« La Dame des profondeurs ».
Mi-déesses, mi-humaines, ces créatures aquatiques, aériennes ou terrestres, graciles et solides, n’ont pas de visage ni de traits particulièrement définis, car elles peuvent être toutes les femmes à la fois sans identité ni passé. Elles sont là tel le sphinx de la mythologie grecque à poser des énigmes auxquelles le spectateur
répondra.
Créatures de rêve ?
Dans son travail ayant nécessité plus de deux ans, l’artiste, qui avait participé en 2011 à l’exposition collective «Rebirth» au Beirut Exhibition Center, signe cette fois sa première exposition en solo. Elle y présente une galerie d’images grand et petit format qu’elle restructure à sa manière. Des autoportraits troublants et séduisants qui interrogent tout regard. «Dans une société moderne où l’image a pris une importance démesurée (...), Christina la décompose pour en fabriquer une nouvelle à l’aide de thèmes – fleurs, insectes, organes, pilules... – et ramène à l’intérieur de soi comme une méditation», confie Fadi
Mogabgab.
Son univers, bien que très coloré, n’est pas nécessairement gai car les ballons peuvent évoquer l’enfance mais aussi le détachement et le départ, alors que les oiseaux qui forment la silhouette sont tantôt des colombes, tantôt des corbeaux et que les gélules parlent de ce monde pharmaceutique et aseptisé dans lequel baigne le quotidien actuel.
Après avoir photocopié et découpé des milliers de petites images, l’artiste qui a pris soin de se photographier dans des attitudes diverses évide ses silhouettes pour les remplir de ces petites photos qui mènent à une réflexion personnelle.
D’origines libanaise et grecque, Christina Anid a grandi et étudié à Paris pour s’installer par la suite dans la région du Pirée, près d’Athènes. Elle continue cependant d’effectuer des séjours au Liban, notamment à la «Résidence Alia», résidence d’artistes fondée par Fadi Mogabgab à Aïn Zhalta. Après avoir surfé entre photojournalisme et création pendant de nombreuses années, elle devient active sur la scène artistique depuis 2010 et travaille assidûment dans son atelier du port d’Athènes, immortalisé dans la chanson de Mélina Mercouri. Mais cette fois, il ne s’agit pas d’enfants qui sont issus de ce port, mais bien de femmes, d’une multitude de femmes. Debout, étendues, nageant ou tout simplement au regard fixe, ces créatures féminines, retenues derrière un plexiglas, charrient avec elles des milliers d’histoires et de légendes. On les croirait déesses, elles sont humaines. On les dirait statuettes anciennes et figées, elles sont contemporaines, actives et comme animées. Animées d’un feu sacré et mystérieux que Christina Anid rallume par petites touches. «Dans un milieu où de plus en plus d’artistes déploient de grands moyens pour fabriquer une petite œuvre, on en trouve encore certains qui, avec très peu de moyens, en font une grande», dira encore Fadi Mogabgab.
* Galerie Fadi Mogabgab (rue Gouraud-Gemmayzé). Jusqu’au 15 juillet. Du lundi au samedi de 10h à 19h et sur rendez-vous. Tél. : 03/734520.

