À l’heure où ton long calvaire se termine, tu t’embarques, dans la silencieuse nuit de Dieu, vers une autre rive de quiétude, de paix et de béatitude, dans la lumière de la splendeur du Créateur, qui inonde les élus.
Ton départ, qui a consterné tous ceux qui t’ont connu et aimé, m’a causé une profonde amertume, et c’est avec une grande douleur que je t’écris ces quelques lignes, malheureusement, de souvenir.
Skandar, notre amitié remonte à ce fameux « camp social de travail » en Europe, en 1959. Elle s’y est forgée, au contact des ouvriers et des prisonniers, et n’a cessé de croître, au long des années, dans le cheminement de la vie. Elle m’a permis de tâter du doigt ta dignité, ta noblesse de cœur, ta grandeur d’âme, ton mépris du mensonge et de l’extravagance, et combien tu étais si profondément imprégné de l’esprit des béatitudes.
Skandar,
Je n’ai plus pu, en raison de ta dernière entrée à l’hôpital, te dire que j’avais trouvé dans un ancien Express une interview accordée par François Mitterrand, alors chef de la gauche française, dans laquelle il déclarait que « toutes les raisons de vivre sont dans le Sermon sur la montagne ».
D’ailleurs, à suivre les étapes de ta vie, tous ceux qui ont eu la chance de te côtoyer ont été touchés par ta révolte contre l’injustice, ta lutte pour les droits des opprimés, ton amour pour la paix, ta compassion pour les déshérités, ta bonté pour les malheureux, joints à ton humilité, ta pureté de cœur et ton esprit d’innocence. Ce sont ces vertus mêmes, Skandar, que le Seigneur recherche.
Tu étais très heureux, quand le prêtre te cherchait la Sainte Hostie, de me chanter, selon le rite de la messe byzantine, le « Domine non sum dignus », qui était réconfort et soutien dans tes épreuves, et gage pour la vie éternelle.
Skandar,
Mon ami et mon frère,
Notre amitié ne se termine pas ce soir. S’il est vrai que la « vraie tombe des morts est le cœur des vivants », je me permets de déposer une rose sur ta tombe, au moment où me reviennent ces mots si merveilleux d’espérance de Patrice de La Tour du Pin, que je laisse en guise de gage à ton souvenir :
« Nous avons incliné pensivement nos têtes
Et refermé les yeux pour continuer la nuit.
Et, pour ne pas rentrer brusquement dans la mort,
Nous les avons rouverts lorsque tout fut fini. »
Skandar, toi qui m’a connu, prie pour moi.
Maroun Joseph ACHKAR


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