Dans cette perspective, le président François Hollande recevra aujourd’hui à Paris les homologues américain et britannique de M. Fabius pour un entretien au plus haut niveau, non prévu à l’origine : John Kerry et William Hague ne devaient en effet se réunir qu’avec Laurent Fabius. Avant d’essayer d’entraîner Moscou (où sera demain le ministre français) et Pékin, Paris doit en effet se mettre au diapason sur un texte de résolution avec Washington et Londres, afin de ne pas rééditer les couacs qui ont émaillé les prises de position des trois alliés depuis le massacre à l’arme chimique du 21 août, imputé au régime de Damas. « Ce que nous disons, c’est que l’accord de Genève n’est pas pour solde de tout compte. Ce n’est pas un brevet de moralité pour Bachar el-Assad, à qui nous ne faisons pas confiance. Il y a tout le reste », explique un diplomate français en citant le refus d’une impunité pour le régime syrien et la nécessité de trouver une solution politique au conflit.
Fabius : « Réagir et agir »
Selon des sources diplomatiques, Paris compte se servir du rapport des experts de l’ONU sur l’usage des armes chimiques, attendu aujourd’hui, pour obtenir de la fermeté à l’ONU. « Personne ne comprendrait qu’à partir d’un rapport accablant, des conséquences n’en soient pas tirées. Il faudra réagir et agir », a martelé hier Laurent Fabius. « Il sera beaucoup plus facile pour nous d’obtenir le soutien d’un maximum d’États au Conseil de sécurité à une résolution ferme si le rapport est sévère », renchérit un diplomate qui a demandé à rester anonyme. Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a prédit vendredi que le rapport, dont les diplomates onusiens ont « pesé chaque mot », allait « conclure de manière accablante » à l’utilisation d’armes chimiques. Et, sans en attribuer directement la responsabilité au président syrien, il a accusé Bachar el-Assad d’avoir « commis de nombreux crimes contre l’humanité ».
Dans le dossier syrien, la France fait figure de « faucon » aux côtés d’États-Unis hésitants et d’une Grande-Bretagne mise entre parenthèses après le refus de son Parlement d’une éventuelle action militaire contre Damas. Si la position française est restée « cohérente », note Camille Grand, de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), « il y a aussi des réalités ». « Elle ne peut pas agir seule et a dû ajuster ses positions en fonction des revirements de ses deux alliés naturels américain et britannique », au risque d’apparaître isolée et de voir altérer son message de fermeté. Lorsque le président américain Barack Obama a annoncé le 31 août son intention d’obtenir l’aval du Congrès pour des frappes militaires qui semblaient alors imminentes, des diplomates français s’étaient dit « atterrés », voire « humiliés » par le revirement américain. La proposition russe de placer l’arsenal chimique syrien sous contrôle international, qui a encore éloigné l’option militaire, a fait réagir Paris au quart de tour. En annonçant immédiatement un projet de résolution sous chapitre 7, prévoyant un éventuel recours à la force en cas de manquement de Damas, quitte à bousculer – à son tour – son allié américain. Cette initiative lui a valu une rebuffade publique de Moscou, qui a qualifié son texte d’« inacceptable ». L’accord de Genève permet donc de dire à la France que « la fermeté a payé ». Mais pour qu’il se traduise dans un texte onusien fort, Paris va avoir fort à faire, à la fois vis-à-vis de ses alliés privilégiés au Conseil de sécurité comme auprès de ses deux autres membres permanents dotés du droit de veto, la Russie et la Chine.
(Source : AFP)


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