Ghulam Azam, âgé de 90 ans, a été comparé à Hitler... Nashirul Islam/AFP
En énonçant le verdict, le juge A.T.M. Fazle Kabir a considéré que M. Azam était « supérieurement responsable » des atrocités commises par ces milices aux mains entachées de sang. Il a notamment été jugé coupable de meurtre et torture. « Il a été prouvé que Ghulam Azam a été l’architecte des milices, dont Peace Committee, al-Badr et Bazakar », a déclaré le juge en présence de l’accusé, en fauteuil roulant, tandis que le tribunal était placé sous haute sécurité. Le nonagénaire a toutefois échappé à la peine capitale au vu de son âge et de sa santé. « Il méritait la peine de mort. La justice a en partie été rendue, mais nous ne sommes pas contents », estimait de son côté un avocat représentant le gouvernement, M.K. Rahman.
L’accusation l’a comparé à Adolf Hitler pour son rôle de « guide » dans les massacres lors des neuf mois de la sanglante guerre d’indépendance, qui a abouti à la naissance du Bangladesh, jusqu’alors province du Pakistan baptisée Pakistan oriental. Lors de l’intervention de l’Inde à la fin du conflit, signifiant la défaite imminente du Pakistan, les milices pro-Islamabad ont massacré des dizaines d’enseignants, de réalisateurs, de médecins et de journalistes. M. Azam a notamment été présenté comme le « cerveau » des meurtres d’intellectuels. De nombreux d’entre eux ont été retrouvés quelques jours après la fin de la guerre dans un marécage à l’extérieur de Dacca, les yeux bandés et les mains attachées derrière le dos.
L’avocat de M. Azam, Tajul Islam, affirme que les charges contre son client ont été fondées sur des informations de presse évoquant des discours prononcés lors de la guerre. « L’accusation a complètement échoué à apporter la moindre preuve étayant les charges », a-t-il dit, précisant qu’il ferait appel de ce « jugement pervers ».
Le controversé « Tribunal international des crimes » (ICT) a été mis en place en mars 2010 par le gouvernement qui affirme que ces procès sont nécessaires pour cicatriser les plaies encore vivaces de la guerre d’indépendance. Mais le Jamaat-e-Islami accuse le pouvoir d’avoir créé ce tribunal – baptisé ainsi en dépit de toute supervision d’institution internationale – pour des motifs politiques, la plupart des personnes poursuivies appartenant à l’opposition. L’organisation Human Rights Watch a aussi critiqué des procédures ne respectant pas les critères internationaux. Ce verdict est le cinquième jugement prononcé par l’ICT. Trois islamistes ont été condamnés à la peine capitale tandis qu’un autre dirigeant a été condamné à une peine d’emprisonnement à vie.
(Source : AFP)

