Ce terme aux accents révolutionnaires est emprunté à un document rédigé de manière un peu zélée par le service de presse de l’Union européenne sur les travaux de son unité sport. Qui, depuis, se mord les doigts de ce lapsus.
« Bulle financière »
Le système des transferts tel qu’il fonctionne aujourd’hui est en effet au cœur de plusieurs examens parallèles : par l’Union européenne de football (UEFA), dans le cadre du fair-play financier cher à Michel Platini, et par Bruxelles qui avait promis de faire un bilan une dizaine d’années après sa négociation de 2001 avec la FIFA, à l’origine du modèle actuel.
À l’étude, la possibilité de taxer plus encore les indemnités liées aux mouvements de joueurs (déjà objets d’un prélèvement de 5 % reversé aux clubs formateurs) ou de les plafonner. Leur suppression totale n’est pas longtemps restée une hypothèse de travail tant ses conséquences seraient cataclysmiques.
« Le but de l’UE n’a jamais été d’abolir les transferts, mais d’analyser le fonctionnement des principes édictés en 2001 et de pouvoir répondre aux questions de compatibilité avec le droit communautaire », décrypte un expert du groupe de travail européen « Bonne gouvernance du sport » qui ne se penche pas uniquement sur le foot mais sur tous les sports professionnels.
Pourtant, les partisans de la « table rase » se déchaînent, brandissant comme principaux arguments l’indécence des sommes dépensées par les clubs (pour mémoire, un record de 93 millions d’euros pour Cristiano Ronaldo de Manchester United au Real Madrid en 2009) et les principes basiques du droit du travail : Piat évoque ainsi la « bulle financière » qui entoure le marché des transferts et des salaires. Et s’élève contre l’exception sportive qui oblige tous les salariés à accepter des contrats à durée déterminée (CDD) irrévocables.
Tout ça pour ça
Désireux de « faire exploser tout ça », Piat se dit prêt à recourir à la Cour européenne de justice pour une procédure qu’il prévoit à terme aussi ravageuse que l’arrêt Bosman qui, en 1995, avait libéralisé les transferts dans l’Union mais également engendré l’infernale spirale inflationniste.
Mais « si on supprime les CDD pour qu’un joueur puisse démissionner à tout moment, cela pose la question de l’intégrité sportive puisque, à l’extrême, un joueur pourrait changer de club en pleine phase finale », prévient Didier Primault, directeur du Centre de droit et d’économie du sport (CDES), coauteur du rapport qui sert de base à l’UE.
Du côté des clubs français, on se contenterait volontiers des principes prônés par l’UEFA qui consistent, en matière de transferts comme de salaires, à ne pas dépenser plus que ce que l’on a.
« Avant de réformer, d’instaurer de nouvelles règles, des taxes, des plafonnements, il faut attendre les résultats du fair-play financier », plaide Philippe Diallo, secrétaire général du syndicat des clubs pros français (UCPF) pour qui le fonctionnement actuel offre une « garantie de solidarité » entre les clubs les plus riches et les autres.
D’autant que le système mis en accusation est la victime de l’effet loupe provoqué par certaines stars du foot. En basket, on recense environ 20 millions d’euros de transferts par an dans le monde.
Dans le foot, l’outil de contrôle mis en place par la FIFA en comptabilise 11 000 par an, pour un total de 3 milliards d’euros en 2011, dont 10 % seulement de payants, soit un peu plus de 1000.
Sur ce millier, 1 % dépasse les 10 millions d’euros, selon le Centre d’économie et de droit du sport (CDES) de Limoges (centre de la France), qui s’interroge donc, dans un rapport rendu à l’UE, sur l’opportunité de « modifier une économie et une organisation parce que 1 % de son activité est contestable ».


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