Toute la joie et l’exubérance des pèlerins.
Les trois millions de jeunes qui ont assisté dimanche à la messe de clôture des Journées mondiales de la jeunesse en garderont un souvenir inoubliable. « Les JMJ sont la preuve éclatante du dynamisme de l’Église catholique », s’écrie, enthousiasmé, Georges Bacouni, l’archevêque grec-catholique de Tyr. Avec Georges Aboujaoudé, archevêque maronite de Tripoli, il a concélébré la messe avec le pape et a pu constater l’énorme capital de popularité de ce dernier et la spontanéité des jeunes qui vibrent à ses paroles. L’estimation de 3 millions est celle de la municipalité de Rio de Janeiro. L’évêque n’a pas de mots pour décrire son sentiment. « C’était magnifique ! La joie de ces jeunes, l’enthousiasme, la paix, l’absence de tout incident. Un véritable printemps de l’Église! » lance-t-il.
Mgr Bacouni met en contraste l’événement Rio avec les tensions qui traversent le Moyen-Orient et se répercutent sur l’élan spirituel et le moral des jeunes du Liban. Mgr Semaan Atallah, évêque maronite de Deir el-Ahmar, le dit directement. Livrant les impressions laissées par la troisième journée de catéchèse préparatoire à la rencontre avec le pape, il assure : « Les chrétiens libanais portent encore les profondes cicatrices de la guerre. »
« Cette séance m’a ébranlé! » reprend l’évêque, qui a eu l’occasion de confesser un certain nombre de jeunes pèlerins. « Notre société a avant tout besoin de réconciliation ; nous sommes pris en défaut », avoue-t-il sans détour. Mgr Atallah pense que le sacrement de réconciliation est « la véritable porte » qu’il faut ouvrir en ce moment au Liban, « le sacrement sur lequel il faut le plus insister ».
Un maigre bout de plage
Ils n’ont pas beaucoup dormi, sur la plage de Copacabana, où ils ont pu se tailler un très maigre territoire, mais les jeunes Libanais sont enchantés par le nouveau symbolisme acquis par cet espace considéré comme le paradis du bronzage. Pour quelques heures, ce fut la capitale de la prière – et de l’entrain.
Tous sont impressionnés, conquis par le pape, son assurance et sa simplicité. Ses phrases, frappées au coin du bon sens, sa force de conviction les ont motivés : « Allez! Ne craignez pas, leur a-t-il dit, soyez des disciples en mission! »
« Jésus n’a pas dit : si vous avez envie, si vous avez du temps. Il a dit : allez ! » a insisté le pape, avant de préciser : « Ne craignez rien. La foi grandit quand elle se communique. Garder sa foi dans la paroisse, le petit groupe ou le mouvement, c’est priver d’oxygène la flamme qui brûle haut ! »
Pour le pape, les jeunes du monde doivent être évangélisés par d’autres jeunes, et ceux-là doivent être cherchés non seulement au centre de la société, mais aussi à sa « périphérie ». L’Église doit se déprendre de son confort et ne pas hésiter à se porter vers les marginalisés, les exclus, les paumés où des trésors de générosité sommeillent, explique-t-il, joignant le geste à la parole et se rendant lui-même dans les prisons et les centres de désintoxication.
Relecture
Sœur Katia Raya, qui accompagnait un groupe de jeunes des communautés ignaciennes, se félicite de l’accent mis par le pape sur la prière personnelle, que la prière liturgique ne doit pas remplacer. Elle est elle-même très attachée au temps quotidien de « relecture » de la journée, qui fait la respiration même de ces communautés.
« En général, insiste Bob Boulos, un jeune séminariste maronite qui travaille comme auxiliaire de l’évêque maronite de Haïfa, les jeunes venus des mouvements ecclésiaux sont plus préparés que ceux des diocèses à profiter de ces journées. » Avec Jessica Abou Haïdar, Rebecca Farraj et Yasmina Saouma, Bob – Ibrahim – Boulos est l’un des quatre Libanais à s’être complètement libéré, un mois durant, pour faire partie de l’équipe mondiale de volontaires qui ont rendu service aux JMJ, en accomplissant souvent les tâches les plus effacées, mais non les moins gratifiantes. Ce sont des professionnels de l’entraide. Tous ont exigé des congés de leurs patrons pour venir là, à l’exception de Jessica Abou Haïdar, une graphic designer qui travaille à son propre compte. De merveilleux Libanais, et de merveilleux chrétiens, comme on ne les découvre qu’en voyageant jusqu’à Rio.
Grâce à François
Si l’Église catholique a donné la preuve qu’elle est vivante, c’est grâce aux trois millions de pèlerins, dont des centaines de milliers de Latino-Américains, qui ont répondu à l’appel, mais aussi au charisme du nouveau pape. François a touché le cœur des jeunes, qui ont vibré à ses paroles toutes simples. « L’Église vaut bien la Coupe du monde de football », a dit ce pape, amateur du ballon rond, aux jeunes Brésiliens, à la veille de la Coupe du monde de football, qui se tient au printemps prochain au Brésil. Ovation bien sûr à l’annonce que les prochaines JMJ se tiendront à Cracovie, en Pologne, ville natale de Jean-Paul II, en passe d’être canonisé.
Pour les vaticanistes, les JMJ marquent « la seconde naissance » de François. « Le succès de ce déplacement va considérablement renforcer son autorité, comme s’il avait fait ses preuves, écrit Le Figaro, cela lui permettra de poursuivre la réforme de la curie romaine programmée pour cet hiver et qui s’annonce drastique. »
Ceux qui se donneront la peine de lire ses discours à Rio, jugés « fondateurs », trouveront aussi un exposé enfin articulé de la « politique » ecclésiale du pape François, qui n’était pas, jusqu’à présent, suffisamment « lisible », ajoute le journal.
La morale sexuelle
La presse occidentale a par ailleurs été frappée du fait que la question de la morale sexuelle, souvent décriée, « n’a pas été une seule fois évoquée pendant ces JMJ ».
La question de la morale sexuelle n’est pas secondaire dans l’esprit du pape, expliquent les spécialistes, mais elle n’est pas pour lui une priorité dès lors qu’elle empêcherait l’accès à l’essentiel du message chrétien. Il y a là le reflet de la conviction que « la mission de l’Église est aussi pour ceux qui ont quitté l’Église ou qui n’y sont jamais entrés ».
Une affirmation que nuance Mgr Aboujaoudé, qui affirme que « quelqu’un doit bien garder le gros du troupeau, pendant que le berger va chercher la brebis égarée ».
Il reste que le charisme sans artifice de François est objectivement confirmé par son passage à Rio, qui s’accompagne aussi d’une influence grandissante. Avec plus de 7 millions de « followers », son capital est certes moins grand que celui du président américain, crédité de 30 millions, mais ses messages sont quatre fois plus « retweetés », donc rediffusés, que ceux d’Obama.
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Garder le gros du troupeau, pendant que le berger va chercher la brebis égarée ,est la mission presque impossible que vit le Liban dans un pays ou la foi vit un vrai chantage et une peur cruelle du lendemain. Antoine Sabbagha
10 h 35, le 30 juillet 2013