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Moyen Orient et Monde - Le Point

En un combat pluriel

Et quand ils auront fini de se battre à coups de millions d’hommes dans la rue ?...
Vu à travers le prisme grossissant des marées humaines du Caire et d’Alexandrie, l’affrontement entre pro et anti-Morsi ressemble de plus en plus à un double monologue dans lequel les premiers s’enferment et s’enferrent dans une vaine rhétorique, prélude, il faut le craindre pour eux, à un retour à la case départ, celle des années qui vont de 1928 à 2011. Amers, les Frères musulmans se plaignent aujourd’hui d’avoir été abandonnés par leurs alliés des premières heures, c’est-à-dire certains laïcs, une frange toute symbolique de chrétiens et ces incorrigibles libéraux qui rêvent encore de voir tout le monde prendre part à la grand-messe de la démocratie. C’est oublier un peu vite, confortable amnésie, qu’ils ne s’étaient ralliés qu’à la toute dernière heure au vaste soulèvement populaire ayant débouché sur l’éviction de Hosni Moubarak. C’est oublier aussi que, dans la course à l’élection présidentielle, ils avaient commencé par se tenir prudemment à l’écart avant de s’engager dans l’épreuve une fois amorcé le dernier tour de piste.
Les premiers signes de la crise actuelle remontent au mois d’avril dernier, quand des groupes d’activistes avaient commencé à réunir des signatures au bas d’une pétition, réclamant le départ de Mohammad Morsi et l’élection d’un nouveau chef de l’État. À l’époque, l’éphémère Parlement issu des législatives de novembre 2011-janvier 2012 avait été dissous par le Conseil suprême des forces armées, la Constitution avait déjà rendu l’âme et il y avait un moment que l’économie était placée sous perfusion. Sourd aux appels à la raison, le raïs continuait à nommer par fournées entières des Frères à des postes de responsabilité. Il devenait clair que le divorce entre les deux camps était sur le point d’être prononcé pour cause de totale incompatibilité d’humeur. Le mouvement Tamarrod n’admettait pas de renoncer aux principes pour lesquels il avait été créé ; la confrérie, elle, s’accrochait à un pouvoir arraché de haute lutte mais par les moyens démocratiques, après une interminable attente de quatre-vingt-cinq ans.
On voyait ainsi naître deux Égypte, l’une à Rabaa el-Adawiya, l’autre place al-Tahrir. Et, pour paraphraser Rudyard Kipling, ces deux-là ne se rencontreront jamais. Plus grave, elles apprenaient à se haïr. Quand la seconde applaudissait aux hélicoptères qui survolaient la capitale, la première criait au coup d’État et promettait de donner à Abdel-Fattah el-Sissi « une leçon qu’il n’oubliera pas de sitôt » – en le faisant comparaître devant un tribunal du peuple peut-être ?...
En attendant cette échéance plutôt improbable, les dirigeants du mouvement restés en liberté multiplient les maladresses, les dernières en date étant le refus du guide, Mohammad Badie, de rencontrer la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton et l’obstination à organiser aujourd’hui mardi une nouvelle marche massive, cette fois en direction des bâtiments administratifs des forces de sécurité. En se repliant sur eux-mêmes, en s’entêtant à rechercher la confrontation sur le terrain, en refusant tout semblant de dialogue qui n’inclurait pas en préalable le rétablissant dans ses fonctions de leur ex-représentant à la tête de l’État, les Ikhwane semblent avoir opté pour une voie populiste dont on entrevoyait les grandes lignes les derniers mois ayant précédé le 3 juillet. Le nouveau vivier dans lequel ils avaient commencé à puiser, composé d’éléments jeunes, éduqués et ouverts dans une certaine mesure sur le monde, n’est plus accessible. Dans le même temps, l’irruption sur la scène des héritiers des générations précédentes, venues des zones reculées, entreprennent progressivement d’occuper le terrain. Ces recrues, forcément plus « dures », sont incapables de comprendre les éventuels arrangements avec les autres formations. Aussi, leur influence est-elle de nature à limiter toute marge de manœuvre, d’où le retour, constaté depuis quelque temps, aux slogans des années trente, peu en phase avec les temps présents.
Les frères cinquantenaires veulent bien admettre que leur représentant à la tête de l’État avait, en son temps, commis des erreurs. Mais ils se trompent quant, à l’appui de cet aveu, ils citent entre autres le fait de n’avoir pas vu les dangers que recèle le jeu démocratique. Dialogue impossible donc ? Il faut le craindre, hélas. Ne resterait alors que le recours à la bonne vieille solution antique du combat singulier, sinon à l’ordalie.
Et quand ils auront fini de se battre à coups de millions d’hommes dans la rue ?...Vu à travers le prisme grossissant des marées humaines du Caire et d’Alexandrie, l’affrontement entre pro et anti-Morsi ressemble de plus en plus à un double monologue dans lequel les premiers s’enferment et s’enferrent dans une vaine rhétorique, prélude, il faut le craindre pour eux, à un retour à la case départ, celle des années qui vont de 1928 à 2011. Amers, les Frères musulmans se plaignent aujourd’hui d’avoir été abandonnés par leurs alliés des premières heures, c’est-à-dire certains laïcs, une frange toute symbolique de chrétiens et ces incorrigibles libéraux qui rêvent encore de voir tout le monde prendre part à la grand-messe de la démocratie. C’est oublier un peu vite, confortable amnésie, qu’ils ne...
commentaires (4)

