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Nos lecteurs ont la parole

II.- Que veut dire aujourd’hui être libanais ?

Par Youssef RIZKALLAH
Après avoir vu le film, et en essayant d’analyser les scènes magnifiquement écrites par le scénariste, je suis arrivé à la conclusion que la connaissance de l’autre apaise les conflits identitaires du peuple libanais. Examinons de près comment (voir L’Orient-Le Jour du jeudi 8 août 2013).
Dans un premier temps, le film met en scène la rencontre de deux cultures différentes à travers deux personnages. May la chrétienne rencontre Tarek et ils deviennent amis. Au fur et à mesure, cette amitié nous permet de découvrir que leurs vies ne sont pas tellement différentes. Quant à Omar, et bien qu’il déteste d’emblée May à cause de son identité chrétienne, il arrive à surmonter ce problème et à communiquer avec elle pour faire plaisir à son ami. Ce phénomène d’acculturation (qui consiste à entrer en contact avec une autre culture) se manifeste surtout dans le personnage de Omar qui, au premier abord, refuse de communiquer avec May et la critique avec des répliques du genre : « Tu me prends pour Mère Teresa ou quoi ? Et c’est quoi cette croix qui pendouille ? »,
ou encore : « Toi, la fille à la croix, si je te vois encore porter cette chaîne, de mes propres mains je te pendrais avec. » Dans une seconde étape, Omar se permet de critiquer sa propre religion avec sa réplique : « Je ne veux pas aller à la mosquée », pour arriver finalement à la dernière étape de l’acculturation en unissant la croix et le croissant et dire : « Avec ça, je vais partout. » Ce groupe d’amis a pu mettre à part leurs identités religieuses pour se faire connaissance et s’accepter tels qu’ils sont. Par ailleurs, Omar, May et Tarek ne sont que des métaphores de tout Libanais, préparé dès sa naissance à s’acculturer avec les autres religions. En arrivant à la fin du film, nous remarquons que les religions ne posent plus d’obstacle à ces jeunes pour apprendre à vivre ensemble.
C’est bien pour cela que j’ai voulu faire cette petite analyse du film puisqu’il représente pour moi une quête d’apprentissage. Une quête d’apprentissage pour ces adolescents qui explorent tout ce que la vie leur apporte : l’éveil de la sexualité, l’amour, l’amitié, leur passion du cinéma Super-8 et la leçon la plus importante dans la vie des Libanais : vivre ensemble. D’ailleurs, le journaliste Patrick Chappatte a très bien su choisir ses mots dans sa critique de ce film en disant : « Ce film poignant dit la perte de l’innocence. À travers ces enfants, il nous parle de l’innocence du Liban d’avant. (...) Les protagonistes hésitent à quitter le pays, ne comprennent pas encore ce qui se joue. Terrible pour le spectateur qui, lui, sait qu’ils sont partis pour vingt-cinq ans de guerre. »
Ce film m’a aidé à mieux comprendre la situation libanaise car il m’a fourni des exemples qui exposent les fonctions que la religion peut remplir quand elle est prise dans la tourmente politique. Je comprends mieux aujourd’hui que la quête déçue de l’identité originelle perdue pousse le peuple libanais à trouver dans la religion une nouvelle identité pour le définir. La religion devient l’élément qui organise la vie du peuple, un élément à la fois sacré et profane : sacré car il défend son opinion au nom de Dieu, mais profane car il n’est qu’un substitut à d’autres biens. D’ailleurs, il nous est plus facile d’aimer notre père qui est aux cieux que notre frère qui est ici-bas, près de nous.
Quoi qu’il en soit, que nous soyons chrétiens ou musulmans, nous appartenons tous au même État libanais. Je n’ai pas voulu utiliser le terme nation pour la simple raison que sa définition dans le Petit Robert est la suivante : « Groupe humain, généralement assez vaste, qui se caractérise par la conscience de son unité (historique, sociale, culturelle) et la volonté de vivre en commun. » Donc, si de la nation se dégage la volonté de vivre ensemble, ce sentiment noble existe-t-il parmi les Libanais ? Certes, être libanais aujourd’hui, c’est être un citoyen d’une communauté, mais aussi d’un seul et même État qui rêve des mots liberté, égalité, fraternité. Et puisque le multiculturalisme au Liban est fondé sur les confessions, je dois conclure en insistant sur le fait qu’il ne faut pas oublier le message du Christ, et de toutes les religions monothéistes, qui est de nous aimer les uns les autres comme Dieu nous a aimés.
En guise de conclusion, je voudrais citer une phrase d’Henri Troyat, tiré de son livre Le bruit solitaire du cœur : « Ce qui compte, c’est ce qui est inscrit non sur les papiers d’identité d’un homme mais dans son cœur. »
Au fait, qu’est-ce qui est réellement inscrit dans le cœur des Libanais ?...
Après avoir vu le film, et en essayant d’analyser les scènes magnifiquement écrites par le scénariste, je suis arrivé à la conclusion que la connaissance de l’autre apaise les conflits identitaires du peuple libanais. Examinons de près comment (voir L’Orient-Le Jour du jeudi 8 août 2013).Dans un premier temps, le film met en scène la rencontre de deux cultures différentes à travers deux personnages. May la chrétienne rencontre Tarek et ils deviennent amis. Au fur et à mesure, cette amitié nous permet de découvrir que leurs vies ne sont pas tellement différentes. Quant à Omar, et bien qu’il déteste d’emblée May à cause de son identité chrétienne, il arrive à surmonter ce problème et à communiquer avec elle pour faire plaisir à son ami. Ce phénomène d’acculturation (qui consiste à entrer en contact...
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