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Moyen Orient et Monde - Égypte

Ashton : Mohammad Morsi va bien et a accès aux journaux et à la télévision...

La chef de la diplomatie européenne évoque des discussions « amicales mais franches » ; les islamistes manifestent modestement.

Lahaute représentante européenne des Affaires étrangères Catherine Ashton a rencontré hier le président égyptien déchu Mohammad Morsi, gardé au secret par l’armée, après avoir pu discuter pendant deux heures avec l’ex-chef d’État islamiste, qui recevait ainsi officiellement sa première visite depuis sa destitution le 3 juillet par les militaires.
Après deux heures de discussions « amicales » mais « franches » dont elle a refusé de rapporter le contenu et le lieu, elle a affirmé que M. Morsi « allait bien » et avait accès à la télévision et aux journaux. Mme Ashton a insisté sur le fait qu’elle était là « pour aider, pas pour imposer » et que la solution à la crise, qui s’est traduite depuis un mois par plus de 300 morts dans des violences, dépendait des Égyptiens eux-mêmes. Mme Ashton avait déjà rencontré lundi les nouveaux dirigeants du pays – notamment le président par intérim Adly Mansour et le puissant chef de l’armée Abdel Fattah al-Sissi – ainsi que des représentants des formations islamistes. Depuis Bruxelles, l’UE a indiqué vouloir « continuer à jouer un rôle de facilitateur », y compris en usant du levier financier, pour un retour à la démocratie dans le pays. La France a, elle, jugé la situation en Égypte « très critique », et a appelé, à l’instar des autres pays de l’UE et de Washington, à la libération de M. Morsi, qualifié de « détenu politique ».


Les pro-Morsi n’ont pour leur part pas dévié de leur position de principe, affirmant avoir prévenu Mme Ashton qu’ils poursuivraient leur mobilisation jusqu’au retour de M. Morsi, considéré comme un préalable à toute éventuelle négociation. Le vice-président du pays Mohammad Baradei, prix Nobel de la paix, a toutefois douché une nouvelle fois les espoirs des islamistes, réaffirmant que l’ancien président avait « échoué » et rejetant l’idée qu’il puisse participer au processus de transition. Toutefois, a-t-il souligné, « les Frères musulmans (dont est issu M. Morsi) font toujours partie du processus politique et nous voulons qu’ils y prennent part ».

Entêtement
La poursuite du bras de fer entre armée et pro-Morsi fait redouter de nouveaux bains de sang, notamment après la mort de 81 civils et d’un policier dans des affrontements entre islamistes et forces de l’ordre samedi au Caire. Plusieurs milliers de partisans du président destitué, déterminés à poursuivre leur bras de fer avec l’armée, ont parallèlement défilé dans l’après-midi en plusieurs endroits du Caire pour réclamer le retour au pouvoir du premier président élu démocratiquement du pays. La mobilisation était toutefois plus modeste qu’en d’autres occasions au cours du mois écoulé, et loin du « million de personnes » ambitionné par les organisateurs. Les manifestations, placées sous le slogan « Les martyrs du coup d’État », entendaient aussi dénoncer les violences à proximité de la mosquée Rabaa al-Adawiya, où les pro-Morsi tiennent un sit-in depuis un mois. Les autorités menacent de disperser par la force ces sit-in dans la capitale, les accusant d’être des foyers de « terrorisme ». Dans un entretien téléphonique avec le général Sissi, le secrétaire américain à la Défense Chuck Hagel a appelé hier l’armée à faire preuve de « retenue ».
Par ailleurs, un soldat a été tué hier dans le Nord-Sinaï, le cinquième membre des forces de sécurité à trouver la mort en 36 heures dans l’instable péninsule du Nord-Est égyptien où les attaques contre la police et l’armée se sont multipliées depuis la chute de M. Morsi.

 

 

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