Ces nouveaux pionniers des grands lacs sanglants de Syrie ignorent ou feignent d’ignorer les notes de synthèse de la DGSE française, le rapport scientifique du chef des inspecteurs à l’ONU, les indices révélateurs tels que les réticences du régime syrien à laisser enquêter les experts avant de céder aux pressions, ses tentatives de détruire les traces par le bombardement des zones d’impact, la liesse pathologique de ses partisans à la suite de l’attaque, sa diligence à déclarer et livrer ses armes chimiques sans même exiger que les rebelles en fassent de même, etc. Ces rescapés d’on ne sait quelle île du diable dans cette mer démontée croient dur comme fer à la normalité de leur perception dans des conditions anormales et à ce que leurs cinq sens traumatisés leur ont transmis.
De plus, ils partagent, sans le vouloir et le savoir (du moins je l’espère), le discours, le déni, les stéréotypes et la paranoïa des obsédés de l’anti-impérialisme-anticolonialisme occidental et boivent goulûment le cocktail servi par le tsarisme-bolchévisme-baassisme. Ils rejettent les rapports scientifiques des pays qui pourtant veulent un prétexte en plus pour ne pas avoir à intervenir en Syrie, et se fondent corps et âme (hormis l’esprit) sur leurs propres perceptions et impressions subjuguées et subjectives, et sur les quelques trucs et trucages d’un régime carnassier qu’ils se défendent de soutenir, mais qu’ils défendent mordicus sur cette question, à corps perdu, comme s’ils avaient vraiment vu, de leurs propres yeux écarquillés, le Liwa’ al-Islam ou autre brigade rebelle envoyer des roquettes «chimiques» vers leurs propres zones. À la question de savoir d’où ils tiennent leurs preuves, ils évoquent, sans craindre d’insulter leur propre intelligence, une «conversation surprise», comme un cadeau de détention, reçu ou dérobé, pour ne pas rentrer bredouille.
Il convient de se demander si les otages n’ont pas développé une variante du syndrome de Stockholm, qu’on appellerait le «syndrome de Damas», lequel consisterait en un contrecoup post-traumatique qui dépasse la haine du ravisseur vers une haine généralisée et irraisonnée du milieu dont il est issu, à savoir les zones libérées, et qui s’accompagne du désir revanchard que ces zones où la victime a connu l’humiliation, une forme d’esclavage, retombent sous la tutelle de l’esclavagiste assadien.
Le syndrome de Damas, c’est aussi rencontrer «le pays du mal» (dixit Domenico Quirico), après l’épuisement du bien resté sans secours, et trouver un moindre mal dans le pays du Malin.
Mais ces circonstances atténuantes d’ordre psychologique ne peuvent excuser cet aveuglement de la conscience, cette extrapolation et ce comportement médiatique qui donnent la fâcheuse impression que le rescapé veut créer son propre buzz ou son scoop, compenser une période d’écrasement par une surélévation sur les estrades, ce qui le conduit à exploiter non seulement le sang, mais également les nerfs et le souffle de ces pauvres enfants intoxiqués au sarin.
Ce syndrome ne peut justifier l’absence de tout «doute raisonnable» qui a poussé des jurés à acquitter des accusés, pourtant plus que suspects, sur la base de ce principe, et ce afin que leur conscience n’en pâtisse point. D’aucuns objecteront qu’il en va de même pour le suspect baassiste, et on leur montrera où penche la balance des faits, sans toutefois émettre de sentence.
Le libre arbitre devant être toujours le maître mot, on ne peut que se désoler de voir ces bien-pensants ou libres penseurs, ces intellectuels, humanistes de surcroît, camper sur leurs nouvelles/anciennes positions, se montrer si affirmatifs, si convaincus, se faire si convaincants, ne pas ciller du moindre «doute raisonnable» en annonçant solennellement qu’un tel n’est pas responsable d’un crime contre l’humanité, et ainsi risquer non seulement de souffrir dans leur conscience d’avoir contribué à son impunité, advenant sa culpabilité, mais encourir la sentence morale, encore plus grave, de voir le criminel récidiver et le crime de guerre se reproduire.
Ronald BARAKAT


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Bien sûr, le syndrome de Damas n’est qu’une variante de celui de Stockholm! Pour ce qui est du gaz sarin, les conclusions des experts de l’ONU en route vers la Syrie seront attendues, avec une faible chance de contredire ce qui est déjà admis sur la responsabilité de la nomenklatura baas-alaouite, (que la roche tarpéienne les attends), d’avoir perpétré ce crime pour précipiter les frappes et pour ainsi dire tomber dans le piège de Bachar. Mais à propos de la fragilité du témoignage en temps de guerre, il ne fait aucun doute sur le manque de prudence quant aux différentes déclarations lancée ici ou là par des personnes respectables, ayant de surcroit des titres académiques. Leurs déclarations ne sont pas seulement dues à ces deux syndromes, mais à une mauvaise connaissance des pratiques du pouvoir en place. "…voir ces bien-pensants ou libres penseurs, ces intellectuels, humanistes de surcroît, camper sur leurs nouvelles/anciennes positions, se montrer si affirmatifs, si convaincus, se faire si convaincants, ne pas ciller du moindre «doute raisonnable »", bref ces intellectuels (terme passé de mode) sont si catégoriques que l’un d’eux s’est réjoui de l’imminence des frappes je cite "c’est parti". Les frappes n’ont pas encore eu lieu, et malin qui peut prédire l’avenir. On ne s’improvise expert d’état-major du jour au lendemain …
07 h 43, le 02 octobre 2013