La presse portugaise revenait hier sur la crise qui secoue le pays. Patricia de Melo Moreira/AFP
« La situation doit être clarifiée le plus vite possible », a affirmé le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui a appelé au « sens des responsabilités » pour que les efforts accomplis par les Portugais, soumis à une sévère cure d’austérité depuis deux ans, ne soient pas « vains ». Dans le même temps, le patron de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a aussi appelé le pays à « prendre ses responsabilités », tandis que le gouvernement allemand s’est dit « confiant » que le Portugal poursuivrait ses réformes.
Première conséquence de la crise politique, les taux d’emprunt portugais à 10 ans sont passés au-dessus de 8 % pour la première fois depuis novembre 2012, tandis que la Bourse de Lisbonne vivait une journée noire, plongeant de plus de 6 % peu après l’ouverture et entraînant dans son sillage d’autres places européennes.
Toutefois, le chef du gouvernement, Pedro Passos Coelho, qui la veille, dans un discours solennel à la nation, avait affirmé qu’il ne démissionnerait pas, s’efforçait de donner une apparence de normalité en se rendant, comme prévu, à Berlin pour participer à une conférence sur l’emploi des jeunes. Après la démission lundi du ministre des Finances, Vitor Gaspar, le chef de la diplomatie portugaise, Paulo Portas, a claqué la porte à son tour mardi, faisant valoir des « désaccords » avec M. Passos Coelho. Le chef du gouvernement, qui s’est dit surpris par cette décision, a refusé la démission de M. Portas, numéro deux de l’exécutif et chef du petit parti conservateur CDS-PP partenaire du Parti social-démocrate au sein de la coalition de centre-droit au pouvoir depuis 2011. Le Premier ministre a même assuré qu’il tenterait de surmonter la crise avec le CDS-PP afin de préserver la stabilité politique du pays.
Mais les analystes doutaient que les deux partis puissent de nouveau s’entendre d’autant que deux autres ministres du CDS-PP, ceux de l’Agriculture et de la Sécurité sociale, du même parti que M. Portas, devaient démissionner à leur tour, selon la presse. La plupart des commentateurs estimaient que cette crise a scellé la fin de la coalition qui permettait au gouvernement de disposer d’une confortable majorité parlementaire pour mettre en œuvre les mesures de rigueur exigées par les créanciers du Portugal depuis deux ans en échange du plan d’aide internationale de 78 milliards d’euros. « Le scénario qui me paraît le plus probable est celui d’élections anticipées », a ainsi indiqué l’analyste financière, Paula Gonçalves.
Dans ce contexte de crise politique, qui pourrait à terme entraîner la dissolution du Parlement, le président Anibal Cavaco Silva doit s’entretenir aujourd’hui avec le Premier ministre et recevoir ensuite les partis politiques représentés au Parlement.
Hier après-midi, le chef de l’État, qui a la possibilité de convoquer des législatives anticipées, a prévu de rencontrer Antonio José Seguro, leader du Parti socialiste, principale formation de l’opposition, qui plaide pour cette solution. Le Parti communiste a appelé à manifester, au moment de cette rencontre, au centre de la capitale portugaise pour réclamer des élections anticipées.
Sur le front économique et financier, les conséquences de la crise semblent tout aussi préoccupantes. Certains évoquent déjà l’éventualité que le Portugal demande un deuxième plan d’aide, et connaisse ainsi le même sort que la Grèce, également sous assistance financière. « Les probabilités d’un deuxième plan de sauvetage augmentent », reconnaît Mme Gonçalves alors que la « troïka » (UE-FMI-BCE) des créanciers du pays doit entamer le 15 juillet une nouvelle mission d’évaluation des réformes mises en œuvre au Portugal, frappé par la récession et un chômage record, pour débloquer une nouvelle tranche d’aide.
Toutefois, plusieurs analystes se voulaient rassurants sur l’impact de cette crise à court terme, rappelant que les besoins de financement du pays sont assurés jusqu’à la fin de l’année.
(Source : AFP)

