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Campus - À Vous La Parole

Nathanaël, puis-je encore t’enseigner la ferveur ?

Vendredi 7 juin 2013, 19h. Je suis invité au projet de théâtre des étudiantes de littérature. Cinq seulement : Lama, Joëlle, Gaëlle, Cécile et Mélissa, mues par la ferveur de la scène. Et une salle immense, vide de spectateurs. Deux de mes amis et moi.
Permettez-moi de vous exprimer ma reconnaissance parce que vous continuez à croire au théâtre, et au théâtre classique de surcroît, dans un monde d’indifférence et de nonchalance généralisées.
Il fut un temps où trente, quarante étudiants nous emmenaient dans les coulisses de la faculté, en bord de mer ou dans les temples romains pour nous faire vivre des moments intenses. Il fut un temps où la jeunesse, brillant d’idées et de passions, nous soutirait des rires et des larmes avec bonheur. Il fut un temps où les jeunes étaient plus jeunes.
Il fut un temps où le monde était plus concerné, où les étudiants s’entraidaient, participaient tous sur scène, dans les coulisses, dans la salle pour faire réussir un projet. Il fut un temps où la solidarité humaine était encore une vertu. Il fut un temps où l’on pouvait monter des pièces parce que l’on savait qu’il y aurait un public pour nous, des sensibilités proches, des idéaux communs. Aujourd’hui quel rêve est-il encore possible puisque vous tournez le dos à votre jeunesse ?
Pourquoi ce désintérêt, ce désengagement, cette déshérence ? Combien de « dé » faut-il ajouter pour que vous vous réveilliez de la torpeur dans laquelle vous vous enfoncez ?
Où étaient-ils, les étudiants, pour vous encourager, vous applaudir, vous aimer ?
« Ils habitent loin ! » Triste excuse qui cachait à peine votre désarroi...
Où sont donc passées les âmes enchantées ?
Quand il s’agit d’une activité intellectuelle, culturelle, quand il s’agit même de promenades, de sorties, vous ne bougez plus. Rien d’autre ne compte plus désormais que l’éphémère, le consommé, le calculé. Il faut vous exhorter, vous supplier, vous menacer de crédits, de notes, de listes de présence... Pourquoi ?
Je suis si triste de cette absence de communion entre vous et j’ai voulu vous le dire.
J’ai voulu aussi dire aux cinq étudiantes solitaires, aux trois autres qui les ont soutenues, que grâce à vous, je crois encore à la scène, à Racine et à Molière, à la culture qui, seule, sauvera le Liban. Et même si ce n’est qu’une goutte dans un océan, comme le disait Mère Teresa, si cette goutte n’y était pas, elle y manquerait.
Étudiants amoureux des lettres, épris de beauté, vous nous manquez.
Revenez !

Gérard BEJJANI
Professeur de littérature et de cinéma à la faculté des lettres de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth et à l’Université pour tous dont il est le directeur académique.
Vendredi 7 juin 2013, 19h. Je suis invité au projet de théâtre des étudiantes de littérature. Cinq seulement : Lama, Joëlle, Gaëlle, Cécile et Mélissa, mues par la ferveur de la scène. Et une salle immense, vide de spectateurs. Deux de mes amis et moi.Permettez-moi de vous exprimer ma reconnaissance parce que vous continuez à croire au théâtre, et au théâtre classique de surcroît, dans un monde d’indifférence et de nonchalance généralisées.Il fut un temps où trente, quarante étudiants nous emmenaient dans les coulisses de la faculté, en bord de mer ou dans les temples romains pour nous faire vivre des moments intenses. Il fut un temps où la jeunesse, brillant d’idées et de passions, nous soutirait des rires et des larmes avec bonheur. Il fut un temps où les jeunes étaient plus jeunes.Il fut un temps où le...
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