Ministre,
Et si, pour une fois, le changement s’annonçait dans votre gouvernement? Une nouveauté au pays du Cèdre, se détachant un peu de ces noms traditionnellement incrustés. La constitution de votre gouvernement ne me laisse pas indifférente. La loi du nombre tiendra-t-elle dans votre compte?
Aura-t-elle sa prise de parole? Une reconnaissance? N’auriez-vous pas besoin de ministres pour regrouper vos 15 millions de Libanais dans le monde, au moment où l’on parle du droit de vote à l’étranger?
Monsieur le Premier Ministre, je vous soumets ma candidature. Je dépose ma candidature officiellement, publiquement, au service de l’État. Certains courants de femmes préfèrent se dénuder pour réclamer droit et justice. Je ne le ferai pas, dignité oblige! Je vous écris pour vous dire que j’ai de la matière grise. Qui suis-je? Une femme à l’enfance libanaise et la maturité française. Une Libanaise ayant fui le pays, à la recherche d’études et de diplômes en France. Je suis aussi cette déracinée en mal du pays...
En 1984, vous étiez l’un des derniers que je suis venue saluer dans votre bureau. Vous m’aviez souhaité bonne chance, me demandant de ne pas oublier le pays, de ne pas m’installer à l’étranger. Vos derniers mots au seuil de votre porte: «... Revenez au pays, nous avons besoin de matières grises et de ces compétences qui le fuient.»
Mes années d’études et de recherches, je les ai consacrées à mon pays. La guerre s’est poursuivie et j’avais le devoir de poursuivre ma vie. J’ai réussi! J’ai fait preuve d’adaptation, d’intégration. Être loin ne signifie pas «abandonner» dans mon esprit. J’attends le retour de l’espoir de la vie au pays. Mais le retour tarde et les années passent. Et mes enfants grandissent hors frontières. J’ai été heureuse de savoir que le président vous a nommé comme nouvel espoir, faisant de vous le symbole du renouveau. Beyrouth, en vous, renaîtra de ses cendres et l’espoir en moi ressuscitera mes souvenirs si tendres. Entre vous et moi, rien en commun à part un pays, une identité, un passeport que je garde quelque part comme un bijou précieux, un passeport comme seul document qui prouve encore mon tendre attachement à mon pays.
Cela me suffit aujourd’hui, pour prendre mon courage à deux mains et oser enfin vous écrire.
Je suis de cette ville, Beyrouth tant aimée mais ô combien de fois humiliée. Je suis une citoyenne, vous êtes un homme de pouvoir J’ai ma plume et vous avez toute la gloire. Mon père et le vôtre, il paraît, étaient des cousins, ce qui fait de nous des cousins lointains. Tant mieux, il y a de quoi être fier.
Mais ce n’est pas ça, l’objet de ma lettre. Je suis une femme à part entière qui réclame un amour sans frontières entre Libanais. Libanais de la terre et Libanais des frontières.
Passons à l’objet de ma candidature. Sur la manière dont vous procéderiez pour le choix de vos collaborateurs subsiste un mystère. Vous êtes sans doute l’espoir du renouveau, mais y aura-t-il du nouveau dans votre manière de choisir vos interlocuteurs? Ce mystère qui me pousse curieusement à vous proposer mes services. Pourquoi pas?
J’invite mes compatriotes de la diaspora à faire à l’identique. Signe qu’on existe car d’ici, on aime aussi notre pays. Quand l’État ignore ses fils et ses filles de la diaspora, il y a outrance dans l’ignorance. Je sors de mon silence, je brise les distances. Faites appel à nos compétences. Douze à 18 millions est le chiffre de la diaspora libanaise. Des Libanais qui œuvrent loin de leur pays, qui rayonnent. Seriez-vous ouvert à ce changement? Des députés et des ministres pour nous les émigrés? Je vous adresse ma candidature au cas où, on ne sait jamais. Ma voix et celles de mes compatriotes sont étouffées, enfermées, condamnées. Alors, donnez-moi cette chance! Pour le symbole. Rappelez-nous, venez vers nous. Vous serez bien servi.


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