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Culture

Grâce au jazz de Jonathan Batiste, La Nouvelle-Orléans s’installe à Zouk

Festival Lorsque la lumière baisse sur l’amphithéâtre de Zouk, les voix se taisent et les regards attentifs fixent la scène où deux batteurs et un bassiste s’installent. Le son d’un melodica retentit dans le noir, mais sur les planches, rien ne se passe. D’où vient donc cet air de blues ?
Thalia BAYLE | OLJ
02/08/2013

Les têtes se tournent de gauche à droite, à la recherche du coupable. Pris sous un mince faisceau lumineux, Jonathan Batiste apparaît enfin au beau milieu du public. Droit comme un pic, serré dans un élégant costume gris, il se faufile dans les gradins en pianotant sur son instrument.
Quand il marche, le jeune pianiste virtuose de 26 ans a quelque chose du chat. Mais il n’est pas farouche. Les joues gonflées tandis qu’il souffle dans le melodica, il se penche vers les spectateurs intimidés, sourit, reprend sa marche, ne craint pas de fixer les personnes du regard. Avec humour, il interrompt son air quelques secondes pour faire la bise à une spectatrice.
L’entrée en matière de Jonathan Batiste donne le ton : un concert de jazz qui ressemble à un cours magistral, très peu pour lui. Il place la soirée sous le signe de la proximité, du mélange avec la foule, à la manière des populaires « marching bands » de La Nouvelle Orléans dont il est originaire.
Une fois Jonathan Batiste sur scène, le melodica fait place à l’imposant piano à queue sur lequel les doigts de l’artiste filent à toute allure. De chaque côté de la scène, les deux batteurs jonglent entre marracasses, tambourins et caisses claires, tandis qu’un saxophoniste et un tromboniste font leur entrée. Le groupe de Jonathan Batiste, « Stay Human », est maintenant au complet. Et il fait honneur à son nom : à intervalles réguliers, les notes du trombone font trébucher les délicates envolées jazzy du pianiste, comme un rappel à l’ordre populaire. « Stay Human... », semble ordonner le cuivre terre à terre aux accords complexes de Jonathan Batiste.
La chanteuse Monica Yunus fait alors son entrée parmi ces messieurs pour une rencontre atypique entre jazz et chant lyrique. Sa robe rose et sa retenue lui donnent un air de princesse qui contraste un peu maladroitement avec l’énergie du groupe. Mais sa voix claire scelle une réconciliation immédiate avec le public quand elle entame Embraceable You de Frank Sinatra. Son succès est total avec Killing Me Softly de Charles Fox qu’elle interprète à la sauce cajun, accompagnée d’un tambourin et d’un tuba. Encore une fois, « Stay Human » ne craint pas le mélange des genres et Batiste prend volontiers le relais des percussions en réalisant un beat box au micro.
Le temps d’une pause, le jeune homme se lève et rappelle à l’audience que ce concert est le dernier d’une longue tournée à travers l’Europe et les États-Unis. « Last stop before home », conclut-il avant de laisser la musique reprendre ses droits. L’un des batteurs s’empare aussitôt d’un tambourin et se mêle au public accompagné d’un tubiste. Tous deux marchent en file indienne et répètent longuement le même gimmick que le public reprend : Oh... My baby !
À Zouk, on croirait presque sentir le bayou.
L’ambiance se pose. Batiste prend un air sérieux et les premières notes du blues tragique de « Saint James Infirmary » résonnent dans l’amphithéâtre. Le jeu est splendide. La main droite répète avec entêtement le même phrasé tandis que la voix du musicien plonge le public dans la mélancolie. À la surprise générale, il introduit même quelques notes de Chopin au beau milieu du morceau.
Mais trêve de chagrin, ce n’est pas le genre en Louisiane !
Jonathan Batiste veut finir comme il a commencé et fait une dernière fois tomber le mur qui sépare les musiciens du public. Il entraîne toute la joyeuse bande parmi la foule qu’il invite à danser. « On ne peut pas écouter ce genre de musique assis ! » lance-t-il. Derrière lui, Monica Yunus se prête volontiers au jeu et fait s’envoler sa voix sur L-O-V-E de Nat King Cole et sur l’un des plus grands airs de Louisiane You Are My Sunshine.
L’heure du rappel a sonné, et pour l’occasion, Stay Human ressort les indémodables. D’abord Moon River de Henry Mancini qui ensorcela les amateurs du film Breakfast at Tiffany’s dans les années 1960. Sur la mélodie chantée par Monica Yunus, Batiste passe de la douceur du blues au rythme saccadé d’une véritable marche militaire. Presque un clin d’œil à la fête de l’Armée libanaise qui se prépare pour le lendemain.
Une lumière chaude pénètre enfin la scène au son de Summertime. Jonathan Batiste et Monica Yunus se lancent alors dans un dialogue musical de charme. Ils jouent à se séduire à coups de It’s Hot in Here in Summertime ! tandis que les doigts du pianiste reproduisent les mêmes notes en boucle.
Sous les applaudissements du public conquis, les artistes s’éclipsent dans les coulisses. Et La Nouvelle-Orléans s’en retourne chez elle, ramenant dans ses bagages un de ses plus jeunes prodiges.

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Robert Malek

Ah j'aurais aimé assister à ce concert. Stay Human dégage une très bonne humeur et une dynamique agréable. Bel article.

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