scientifiques et médicaux.
Le professeur Boustany avait saisi l’importance de ces données et s’y était engagé de toute sa force avant d’être subitement emporté par une crise cardiaque.
Son testament, pressenti mais non écrit, s’adresse aux jeunes générations de médecins, les invitant à dépasser la classique médecine psychosomatique et à se mettre, selon ses propres termes, à « bricoler » avec la bioéthique.
« Vous qui vivez, donnez une pensée aux morts. » Victor HugoIl y a un an, la mort, imparable mais capricieuse, nous privait très tôt d’un homme exceptionnel, le professeur Fouad N. Boustany. Cet homme aux multiples facettes fut, un demi-siècle durant, un radiologue de renom, un chroniqueur de talent, avant d’être élu à la tête de l’ordre des médecins où il réalisa des performances syndicales et ordinales remarquables. La dernière partie de sa vie, il l’a consacrée à la bioéthique. Mon témoignage aujourd’hui se veut un rappel de son engagement dans ce dernier domaine.Le terme de bioéthique fut introduit d’Amérique en Europe à la fin du dernier siècle. Il fut repris au Liban durant la dernière décennie par les séminaires onusiens organisés par M. Samir el-Daher dans certains hôpitaux et centres...