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Nos lecteurs ont la parole

Chrétiens, unissez-vous !

Par Émile SFEIR
Le blocage systématique auquel nous assistons actuellement dans le traitement des affaires publiques vient du fait que le pays est devenu entièrement polarisé et politisé et que les chefs de file de tout bord, qu’ils soient au pouvoir ou non, font fi des intérêts de la nation et de la vie quotidienne des citoyens. Ce qu’ils ignorent dans leur façon de se comporter, c’est le sentiment de dégoût et de répugnance que la majorité du peuple éprouve à leur égard. Tout acte qu’un parti propose d’entreprendre, même s’il ne ressort pas de la politique mais simplement de la promotion de cadres administratifs ou militaires, du développement des régions, etc., est automatiquement désavoué et contrecarré par un autre parti.
Cette politisation aiguë qui s’est installée dans notre société n’est que la résultante du conflit sunnito-chiite, fruit de la conjoncture dans les pays voisins et du comportement de certains responsables de chez nous qui ont renié la déclaration de Baabda et tourné le dos au principe de distanciation et de neutralité que le gouvernement avait adopté à l’unanimité.
Ce clivage sunnito-chiite crée dans le pays tout entier désorganisation, instabilité, insécurité, immobilisme économique et touristique, de peur d’un éventuel aventurisme incontrôlable, susceptible de nous entraîner, à Dieu ne plaise, dans une guerre civile semblable à celle qui se déroule près de nos frontières.
Il devient urgent dès lors que les partis politiques qui tiennent les destinées de ce peuple se rencontrent autour d’une table de dialogue pour élaborer une politique sage, basée sur un modus vivendi de coexistence consensuelle, d’après les normes d’une vraie démocratie. Malheureusement, une telle approche a été tentée à plusieurs reprises sans donner de résultats, à cause de ce blocage des deux bords qui ne veulent faire aucune concession.
C’est pourquoi ne faudrait-il pas, avant de franchir cette étape, que les chrétiens qui sont en dehors de ce clivage et qui font partie intégrante de ce pays fassent preuve de sagesse dans leur comportement et se délient de leurs attaches avec l’étranger ? Ces chrétiens ont été des innovateurs et des pionniers dans les arrangements politiques du pays tout au long des siècles et durant l’occupation ottomane, depuis les émirs Fakhreddine jusqu’aux émirs Chéhab et au patriarche Hoayek. Ils ont bénéficié de privilèges et d’une certaine autonomie telle que la moutassarrifiya, spécialement conçue pour les maronites du Mont-Liban.
Nous les chrétiens, devant l’état archaïque que vit le pays et le danger de perte totale qu’il encourt, nous avons le devoir et l’obligation de nous retrousser les manches et de nous mêler, coûte que coûte, à la mission de sauver le Liban à n’importe quel prix et à n’importe quel sacrifice. C’est très vrai, et grande majorité de Libanais, toutes religions confondues, le disent, que si les chrétiens étaient unis dans leur stratégie politique et ne recherchaient pas des acquis personnels, le pays ne serait pas arrivé à ce stade de discrédit et de dislocation.
Chrétiens des deux bords, réveillez-vous ! L’heure a sonné pour que chacun de vous prenne conscience de la responsabilité qu’il assume vis-à-vis de sa communauté et de sa patrie. N’en avez-vous pas assez d’être des vassaux des uns et des autres, d’en être dépendants et de susciter ainsi des troubles et des divisions au sein de votre communauté ? N’en avez-vous pas assez d’entretenir ce climat de discorde et de méfiance dans les rangs de vos partisans et de réduire ainsi à zéro votre pouvoir de dissuasion au niveau des grands problèmes politiques qui se posent ou qui vont se poser pour l’avenir du Liban ? Sortez donc de votre égoïsme et regroupez-vous en un bloc solide autour du président de la République et du patriarche pour contrer les arrangements que les imposteurs nous proposent. Ceux-là ont intérêt à enterrer ce Liban tel que nous le voulons et que nous l’avons toujours connu...
Chrétiens, vos intérêts personnels et vos ambitions privées, par rapport aux intérêts de la nation et de sa survie, s’avèrent être mesquins et creux. Unifiez-vous donc en mettant de côté ces intérêts et ces ambitions, pour éviter encore une fois une formule semblable à celle qui a été adoptée à Taëf et qui a décapité tous les pouvoirs du président de la République et créé une République à trois têtes.
Ainsi, vous aurez rendu un immense service au Liban, à ses chrétiens et à la communauté chrétienne du Moyen-Orient. Les générations présentes et futures ne l’oublieront jamais ; elles vous en seront redevables pour toujours.

Émile SFEIR
Ingénieur
Le blocage systématique auquel nous assistons actuellement dans le traitement des affaires publiques vient du fait que le pays est devenu entièrement polarisé et politisé et que les chefs de file de tout bord, qu’ils soient au pouvoir ou non, font fi des intérêts de la nation et de la vie quotidienne des citoyens. Ce qu’ils ignorent dans leur façon de se comporter, c’est le sentiment de dégoût et de répugnance que la majorité du peuple éprouve à leur égard. Tout acte qu’un parti propose d’entreprendre, même s’il ne ressort pas de la politique mais simplement de la promotion de cadres administratifs ou militaires, du développement des régions, etc., est automatiquement désavoué et contrecarré par un autre parti.Cette politisation aiguë qui s’est installée dans notre société n’est que la résultante...
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