À Lisbonne, les trains étaient à l’arrêt hier. Patricia de Melo/AFP
« L’adhésion est très forte et dépasse largement nos attentes », a déclaré le chef de l’UGT, Carlos Silva, tandis que celui de la CGTP, Armenio Carlos, qui réclame des législatives anticipées, a espéré la veille une « grande participation » pour « fragiliser davantage le gouvernement ».
La grève d’hier est la deuxième organisée conjointement par les deux confédérations depuis celle de novembre 2011, cinq mois après l’arrivée au pouvoir du gouvernement de centre droit pour mettre en œuvre le plan d’aide internationale négocié il y a deux ans. La CGTP avait convoqué seule celles de mars et de novembre de 2012. Le mouvement social a été décidé après l’annonce par le gouvernement d’un train de mesures d’austérité visant surtout les fonctionnaires, qui verront leur horaire de travail passer de 35 à 40 heures par semaine, comme dans le privé, et dont environ 30 000 postes seront supprimés afin de réduire les dépenses publiques de 4,7 milliards d’euros d’ici à la fin de l’année prochaine. Mais l’espoir des deux centrales d’étendre le mouvement au secteur privé, faiblement syndicalisé, semblait déçu. « Les chiffres pour le privé n’atteignent pas ceux de l’administration publique », a ainsi admis Carlos Silva. « Mais c’est un signal clair pour le gouvernement que la voie qu’il a choisie n’est pas la bonne », a-t-il ajouté.
« Certains Portugais ne sont pas au travail mais d’autres si, et le pays n’est pas à l’arrêt », a déclaré le porte-parole du gouvernement, Luis Marques Guedes, à l’issue du Conseil des ministres hebdomadaire. Refusant d’engager une « guerre des chiffres » avec les syndicats, il n’a livré aucune précision sur la participation au mouvement. La production était toutefois arrêtée dans la grande usine Volkswagen des environs de Lisbonne, « Auto Europa », tandis que, selon la CGTP, l’activité de la principale centrale du groupe électricien EDP était paralysée à 70 % à Sines, à 160 km au sud de Lisbonne. « Le secteur de la santé a adhéré en force », a également indiqué la CGTP, rendant compte d’une participation proche de 80 % parmi les infirmiers. Les interventions urgentes étaient assurées par des services minimum.
Le gestionnaire des aéroports, ANA, a indiqué en milieu de journée que 37 vols avaient été annulés, dont 32 à Lisbonne, tandis que de nombreux retards étaient enregistrés.
Dans la capitale, nombreux ont été ceux qui ont tenu à se rendre au travail en voiture, à pied ou à bord des rares bus qui circulaient. « Je ne suis pas d’accord avec la grève, car elle ne fait que gêner ceux qui veulent travailler et le pays perd beaucoup d’argent », a témoigné Luisa Magalhaes, une comptable de 35 ans.
Le Premier ministre, Pedro Passos Coelho, fervent partisan de l’austérité, avait affirmé, la veille lors d’une intervention au Parlement, que « le pays a besoin de moins de grèves et de plus de travail ». La grève générale se déroulait sous le regard de la « troïka » UE-BCE-FMI représentant les bailleurs de fonds du Portugal, qui a entamé lundi une mission à Lisbonne pour préparer la prochaine évaluation trimestrielle devant débuter le 15 juillet. Malgré son isolement croissant au Portugal, où même le patronat conteste sa politique économique, M. Passos Coelho bénéficie toujours de l’appui des créanciers du pays, qui ont récemment accepté d’assouplir les objectifs budgétaires prévus par le plan de sauvetage financier de 78 milliards accordé en mai 2011 par l’Union européenne et le Fonds monétaire international.
Cette cure de rigueur a augmenté plus que prévu la récession et le chômage et l’économie portugaise, en recul depuis deux ans, doit encore se contracter cette année de 2,3 % tandis que le chômage doit atteindre le taux record de 18,2 %.
(Source : AFP)

