Avant la guerre, les couples mixtes entre Serbes, Croates et musulmans représentaient près de 13 % du nombre total d’unions conclues en Bosnie. Aujourd’hui, ils n’en représentent que 4 %. Elvis Barukcic/AFP
Les divisions entre les communautés serbe et musulmane semblent infranchissables 18 ans après la guerre en Bosnie, et pourtant à Srebrenica, symbole même de cette fracture ethnique, la Serbe Dusica et son époux musulman Almir construisent une vie commune contre vents et marées. Srebrenica a enterré jeudi dernier plus de 400 victimes retrouvées et identifiées depuis le précédent anniversaire du génocide commis ici en juillet 1995. Des milliers de musulmans venus se recueillir sur les tombes de leurs proches sont repartis et pour Dusica et Almir, le jeune couple, c’est une vie modeste et difficile de paysans qui reprend avec pour seul et unique combat : nourrir et élever Jusuf, leur fils âgé d’un an.
Chassé de cette ville de Bosnie orientale par les forces serbes au moment du massacre, Almir Salihovic, 33 ans, a vécu depuis dans la région de Tuzla dans le Nord-Est. Chaque printemps, il allait en montagne garder les moutons. L’été 2010, il croise une bergère, Dusica Rendulic, qui lui offre son cœur. « Nous avons passé l’été ensemble en montagne. Et on a décidé de se marier et de venir vivre à Srebrenica, sur la terre de mes parents. Ensuite, l’enfant est arrivé au monde. Pour le reste, c’est un combat quotidien », résume Almir, cheveux bruns coupés court. La décision d’épouser une Serbe n’a pas été facile pour cet homme dont six oncles ont été tués dans le massacre. En juillet 1995, vers la fin de la guerre (1992-95), les forces serbes bosniennes ont tué environ 8 000 hommes et adolescents musulmans à Srebrenica, la pire tuerie en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. « Mes parents n’avaient rien contre un tel mariage et la mère de Dusica non plus. Mais moi, je me suis posé des questions au début », raconte Almir. « J’étais bien conscient qu’il s’agissait d’une grande décision », sourit-il. Avant le conflit, qui a fait quelque 100 000 morts, les couples mixtes entre Serbes, Croates et musulmans représentaient près de 13 % du nombre total d’unions conclues en Bosnie. Aujourd’hui, ils n’en représentent que 4 %, selon les statistiques. « Je n’ai jamais pu imaginer placer Dusica dans le même camp avec les assassins. On ne peut pas culpabiliser un peuple entier à cause de crimes commis pas certains. D’ailleurs, son destin est similaire au mien », estime-t-il.
La maison en bois
Car Dusica est une Serbe de Croatie, elle-même réfugiée avec sa famille en Bosnie, au début du conflit serbo-croate (1991-95). « Il est très rare aujourd’hui en Bosnie de voir deux personnes capables de surmonter les préjugés et les divisions imposés par les classes politiques », fait valoir Dragana Jovanovic, directrice d’une ONG locale, « Les amis de Srebrenica ». Avec l’aide d’une ONG autrichienne, Dusica et Almir se sont construit une maison en bois d’à peine 25 m2, au pied d’une colline. Une vache, une dizaine de poules et un petit potager représentent toute la richesse de cette famille, que seule la joie de vivre rend heureuse. Almir est bûcheron. Il s’absente souvent pendant deux ou trois mois de la famille pour gagner son salaire. Dusica s’occupe du foyer et ils ne fréquentent pas souvent les habitants des hameaux alentour. Leurs voisins semblent les tolérer. « Si cet homme dont des proches ont été tués dans le massacre n’a pas vu d’inconvénients à épouser une Serbe, alors, moi, j’en vois encore moins », commente Ibro Ikanovic, un voisin musulman d’une soixantaine d’années.
Après avoir apporté de l’eau aux animaux, Dusica court donner un coup de main à son mari qui est en train de ramasser du foin. Cheveux roux attachés derrière la tête, Dusica explique avoir épousé « un homme sincère et honnête » qui, « par hasard », est musulman. « Nous sommes très proches et avons les mêmes réflexions sur la vie. Le destin a voulu qu’on se rencontre », affirme-t-elle. En épousant Almir, Dusica n’a pas abandonné sa religion. « Elle doit continuer à pratiquer sa religion et moi la mienne. L’enfant décidera pour lui quand il sera grand », assure Almir.
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Que tous les racistes en prennent de la graine.
14 h 04, le 15 juillet 2013