Rien ne va plus avec cette confrontation feutrée sur l’Iran, sur la Syrie et sur d’autres sujets, concernant les droits de l’homme et le non-respect des accords commerciaux de l’OMC selon les critères américains. En fait, la raison essentielle est la puissance militaire grandissante de la Russie, ses manœuvres géantes à l’Est auxquelles pas moins de 160 000 soldats, 5 000 chars, 70 navires et 160 avions ont pris part entre le 12 et le 20 juillet 2013. Il y a, en outre, que la flotte russe déployée en Méditerranée rappelle fâcheusement la Ve escadre opérationnelle qui était en place du temps de l’empire soviétique. L’affaire Snowden, dont le héros a dévoilé le scandale des écoutes et qui a trouvé asile en Russie, est venue compliquer la donne.
Le monde multipolaire est bel et bien né. Rien ne se fera à l’avenir sans qu’il soit tenu compte de l’existence de la Russie et des pays du Brics. Un nouvel ordre mondial qui ne plaît certainement pas aux États-Unis car ils ne sont plus les maîtres incontestés du monde et ne peuvent plus agir à leur guise dans les affaires internationales sans prendre en compte les intérêts des autres puissances montantes.
Quelle que soit la qualification qu’on peut donner à ce nouvel ordre stratégique, c’est bien une guerre froide, cette fois sans rideau de fer, qui commence et dont les répercussions politico-militaires se font déjà ressentir. L’intervention russe, qui a pour but d’éviter d’être assiégée par le Sud après avoir été assiégée par l’Ouest, et de sauvegarder aussi ses intérêts énergétiques et militaires dans la région est de la Méditerranée, a empêché la chute du régime syrien, mais aussi une guerre régionale impliquant l’Iran qui n’aurait jamais accepté la chute de ce régime et donc de ses alliés chiites du Liban. Une guerre qui aurait impliqué tous les pays de la région sans exception, avec des conséquences imprévisibles.
En outre, l’appui russe à l’Iran tend à établir un équilibre régional avec l’OTAN, dont la pierre angulaire est la Turquie et en sous-main Israël. Quant aux manœuvres militaires monstres à l’Est, elles avaient pour double but de montrer aux États-Unis, qui renforcent leur présence dans la région du Pacifique devant la puissance grandissante de la Chine, que la puissance russe en Extrême-Orient est « très substantielle » et qu’il faut compter avec elle, ce qui, par le fait même, conforte l’allié chinois. Si ceci n’est pas un début de guerre froide pour briser le monopole américain, qu’est-ce que ça pourrait être ?
Joseph W. ZOGHBI


Ou, quand l'Antiaméricanisme basique et donc simpliste se bâtit des châteaux.... de sable en Espagne !
09 h 37, le 18 août 2013