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Nos lecteurs ont la parole

Tripoli sous le double signe de la paix et de la piété

Joumana Chahal TADMOURY
« Paix et piété », tel est le slogan choisi par ces jeunes Tripolitains pour le lancement d’une campagne spontanée de secours aux victimes des explosions de la ville. À peine quelques heures après le double attentat du vendredi 23 août devant deux mosquées, un groupe de jeunes se sont donné naturellement le mot pour venir en aide à leurs amis, leurs proches, des passants innocents, des enfants, des vendeurs ambulants ou des dévots venus faire la prière du vendredi.
Il faut dire que la cause était importante. Deux énormes explosions venaient d’être entendues aux deux extrémités nord et sud de la ville ; des nuages de fumée et d’énormes flammes montaient jusqu’au ciel. Abasourdis – mais pas surpris car on parlait de dangers imminents depuis longtemps –, les gens ont accouru aux nouvelles. Ce qu’ils ont vu était à peine croyable. À première vue, ils se sont crus dans un de ces films d’horreur qu’ils regardent à la télévision ou dans les salles de cinéma. Des lambeaux de chair ensanglantée ou calcinée jonchant le sol, des extrémités çà et là, des tableaux apocalyptiques comme ceux qu’ils voient dans ces films américains qui annoncent la fin du monde. Mais cette fois, c’était différent ; ils en sont les héros, et leurs proches sont ces martyrs inanimés baignant dans leur sang, sans personne pour venir à leur aide. Les secours n’arrivent pas; c’est que la ville ne dispose d’aucune structure d’urgence. On fait alors avec les moyens de bord. Les voitures s’arrêtent spontanément, on y dispose les blessés graves et elles essaient de se frayer un chemin parmi les voitures qui brûlent jusqu’à l’hôpital le plus proche. Des dizaines d’appartements brûlent tout autour et on ne sait pas si les habitants sont à l’intérieur. On monte pour voir en s’équipant de quelques tuyaux d’arrosage et de sceaux d’eau pour tenter de les secourir. C’est la panique totale, car rien ne dit que d’autres explosions ne vont pas se produire. Mais, intrépides, ils se lancent dans la fournaise parmi les décombres qui jonchent le sol, car ils n’ont pas le choix. La ville tout entière se mobilise, et on finit de décompter les morts et les blessés. Le bilan est lourd, très lourd : une cinquantaine de morts et des centaines de blessés, sans parler des dégâts matériels considérables qui viennent alourdir encore plus le déficit de la ville la plus pauvre du pourtour méditerranéen. La charge était importante car il fallait exterminer ces affreux « infidèles » et détruire leur ville rebelle.
Les Tripolitains ne comprennent pas. Qu’ont-ils fait pour mériter tout ça ? Pourquoi tant de haine ? Mais ils n’ont pas de temps à perdre, ils se remettent au travail. Toujours aussi spontanément et en moins de vingt-quatre heures, des jeunes, des parents accompagnés de leurs enfants s’affairent pour refaire la toilette de leur ville. Ils nettoient les rues, désencombrent les mosquées, balaient dans les appartements et soutiennent les victimes. Un élan de solidarité inimaginable porte ces cœurs meurtris par tant de violence et par l’incompréhension que leur inspire cette nouvelle injustice. Le sort s’acharne décidément sur la cité. Comme si les combats quasi journaliers, la crise économique, sociale et démographique ne suffisaient pas... Ils refusent la défaite. Ils se donnent le mot : Tripoli ne doit pas mourir ; demain, nous enterrerons nos martyrs et nous reconstruirons ce qui a été détruit car notre ville ne doit pas mourir. Une campagne naît alors, baptisée : « Paix et piété », en hommage aux martyrs qui ont trouvé la mort dans les deux mosquées : la mosquée de la Paix et la mosquée de la Piété. Les réseaux sociaux se chargent de slogans des quatre coins du monde, reprenant la formule « Nous sommes tous paix et piété ».
Quel symbole plus fort? Quel sort a voulu que ces lieux soient en tout point des symboles et des messages des habitants de la ville ? Tripoli, dont la société civile ne rêve que de paix et dont la particularité est avant tout la piété. Tripoli, cette ville qui a toujours été le fief d’un islam tolérant et convivial. Celle dont les habitants des différentes confessions vivent dans une harmonie et un respect exemplaires. Cette ville qui est forte de ce pluralisme, et du sens du partage et de la générosité. Le sort a voulu que ces martyrs laissent, marquées par leur sang innocent, des lettres qui résument leur volonté. Tripoli est et restera la ville de la paix et de la piété. « Salam wa taqwa », ou « Salam li taqwa » (la paix pour la force).
Je rends hommage à tous les martyrs du monde – et ils sont malheureusement nombreux. Hommage aussi à cette société civile qui a montré encore une fois une grande maturité et un amour incontestable pour son prochain et pour sa cité.

Joumana Chahal TADMOURY
« Paix et piété », tel est le slogan choisi par ces jeunes Tripolitains pour le lancement d’une campagne spontanée de secours aux victimes des explosions de la ville. À peine quelques heures après le double attentat du vendredi 23 août devant deux mosquées, un groupe de jeunes se sont donné naturellement le mot pour venir en aide à leurs amis, leurs proches, des passants innocents, des enfants, des vendeurs ambulants ou des dévots venus faire la prière du vendredi.Il faut dire que la cause était importante. Deux énormes explosions venaient d’être entendues aux deux extrémités nord et sud de la ville ; des nuages de fumée et d’énormes flammes montaient jusqu’au ciel. Abasourdis – mais pas surpris car on parlait de dangers imminents depuis longtemps –, les gens ont accouru aux nouvelles. Ce qu’ils ont vu...
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