Le nouveau biréacteur européen, concurrent annoncé du 787 Dreamliner de Boeing, s’est posé sous les vivats en début d’après-midi à l’aéroport de Toulouse-Blagnac (Sud-Ouest). Auparavant, il s’était offert le luxe d’un passage aux allures de parade à moins de 100 mètres d’altitude au-dessus de la piste, puis a décrit une grande boucle au-dessus de Toulouse sous un ciel très bleu pour enfin atterrir là où il avait pris son envol quatre heures plus tôt.
Airbus avait mis un point d’honneur à faire décoller son dernier bébé à l’heure prévue : l’A350 s’est élevé à 08h00 GMT précises de la piste Concorde vers le nord-ouest, sous le regard de milliers de salariés d’Airbus, sortis des usines pour acclamer ce nouvel objet de fierté en agitant de petits drapeaux bleus.
L’avion, construit à plus de 50 % en matériaux composites plus légers que le métal (comme le 787 Dreamliner de Boeing), « se comporte extrêmement bien », avait commenté à mi-parcours le pilote Peter Chandler, interrogé sur le circuit de télévision mis en place par Airbus.
Le vol était assuré par deux pilotes, un Britannique et un Français, assistés de quatre ingénieurs du service des essais en vol d’Airbus.
Un enjeu majeur
Ce premier vol ne visait pas à explorer toutes les performances de l’avion, ni même à atteindre l’altitude de croisière de 10 000 mètres, a précisé Frank Chapman, membre de l’équipe des essais en vol.
Mais si tout va bien, l’appareil pourra obtenir sa certification par les autorités américaines et européennes dans « douze mois et demi », a-t-il dit.
Et le premier A350-900, cœur d’une gamme d’appareils de 270 à 350 sièges consommant 25 % de carburant de moins que les avions actuels de la catégorie et assurant des vols jusqu’à 15 000 km sans escale, devrait être livré, comme prévu, avant fin 2014 à Qatar Airways.
Il faudra d’abord en passer par une campagne d’essais de 2 500 heures de vol pour l’appareil qui a volé vendredi et quatre autres.
L’enjeu est majeur face aux Boeing 777 et 787, actuellement majoritaires sur le créneau long-courrier face à l’A330, même si ce dernier fait encore bonne figure vingt ans après sa mise en service et ne sera remplacé par l’A350 que progressivement.
Le succès du programme A350 « assurera l’avenir de la filière pendant vingt ans », a dit le PDG d’Airbus Fabrice Brégier juste avant le baptême de l’air.
L’avionneur estime que le marché du long-courrier pourrait approcher 7 000 appareils en 20 ans et M. Brégier, comme son directeur commercial John Leahy, ont affirmé leur volonté de capter la moitié de ces ventes.
Elles devraient dépasser de loin celles des très gros porteurs, comme l’avion géant A380, qui ne totalise que 262 commandes et 103 livraisons cinq ans et demi après sa mise en service.
Si les moyen-courriers de moins de 200 places comme l’A320, actuel point fort de l’avionneur européen face à Boeing, resteront trois fois plus nombreux que les long-courriers, le prix de ces derniers est trois fois plus important : près de 300 millions de dollars pièce pour les nouveaux modèles.
Ce premier vol est intervenu trois jours avant l’ouverture lundi du Salon aéronautique du Bourget, haut lieu de l’affrontement entre les deux rivaux.
Tom Enders, le patron d’EADS, maison mère de l’avionneur, a estimé jeudi qu’Airbus devrait décrocher plusieurs centaines de commandes au Salon du Bourget.
C’est un coup de publicité éclatant pour Airbus alors que Boeing veut montrer au Salon que les difficultés techniques du Dreamliner sont passées. Des problèmes de surchauffe de ses nouvelles batteries au lithium ont cloué au sol toute la flotte des 787 pendant plus de trois mois au début de l’année.
Un premier vol réussi est susceptible de donner un coup de pouce aux commandes d’A350, encore inférieures à celles du 787 (613 contre 890).
Tout restera pourtant à prouver en 14 mois de campagne d’essais en vol, en espérant que l’A350 évitera les déboires d’industrialisation de l’A380, qui n’avait pu être livré qu’à l’automne 2007, deux ans et demi après un premier vol pourtant très réussi.
(Source : AFP)

