« Nu », pigments, papier, ciment et vernis sur toile.
Ce n’est pas là le seul paradoxe que dégage le travail de cette artiste française établie à New York, qui élabore avec des matériaux bruts des œuvres d’un exquis raffinement.
Bronze, ciment, métal, cristal, collage, elle joue avec un éventail de matières qu’elle expérimente dans des œuvres jamais lisses – pas plus les peintures que les sculptures – mais dont le fini n’en est pas moins d’une intrigante perfection.
Ainsi, du ciment sur grillages de métal, elle fait jaillir des silhouettes longitudinales d’une grâce remarquable. Par des collages de papiers découpés dans des magazines elle dessine, ou esquisse plutôt, les contours d’esthétiques nus féminins alanguis. Dans le cristal, elle taille des figures et des bustes paradoxalement plus charpentés. Mais c’est surtout du bronze qu’elle fait émerger des femmes d’une poétique gracilité.
Et tout cela, elle le fait elle-même de A à Z, depuis la conception aux travaux de fonderie et de soudure dans son atelier.
Élégance et intemporalité
Affirmant la primauté de la tension émotionnelle et de l’énergie dans la vie, Anne de Villemejane privilégie, dans son travail, l’expression de la nature humaine.
«Mes œuvres sont essentiellement figuratives parce que je travaille toujours avec une forte émotion intérieure», explique d’ailleurs cette artiste aussi sensible et délicate que ses sculptures. Et qui a abandonné, il y a une douzaine d’années, sa carrière dans le marketing de cosmétiques pour se consacrer à l’art.
Mais ce n’est qu’après avoir suivi une formation approfondie dans diverses écoles d’art, dont le Massachusetts College of Art, l’École du Musée de Boston, Harvard College et le Musée de Cordoue, qu’elle se lance véritablement dans la création artistique.
Et elle trouve sa voie dans la représentation d’un univers essentiellement féminin. «J’ai du mal avec les silhouettes masculines, à part celles des toréadors dont l’allure m’inspire follement», avoue-t-elle. Des mâles élancés qui accompagnent, çà et là, son assemblée de femmes.
Des silhouettes harmonieuses dans leur disproportion expressément voulue par l’artiste (d’une extrême finesse et privilégiant une longueur hors normes des bras et des jambes, elles atteignent, pour certaines, une hauteur d’homme). À la frontière du figuratif et de l’irréel... À la fois très contemporaines et hors du temps... Des sculptures qui dégagent autant une impression de méditation qu’une sorte de pulsation de vie qui leur donne de faux airs de personnages de Giacometti.
Des œuvres élégantes, intenses et qui suscitent l’émotion... À découvrir sans tarder à la galerie Mark Hachem où elles sont exposées jusqu’au 27 juillet.
* Mina el-Hosn, rue Salloum, imm. Capital Garden, rez-de-chaussée. Horaires d’ouverture : de lundi à samedi, de 10h à 20h. Tél. : 70/949029.