LES AMITIÉS D'OCCASION NE DURENT PAS !

SAKR LOUBNAN

17 h 28, le 31 juillet 2013

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Commentaires (4)

  • LES AMITIÉS D'OCCASION NE DURENT PAS !

    SAKR LOUBNAN

    17 h 28, le 31 juillet 2013

  • Ce sont pourtant des gens intelligents et cultivés qui lient ce qui passe ici à ce qui se passe là et qui continuent à parler de monde arabe et patin couffin.Et deux bords opposés de surcroît...mais quand comprendront ils donc que ce à quoi ils se réfèrent n'existe tout simplement pas?Qu'il s'agit au mieux d'imagination au pire de fantasme....sa7 el nom...réveillez vous les gars...arab Disney world n'existe pas...allez,à la douche,et na3iman...

    GEDEON Christian

    15 h 40, le 31 juillet 2013

  • La grande difference est que les ikhwans ont ete adoubes par les eurodecadents allies des sio yanky en la circonstance. Ils payent aujourdh'ui le prix de ce genre d'alliance que d'autres se gardent bien d'utiliser, ils ont aussi beaucoup compter sur les subsides que cette meme Europe leur faisait miroiter pour les amener a reconduire les accords avec israel ,1ere et unique decision des ikhwans qui du coup poignardaient les frères palestiniens du hamas . Un cafouillage monstre d'une politique de l'affame qui a toujours reve de son os et qu'une fois qu'il l'a , le laisse filer !mais c'est de toute facon un bon debarras !

    Jaber Kamel

    20 h 36, le 30 juillet 2013

  • "Amers, les Frères musulmans se plaignent aujourd’hui d’avoir été abandonnés par leurs alliés des premières heures...". L'article explique très bien pourquoi, mais ils n'ont aussi qu'à s'en prendre à eux-mêmes pour être restés bornés, enfermés dans leur esprit limité (comme certains chez nous) au lieu de faire montre d'ouverture d'esprit et d'initiatives structurantes en essayant d'écouter le peuple. De toutes façons c'est peine perdue car, par définition, ikhwans et islamisme sont antinomiques avec gouvernance et pouvoir, ils ne savent pas faire (comme certains chez nous) sans museler le peuple. Pareil pour les mercenaires et les terroristes. Toutes ces catégories de personnes sont destinées à être rejetées par le peuple, que ce soit en Egypte, en Tunisie ou ailleurs. Chez nous aussi.

    Robert Malek

    01 h 54, le 30 juillet 2013

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