Selon le président de la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Saïda et du Liban-Sud, environ 40 % des commerçants de la ville n’ont rien vendu à la fin de la journée. Photo Anne Ilcinkas
Saïda a constamment souffert des conflits politico-religieux qui secouent le Liban-Sud depuis des décennies. Cependant, avec la crise syrienne et l’apparition d’extrémistes religieux depuis deux ans, la situation économique de la ville s’est dégradée de façon inédite et tous les indicateurs sont dans le rouge. Les commerçants sont les premiers touchés avec une baisse de leur chiffre d’affaires de 80 % pour le secteur de l’habillement par exemple et de 30 % pour les produits alimentaires. En moyenne, 40 % des commerçants de la ville affirment n’avoir rien vendu à la fin d’une journée de travail. Cela s’explique par le boycott non seulement des touristes, mais surtout des populations de la région. La montée du discours extrémiste et les nombreux affrontements qui ont secoué la ville ont fait fuir les habitants des villages du Sud ou de Jezzine, qui représentaient la majorité des clients de Saïda.
Quelles sont les conséquences de cette situation sur la région du Sud ?
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, beaucoup de villes et villages du Sud ont « profité » de la situation désastreuse à Saïda pour attirer chez eux les habitants des régions aux alentours et les investisseurs. Je me rappelle même d’une pancarte à Nabatiyé sur laquelle les commerçants de la ville avaient ironiquement exprimé leurs plus chers remerciements à cheikh Ahmad el-Assir pour les avoir aidés à augmenter leur chiffre d’affaires !
Avant, en allant vers le Sud, les automobilistes s’arrêtaient obligatoirement pour acheter des pâtisseries, de la nourriture ou même des habits dans les différents malls de la ville. Maintenant toutes ces habitudes ont disparu car les gens cherchent avant tout la sécurité.
Qu’en est-il des industriels et agriculteurs ? Ont-ils subi le même sort que les commerçants ?
Les industriels et les agriculteurs ont moins été touchés par les affrontements armés à Saïda que par la fermeture des frontières avec la Syrie depuis le début du conflit. Acheminer un container par voie terrestre vers l’Arabie saoudite ou les pays du Golfe coûtait 1 800 dollars alors que par voie maritime cela coûte environ 6 000 dollars. Pour les industriels qui exportent des produits à haute valeur ajoutée, la différence de coût est encore acceptable, mais pour les agriculteurs elle devient impossible à supporter. De plus, le transport maritime est plus long pour arriver à bon port, ce qui nécessite de se munir de containers réfrigérés, impliquant un coût supplémentaire.
Sachant que le Sud pèse à hauteur de 35 % dans l’économie libanaise, surtout dans le domaine de l’agriculture, c’est vers une véritable catastrophe humaine et agricole que se dirige le pays et de nombreuses terres ont déjà été abandonnées.


LE CHOC DES BARBES... LES PLUS DENSES... ET SES CONSÉQUENCES...
14 h 16, le 19 juillet 2013